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rédacteur
Mamadou Sellou Diallo
publié le
23/06/2013
films, artistes, structures ou événements liés à cette analyse
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Sellou Diallo


Amma, les aveugles de Dakar (2006), de M. Sellou Diallo


Collier et la perle (Le) - Lettre d'un père à sa fille (2009) de M. Sellou Diallo


Scène de Collier et la perle (Le)


Scène de Collier et la perle (Le)


Scène de Collier et la perle (Le)


Le Temps d'une semence (2013), de Mamadou Sellou Diallo et Gora Seck

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TRIBUNE - Contre une certaine tendance du cinéma africain
En réaction à une certaine adresse faite au cinéma africain lors du dernier Festival de Cannes [par Édouard Waintrop, Délégué Général de la Quinzaine des Réalisateurs, Cannes, ndlr]; à l'annonce de la fête du cinéma Francophone prévue à Dakar ce mois de juin 2013, pour célébrer les plus méritants de nos cinéastes ; pour défendre le cinéma auquel je crois ; en cinéaste et en chercheur ; voici ce que je crois.

Le débat sur le cinéma africain sur ce qu'il est, et sur ce qu'il devrait être se posera sans cesse tant que l'on ne portera pas une vraie réflexion sur la manière d'expression même de ce cinéma. Et, tant que l'on n'aura pas arraché le cinéma des mains d'une certaine classe (de cinéastes et de têtes pensantes) qui semble savoir exactement de quoi ce cinéma devrait être fait et ceci totalement à l'insu des populations africaines pour qui ce cinéma veut quand même offrir des mythologies et des légendes aptes à les hisser aux niveaux les plus élevés de leur conscience des enjeux du monde d'aujourd'hui et de demain. C'est d'ailleurs pour cette raison là que les cinéastes africains ne peuvent se retrouver seuls à la fabrique des cinémas du monde sans être accompagnés par leur peuple.

Évidemment, c'est au cas où le cinéaste ferait ses films pour l'Afrique ; parce beaucoup disent faire des films pour s'exprimer. C'est la tendance, c'est l'exigence nouvelle de faire partie du monde forcément et ne pas être obligé de porter le sort de l'humanité africaine sur ses épaules. Comme si le cinéma avait déjà suffisamment fait pour les Africains !

La question que j'aborde ici - si elle interroge la manière d'expression dans le cinéma africain - partira d'un constat d'un presque impossible cinéma africain comme d'un "impossible art africain" (titre du livre du regretté Iba NDIAYE Diadji, critique d'art sénégalais [Note 1]) tant ses ancrages et ses systèmes d'interlocution, ses modes d'adresses sont problématiques.

La gestation d'un film reste encore tellement hypothétique, l'enfantement fortement problématique, que quand l'enfant paraît, l'on pourrait même ne pas se rendre compte qu'il est mort né. On fait vite de célébrer le baptême et il est de bon ton que dans le milieu l'on ne dise rien de mal du nouveau né. Ou bien alors, il faut le dire en privé. Ne rien entendre qui le fâche ajoute chez l'auteur l'illusion que son objet est digeste surtout si, une certaine critique, célèbre avec une grande indulgence son geste prometteur. Et, l'on ferme les yeux sur les handicaps du film. L'auteur garde un peu de cette auréole de héros mythique différent des autres, messie d'une société indigente, remarquable poète clairvoyant et critique envers sa société qui ose la déstabiliser pour, admet-on, la dynamiser.

Dans une certaine production des cinéastes africains, il y a un code du cinéma qui prend en otage la manière d'être du film africain. Il lui impose un certain ordre des représentations qui voudrait lui garantir son accès à l'efficacité des récits du monde si et seulement si, ce cinéma ose la "modernité" et "le métissage", "l'universel" et "Le cinéma".
Cet ordre de la représentation lui impose de s'éloigner de son identité africaine, de cultiver son appartenance à la citoyenneté du monde, de revendiquer sa place comme si nous devrions oublier que ce monde est loin d'être le nôtre dans ses configurations culturelles qui nous laissent si peu de liberté de choix; ne serait que pour dire ce qui est essentiel pour nous.
Une certaine tendance du cinéma africain tombe donc dans une sorte de conte "moderne" d'hommes et de femmes "modernes" sans appartenance marquée à une culture. Ils restent plutôt englués dans des problèmes contemporains d'accès au bonheur, à une humanité simple, matraqués par l'insoutenable fragilité de l'homme face à son destin ; ce qui les élève au grade d'homme universel, il parait. Il ne faut surtout pas y reconnaître un africain idéologiquement marqué, le discours idéologiquement est archaïque Sembene est mort avec. Le destin est individuel, à hauteur d'homme, non de race. Ce qui fait de ces personnages là des extraterrestres que seules des sociétés habituées à en rencontrer, pourraient reconnaître.

