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rédacteur
Pélagie Ng'onana
publié le
26/03/2013
» films, artistes, structures ou événements liés à cette critique
» les commentaires liés à cette critique

Osvalde Lewat, Présidente du Jury 2013


Pélagie Ng'onana (Africiné)


Osvalde Lewat, montée des marches au Festival de Cannes




Nadia El Fani, réalisatrice


Même pas mal


Même pas mal


Même pas mal






Pascale Obolo, réalisatrice, au Fespaco 2013


Calypso Rose, chanteuse




Denise, témoin dans Une affaire de Nègres, d'Osvalde Lewat


Une affaire de Nègres, 2008


Une affaire de Nègres, 2008


Une affaire de Nègres, 2008


Une affaire de Nègres, 2008


Une affaire de Nègres, 2008


Une affaire de Nègres, 2008




Un amour pendant la guerre, 2005

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Osvalde Lewat : "Il faut qu'on prenne en main notre destin cinématographique"
Entretien avec la Présidente du Jury documentaire au Fespaco 2013.
Présidente du Jury documentaire au Fespaco 2013, la réalisatrice camerounaise parle de son travail, en jetant un regard sur le cinéma local.

Pour une première fois que le Fespaco décide de faire présider ses jurys officiels par des femmes, vous en faites partie, comment l'avez-vous accueilli ?

Lorsque le Fespaco m'a proposé de présider le jury documentaire, j'ai été très touchée, honorée. Je me suis souvenue que la première fois que je suis venue au Fespaco, c'était en 2003. Revenir dix ans après présider le jury, je l'ai ressenti de manière assez forte. En choisissant des femmes pour présider les jurys, je crois que le Fespaco voulait envoyer au monde et pas seulement à celui du cinéma ; un signal. Il y a de plus en plus de femmes qui font des films mais elles ne sont pas toujours visibles. Je pense qu'en prenant cette décision le Fespaco voulait attirer l'attention là-dessus.

Le fait de présider un jury dans un festival comme le Fespaco apporte quoi dans votre parcours professionnel ?

Présider un jury c'est une cerise sur le gâteau dans un parcours professionnel. Ce n'est pas la première fois que je préside un jury. Présider un jury est une grande responsabilité. C'est peut-être une mise en lumière, mais ce n'est pas parce qu'on préside un jury qu'on va être un meilleur réalisateur. Ça fait plaisir simplement parce qu'on se dit que le travail qu'on fait est reconnu par les professionnels et que les autres nous jugent aptes à juger des films.

Vous donnez le premier prix au film Même pas mal de la Tunisienne Nadia El Fani. Un film qui, selon les organisateurs des JCC, n'a pas été sélectionné pour sa mauvaise qualité…

Le film qui a eu le grand prix du documentaire est un très beau film, c'est un film fort. C'est le parcours personnel d'une femme, d'une réalisatrice qui croise l'histoire de la Tunisie. C'est un combat qu'elle mène pour la liberté, pour la démocratie à travers ce film.



Je peux comprendre que les JCC étant organisées en Tunisie, les responsables de ce festival aient été très gênés, vu le contexte politique que vit le pays actuellement de programmer un film aussi engagé, aussi critique vis-à-vis du gouvernement tunisien.

C'est un film qui est basé sur un précédent film [Laïcité Incha'Allah, Ndlr]qu'elle a fait et qui a suscité beaucoup de polémiques et même de violences, notamment de la part des islamistes. Je crois que ce serait plus élégant, plus honnête, de leur part, de dire que le film n'a pas été programmé parce qu'on craignait que ça provoque un grabuge dans le festival. Nadia El Fani a quand même une espèce de fatwa sur sa tête, il faut dire les choses telles qu'elles sont. Je peux comprendre qu'ils ne l'aient pas programmé, mais je suis très choquée qu'ils prennent pour prétexte la qualité du film.



Le 2ème prix revient au film Calypso Rose, réalisé par la Camerounaise Pascale Obolo. Qu'est-ce qui vous a séduit et est-ce pour vous une double satisfaction ?