Ce cinéma nous éloigne de nos propres brûlures, au moment où les nations qui font les ordres de représentations, se replient dans leur culture comme dans une exception, dans leur ruralité et leur classicisme qu'elles enchantent et revisitent encore dans des productions cinématographiques qui chantent les valeurs que ces nations là veulent nous persuader d'adopter. Et il faut reconnaître qu'elles se donnent les moyens esthétiques de nous les faire admettre.

Une autre tendance de ce même cinéma - sans rêver de Cannes - est dans les mains de plus jeunes auteurs. Ces derniers assument parfaitement leur urbanité et concoctent dans les jungles modernes, des romances nourries de sexe et d'alcool. Ils proposent une esthétique de la déchéance du monde et des villes africaines, comme si le cinéma ne se trouverait que dans les bas fonds de nos quartiers, dans les têtes fumeuses de jeunes modernes déviants et originaux et qui seuls sont capables d'honorer leur société par la clairvoyance de leur déviance. Allez ! nous disent-ils ; nous osons l'amour, et l'homosexualité, nous osons secouer nos sociétés encore malades de leur puritanisme… Et cela donne une débauche de scènes mal jouées totalement inachevées et vulgaires, sans même une once de poésie qui pourrait briller dans toute crasse, pourvu que l'artiste ait le talent d'en faire jaillir la lumière.

Le cinéma sénégalais de ces dix dernières années, en comptant les films qui n'ont réunis que le cercle d'amis autour, est plein de films qui partagent le même décor de bar et de bordel. Il faut boire et fumer, ne pas aimer Dieu et la vie est là, loin de notre société hypocrite !

Liberté de choix

Que les cinéastes veuillent explorer d'autres voies est tout à fait salutaire; pour l'art et la culture. Ils peuvent adapter des romans venus d'ailleurs, des mythologies forgées pour d'autres consciences, ils peuvent tisser des histoires humaines simples et universelles qui parleraient aux autres aussi…
Ils ne sont pas obligés de rester dans le discours idéologique des grands maîtres ni dans leurs poésies expressionnistes de revendication d'un imaginaire africain (pour lequel nous sommes encore fortement attachés et viscéralement liés ; mais il est de bon ton, pour une certaine tendance, d'en avoir honte).
Ils ne sont pas obligés non plus de se limiter à une forme ethno sociologique qui a quand même comme vertu d'ancrer le cinéma africain dans une revendication de la différence et de la marge, tant que l'on aura pas fondé une ethnologie nouvelle à nos récits saccagés.
Et ils ne sont même pas obligés de revendiquer leur non "professionnalisme", cette grande liberté de se chercher des formes qui feront du cinéma un espace de conte. L'Africain sait-il seulement conter aujourd'hui ? Et investir alors dans le cinéma tout le fond fantastique de nos récits anciens et la force des traditions narratives africaines, avec ses codes renouvelés par la technologie du cinéma et de l'audiovisuel ?
Quel que soit l'adresse qu'ils font au monde, avec leurs ancrages parfois pluriels, les cinéastes nous doivent un objet film qui ne se contente pas de nous mettre en spectacle pour les autres hommes. Si le choix de faire du cinéma d'expression est le vœu le plus partagé - loin du produit de consommation et de la distraction maladroite - il faudrait que le cinéma travaille alors son habileté à tenir un langage clair.

Le mal que nous fait ce cinéma est grand dans sa manière de nous figurer : cette tendance ne peut plaire, ni fonder une esthétique tant son incapacité à communiquer est flagrante. Sa fiction est indigente, est invraisemblable parce que son code de cinéma est affecté et dicté par un besoin d'être admis par les autres avant d'être imaginaire du continent. En ne parlant pas de son indigence qui saute aux yeux, l'on plébiscite une forme et des auteurs comme des modèles exemplaires pour le cinéma africain.
C'est un cinéma qui cherche tellement à aller vers des dehors africains qu'il ne peut être que maladroit dans son interlocution même avec les Africains et donc avec les autres: C'est un cinéma autiste.

La tendance autiste du cinéma africain

Dans une certaine fiction africaine que l'on élève au grade de cinéma - peut être parce qu'elle porte le prénom d'auteurs qui ont quand même une certaine renommée par leur nombre de productions ou qu'elle ait été révélée par un film qui annonçait son auteur comme une promesse d'un nouveau héros du cinéma - il faut vite faire le constat que la maladie la ronge de l'intérieur, dans sa manière d'être, dans sa figuration propre des corps et de la parole.

Les dictionnaires définissent l'autisme - de manière générale - comme un trouble du développement. Il affecte le comportement, la capacité de la personne à avoir une interaction sociale correcte avec les autres, il affecte sa communication verbale qui est anormalement déficiente, restreinte et répétitive. L'autiste peine à parler, son rapport à la gestuelle et à la rhétorique du corps dans son espace est problématique. Les causes sont génétiques et environnementales.
Pour le cinéma les causes de cet autisme sont langagières et comportementales (la technique instrumentale du corps). Il y a une sorte d'inadaptation fonctionnelle que le cinéma crée chez les acteurs qui s'agitent dans nos écrans.

Remontons un peu plus loin. Nous avons admis comme une évidence certaine, le théâtre à l'italienne comme LE Théâtre, le modèle absolu. Et, à force d'insister encore - à ne rien inventer comme alternative propre à porter nos formes de théâtres qui parlent notre "langue" (de parole et de geste) - les salles sont totalement désaffectées. Heureusement que le théâtre de la participation, a pu renouveler la solidarité à l'origine même de l'art du théâtre. Et, aujourd'hui des formes "naïves" - mais à hauteur de leur sensibilité - permettent aux populations de devenir des "inter acteurs" dans ces propositions culturelles qui ne se contentent pas simplement d'adopter le point de vue du peuple mais qui s'autorisent la liberté de le déstabiliser.

Au Sénégal, le nouveau Grand Théâtre [à Dakar, ndlr] construit par la coopération chinoise accueille plus de spectacles de musique. À l'inauguration, la troupe chinoise enflammait la salle par la translumination que les jeux de lumière produisaient sur leur prestation et que leur dextérité musicale nous offrait même des morceaux de notre folklore. La troupe dramatique sénégalaise peinait, elle, à trouver ses marques dans cette espace scénique immense et dans une adaptation poussive d'une légende mal ficelée.
Les institutions théâtrales, portées jadis par de grands discours (légitimes) de reconquête des légendes historiques africaines et par notre capacité à interpréter les classiques européens, sont mortes de leur belle mort, faute de réactualisation et de mise à disposition adéquate des formes de représentation.
En n'ayant pas le pouvoir d'agir sur la configuration de l'espace il fallait agir sur le contenu et produire un théâtre populaire qui interagit et qui communique. Un art populaire peut être aussi un moyen d'accès au pouvoir.

Aujourd'hui encore l'on s'obstine à vouloir rouvrir les salles de cinéma en oubliant que le cinéma (comme espace de diffusion) n'a jamais été un lieu culturel, jamais un espace d'instruction et de culture qui élève les consciences. Ce n'est qu'un mythe ; je ne sais pas trop comment cela s'est passé ailleurs, mais ici au Sénégal au cours des années 70 quand je découvrais le cinéma, les salles diffusaient un cinéma d'acculturation, de la pornographie bon marché, de la violence gratuite et il fallait se cacher pour aller au cinéma. L'on trouve les plus hauts taux d'échec scolaire et de déviants ("vagabonds" ou "waga" comme on les appelait), dans les quartiers populaires où il y avait des salles de cinéma, à Dakar dans les années 70/80.
Et c'est même heureux pour la santé mentale des jeunes générations que ces salles soient fermées. En plus, elles n'ont eu que le mérite de donner naissance à une forte communauté sénégalaise hindoue [hindouphile / hindouphone, ndlr] à qui il ne manquerait que de vénérer les divinités du Gange.
Mais le cinéma a besoin de mythe, l'art a besoin de temple. Bien sûr, mais il faudrait d'abord que cet art soit légitime et se socialise, qu'il puisse inventer de nouveaux espoirs d'élévation au peuple, qu'il devienne objet de culture et pour cela il faut que cette tendance du cinéma de fiction guérisse de son autisme.