Le jury lui a attribué son deuxième prix, tout simplement parce que c'est un film d'une grande qualité. La réalisatrice brosse le portrait d'une femme qui est passée par mille et une épreuves, mais qui en a triomphées. C'est une ode, comme je l'ai dit en remettant le prix, à l'espoir au courage, à l'abnégation et c'est une histoire racontée avec finesse. Pour le jury, c'était évident que ce film méritait un prix.



Il se trouve par ailleurs que la réalisatrice est Camerounaise. Mais quand je juge les films je ne le fais ni en fonction du sexe de l'auteur, ni en fonction de sa nationalité. Le jury a décerné ce prix à l'unanimité. Quand on l'a vu, on était tous d'accord qu'il fera partie du palmarès.

Vous êtes auteure de plusieurs documentaires, dont certains primés dans des festivals. Mais certains publics, notamment camerounais, pensent qu'Une affaire de nègres est votre dernière réalisation…

Après Une affaire de nègres, j'ai effectivement fait des documentaires pour la télévision en Europe et aux Etats-Unis. Une affaire de nègres est un long métrage documentaire qui avait vocation à aller en festivals et qui est sorti en salles.

Bande annonce du Film UNE AFFAIRE DE NEGRES



Mais je pense que tous les films ne doivent pas forcément avoir le même parcours. Je ne crois pas qu'il suffit de prendre une caméra, de faire des images et de considérer que ça suffit pour que ces images aillent dans des festivals. J'ai tourné des films pour la télé, des films que j'aime beaucoup.

J'ai fait un film en Israël et en Palestine [Sderot, Last Exit, Ndlr]. C'était sur une école de cinéma à la frontière de Gaza où les organisateurs essayent de réunir Juifs et Palestiniens pour apprendre le cinéma.
Il y a un autre film que j'ai tourné au Mali, aux Etats-Unis et en France sur la question de la cession des terres arables, qui est un problème majeur en Afrique aujourd'hui (Land Rush, Ndlr).


Film LAND RUSH (version intégrale)



Au Mali, il y avait une compagnie agro industrielle qui s'installait dans les villages et sur les terres qui appartiennent aux paysans Maliens. Ces paysans sont entrés en résistance. Donc, j'ai filmé à la fois la compagnie et les paysans, il n'y a que la version anglaise du film, je l'ai fait pour la BBC et pour d'autres chaînes anglo-saxonnes.

Pourquoi mes films ne sont pas vus au Cameroun ? Une affaire de nègres aurait pu être vu au Cameroun, il n'a pas officiellement été interdit, mais je sais que ceux qui ont voulu le montrer ont été découragés de le faire. Après, je ne peux pas tout faire, je suis réalisatrice, un peu productrice de films aussi. Mais je ne vais pas faire dans la distribution. S'il y a un festival et que les gens sont intéressés par mes films, ils ont mes coordonnées.


Bande-annonce du film UN AMOUR PENDANT LA GUERRE

J'ai toujours été prête à projeter mes films au Cameroun, j'ai toujours été très enthousiaste à l'idée que le public camerounais puisse voir mon travail. Ce qui s'est passé jusqu'à présent ne relève pas de mon fait. Pour des raisons très mal expliquées, Une affaire de nègres n'a pas été projeté au festival Ecrans noirs. Il y a également les jeunes avec le festival Mis me Binga qui veulent que mon travail soit projeté, on verra si ça peut se faire.

Vous évoluez dans le documentaire depuis que vous êtes au cinéma. Avez-vous l'impression de communiquer mieux à travers ce genre ou y a-t-il d'autres raisons ?

Je suis rentrée au cinéma par le journalisme. J'étais journaliste et je voulais que mon travail s'inscrive dans la durée, je voulais avoir le temps de raconter des histoires, avoir même des approches subjectives. Pour moi le documentaire n'est pas un genre mineur, d'ailleurs beaucoup de fictions sont tirées d'histoires vraies.
Je continue à avoir des envies de documentaires et enfin j'ai des envies de fictions. Mais je ne voulais pas passer à la fiction tant que je n'avais pas le sentiment que j'étais prête à le faire. Là, je crois que je suis prête à le faire et mes prochains films seront parfois des films de fictions et parfois des films documentaires.

Pensez-vous que le documentaire soit convenablement exploré par les réalisateurs camerounais ?