Le cinéma est un territoire du lien social, il est un espace d'instruction et de rencontre autour d'un monde de références partagées. Son aménagement (au sens architectural et psychologique) est à penser pour rendre sensible cet élan des sociétés humaines à participer ensemble à la production d'un sens qui engage la collectivité.
Dans cette perspective, il nous faudra peut être même repenser le tout depuis le début (un autre début, pourquoi pas) et commencer notre réflexion sur le cinéma depuis les programmes scolaires où il existe une éducation à l'image que personne n'enseigne. Et, considérer que la "naissance" du cinéma, partout, est processuelle et a suivi l'émergence des pratiques cinématographiques au rythme des exigences politiques, des transformations culturelles et sociales. Il n'y a qu'en Afrique que l'on nous hâte le pas, comme pour nous faire surgir de l'histoire, d'un coup sec, et totalement amnésique de notre passé.

Je reviens à l'autisme

Dans cette tendance du cinéma, il est remarquable de voir comment l'on peine à croire à la sincérité du jeu de nos acteurs quand ils peinent à parler français dans un environnement psychologique où cette langue n'a rien à faire, ou bien ; il aurait fallu le travailler et avec des acteurs qui parlent ; et dans le ton et dans l'articulation, cette langue. Je ne parle pas d'accent ; la francophonie est faite de ces accents pluriels qui l'enrichissent et qui lui donnent ses saveurs et ses colorations. Mais l'on me dira que l'on manque d'acteurs professionnels. On les sent tellement ridicules, avant de nous rendre compte que cette impotence fonctionnelle qui les affecte provient de ce que le cinéaste leur demande de rendre un texte avec des mots et des gestes qui vont avec une psychologie d'une autre culture. Et là, on a pitié d'eux.
Regarder un film sénégalais où on parle français vous comprendrez ce que je dis.

Cette contagion mentale atteint même parfois des acteurs dans un film où ils parlent leur langue africaine. On fait semblant, on joue et le spectateur perçoit que l'on joue et finalement ce qui paraît, c'est cette incapacité à jouer et à nous mettre dans cette illusion pour laquelle nous allons au cinéma.
On peut en faire l'archéologie depuis les films de Rouch en passant par de grands maitres d'hier à quelques grands maitres d'aujourd'hui. On a l'impression que le mal s'est aggravé : Du "parler petit nègre" au français de "l'assimilé" qui roule les "r" pour ressembler à…

Dans cette tendance entre les mains de certains grands maitres modernes, l'autisme se voit même dans la sincérité des relations entre les protagonistes, dans l'incapacité d'un acteur à marcher comme un Africain dans son environnement - alors que son personnage est un Africain qui a les pieds sur terre - à s'asseoir sur une natte, à manger avec les doigts… alors que son personnage est dans cet environnement kinesthésique… L'incapacité à danser pour une actrice dont le personnage danse, à chanter pour un acteur dont le personnage chante. À se mettre en colère pour un acteur dont le personnage est furieux, à vivre et exister à l'écran, tout simplement parce que l'on ne se donne pas les moyens esthétiques de cette existence.
Il s'agit là d'une question de proprioception ; cette conscience de la perception de soi-même, et que ses gestes et attitudes très naturellement, jusqu'à la plus petite moue intègre son état, son être, sans que l'on se pose la question de la justesse.
Cette configuration aura du mal à nous placer dans le régime de croyance où une fiction devrait nous installer.

Et, il y a sûrement une telle superposition de signaux liés aux provenances aux appartenances, aux ancrages culturels, aux langues de communication dans la parole et dans la plastique gestuelle, qu'il se produit des interférences. L'intermodulation qui se produit ainsi est plutôt liée aux différentes configurations que prennent le discours et la figuration propre de la manière d'être dans le film. Et, ce qui arrive quand la cacophonie de cette intermodulation est insoutenable, c'est que l'auditeur d'un poste de radio reprend son appareil en main : soit il change de fréquence pour avoir la bonne modulation et se reconnecter à une interlocution plus heureuse, soit il éteint tout bonnement son poste. Dans tous les cas, la communication avec la station est rompue.
À moins que nous soyons dans un cinéma de la distanciation, nous devrions repenser ce code de représentation et de jeu d'acteur.

Le cinéma silencieux !

Et souvent, pour contourner cette difficulté, le cinéma se réfugie dans le silence, sous le prétexte simple que le cinéma est image : autosuffisance de l'image cinématographique !
Dans cette tendance, le cinéma ne parle pas, il balbutie ou il se tait ; il est incompréhensiblement silencieux. Cette tendance silencieuse du cinéma africain dans de courts essais - si elle se confirmait - ferait un grand tort au récit d'Afrique et à notre oralité. Cette dernière n'est pas simplement de la parole mais aussi une technique d'élaboration et de transmission de la pensée, tout autant qu'elle est une technique et une psychologie de la communication, une situation d'engagement de corps et d'esprit dans son environnement social.
Nos cinéastes pourraient revenir à un artisanat plus élaboratif de la mise en récit de leur monde et accéder ainsi non pas au grade de cinéaste mais à celui de conteur humble et sociable qui arrive à mettre leur auditoire dans cette translumination de la parole et du geste, dans cette translumination du réel. C'est comme cela qu'ils parviendront à construire un espace d'hospitalité qui accueille l'œuvre d'art : un espace mental et physique pour que, quand le cinéma rouvre ses portes qu'il y ait quelque chose à voir et à entendre.

Et cet artisanat n'enlève en rien le devoir d'utiliser les ressources modernes qu'offrent les techniques de prise de vue, de montage, de doublage, d'effets spéciaux et d'animation.

Pour une autre tendance du cinéma africain

Ce que je crois, c'est que le cinéma peut aussi se développer dans la chaleur et l'inventivité d'un entre soi, dans l'imaginaire de ses propres ancrages, multiples souvent il est vrai, qu'importe la morsure de la nostalgie de ses origines, imaginaires parfois. Il peut se développer aussi dans cet élan généreux envers les populations africaines qui attendent de l'art cette force populaire compréhensible aux larges masses, qui rénove leurs modes d'expression, qui documente leur point de vue sur le monde en l'affinant pour qu'elles puissent accéder au pouvoir.
Mais, ce n'est pas qu'une question de générosité comme si le cinéaste était le Messie. Il est surtout question de compétences culturelles pour le cinéaste, à proposer dans son écriture et dans sa mise en scène, des paysages d'actions qui fera entendre la voix du cinéma africain dans la grande tour de Babel du monde.
Pour moi, la question de l'existence du cinéma africain ne se pose pas, dès lors que j'existe et que je fais du cinéma pour parler aux miens. Ce sont les problématiques de son élaboration processuelle que je voudrais interroger pour l'affranchir du cercle strict de quelques intellectuels et gens du cinéma (lors des projections à Dakar, on se retrouve entre nous, étrangement seuls)
Vous comprendrez que je ne m'embarrasse pas non plus de pluriel ni de guillemets en parlant de cinéma africain. Chacun définit ses territoires d'appartenance, comme il le sent. Moi, un Noir, je suis dans la conscience de mon épiderme avec son histoire. J'ai du mal à sortir de la géographie de ma race qui - quand elle reçoit des injures - c'est toujours au singulier et sans guillemets.
Et j'étends cette identité jusqu'au Cameroun où l'on mutile et menace des rêves de cinéma qui éveillent des consciences immédiatement politiques et qui pourraient commander l'ouverture de salles de cinéma pour, qu'avec le peuple, l'on puisse organiser une nouvelle cérémonie cinéma.
Et aussi ; que tout ce que je dis, c'est dans la conscience que ce n'est qu'une certaine tendance du cinéma; fort heureusement. Mais l'on devrait avoir conscience que l'on nous caricature encore dans des bandes dessinées et animées, idéologiquement et esthétiquement bien travaillées qui offrent l'illusion de la fiction pour laquelle on va au cinéma (et au théâtre). Cette fiction voudrait nous garder dans un certain état de débilité qui justifie aujourd'hui que l'on permette au dernier venu de nous accuser de n'être pas entrés dans l'histoire.
Et il ne faudrait pas en être complice.

Mamadou Sellou Diallo
Auteur Réalisateur
Enseignant chercheur - Université Gaston Berger, St louis du Sénégal

[NDLR - Note De La Rédaction, Africiné] : Concernant "une certaine adresse faite au cinéma africain lors du dernier Festival de Cannes" dont parle Mamadou Sellou Diallo, il s'agit des propos tenus par Édouard Waintrop (Cannes). Le Délégué Général de la Quinzaine des Réalisateurs se défend d'avoir vu un film africain "très intéressant", selon Siegfried Forster (RFI), pour justifier l'absence des 54 pays africains dans sa sélection 2013.
Voir l'analyse de la critique sénégalaise Fatou Kiné Sène (Africiné) [article à lire ici]

[Note 1] NDIAYE, Iba Diadji, L'impossible art africain. Dakar : Dëkkando, 2002

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