Je pense que le documentaire est un genre qui est important, qui est plus accessible. Je veux dire qu'avec une caméra pour peu qu'on ait un regard, qu'on ait des choses à dire on peut faire un documentaire. Ce n'est pas le cas de la fiction qui demande beaucoup plus de moyens. Ce que j'ai noté c'est qu'il y a de plus en plus de films qui se font ; ce qui est une très belle chose. Ce qui me gêne c'est peut-être le fait que des gens croient qu'il suffit de prendre une caméra pour devenir cinéaste.
Moi-même j'ai du mal à me dire cinéaste, je suis réalisatrice de documentaires… Mais la facilité qu'apporte le documentaire ne doit pas occulter les difficultés réelles qu'il y a à raconter une histoire.

Vous avez, dans l'une de vos interviews, présenté le Cameroun comme votre pays que vous adorez et défendez toujours. Pouvez-vous aujourd'hui défendre le cinéma camerounais ?

Pour moi le cinéma camerounais est un concept à la fois très vaste et très flou. On a eu de très bons cinéastes. Chaque fois que je vais dans des festivals et que je retrouve des aînés du cinéma, on me demande comment va Dikonguè Pipa ? Comment va Sita Bela ?
On a eu des cinéastes majeurs, aujourd'hui il y a une génération beaucoup plus jeune qui essaye de faire des choses (une génération de laquelle je ne m'exclue pas), mais je crois que tant qu'au Cameroun on n'aura pas compris que le cinéma est un vecteur de développement, un levier de progrès et qu'il faut que l'Etat s'implique vraiment pour donner une impulsion à ce cinéma là, on restera à la marge. On restera à la périphérie du cinéma à la fois africain et mondial.
J'ai vu l'initiative des Gabonais qui ont mis de l'argent dans leur cinéma. Aujourd'hui, on peut voir qu'au Fespaco, il y a plusieurs films qui viennent du Gabon. Il n'y a pas de miracle. Quand vous voyez tous les pays où le cinéma est développé dans le monde le Mexique, l'Argentine… c'est parce qu'à un moment l'Etat, les pouvoirs publics se sont dit on va donner une impulsion en injectant de l'argent dans le cinéma.
Quand je regarde ce qui se passe à l'heure actuelle je suis très triste, parce que je me dis qu'il faut qu'on prenne en main notre destin cinématographique, sinon on n'ira nulle part.

Avez-vous des projets à moyen ou à long terme au Cameroun ? Produire, créer une école par exemple ?

J'adore partager ce que je sais avec des gens moins expérimentés que moi. Mais en même temps on ne peut pas tout faire. Je ne pense pas qu'on puisse à la fois vouloir faire des films et en même temps gérer une école. Faire des films et diriger un festival. Il y a des gens qui le réussissent très bien, mais personnellement faire des films n'est pas simple. Je préfère m'y consacrer. Oui j'ai des projets au Cameroun mais dans le domaine du cinéma, production et réalisation. Je ne sais pas quand est-ce qu'ils vont aboutir. J'aimerai beaucoup revenir tourner au Cameroun et pourquoi pas produire des films.

Que doit faire un jeune qui veut être produit par vous ?

S'ils veulent être produits qu'ils m'envoient des projets que je vais lire. J'en ai vu quelques-uns avec qui j'ai commencé un travail d'écriture mais ça n'a pas abouti. Il faut savoir que je travaille beaucoup, les gens ne se rendent pas compte que faire du cinéma c'est beaucoup écrire, beaucoup travailler. Et effectivement quand quelqu'un apporte un projet et qu'il faut le réécrire encore et encore, au bout d'un moment il se lasse. C'est ce que je fais avec mes producteurs, quand j'apporte un projet : je le réécris encore et encore. Malheureusement chez nous on a tendance à penser qu'il suffit de prendre une caméra, de connaitre Pierre-Paul Jacques pour pouvoir faire des choses.
Donc si les gens veulent que je les produise il faut qu'ils s'apprêtent à travailler beaucoup, à tout remettre en question. Il n'y a que comme ça qu'on peut avancer.

Propos recueillis par Pélagie Ng'onana

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