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rédacteur
Katarina Hedrén
publié le
11/04/2014
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Kivu Ruhorahoza, réalisateur


Katarina Hedrén (Africiné)



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Entretien avec le réalisateur rwandais Kivu Ruhorahoza
"Apporter au cinéma le complexité ainsi que la sagesse de la poésie rwandaise et africaine"
Festival de Durban 2012

Qu'est-ce qui a inspiré votre premier long métrage ?

Le film est construit en trois parties. La première est nourrie par mon expérience en essayant de faire deux courts métrages : un sur une sœur et un frère vivant avec un traumatisme, et l'autre expliquant le conflit qui a causé le traumatisme. Personne ne voulait me donner de l'argent pour les deux courts métrages, jugés trop sombres, et qui n'ont finalement pas été réalisés. L'histoire de la sœur et du frère est tirée de la vie des Rwandais d'aujourd'hui, dont des amis qui ont tout perdu, et à un certain degré de ma propre vie. L'histoire du fou est inspirée par les fous que vous pouvez voir au Rwanda. Vous ne savez pas ce qui leur est arrivé, ni s'ils doivent être à l'hôpital ou en prison.

Je voulais portraiturer le traumatisme à la fois des victimes et de ceux qui ont perpétré le crime ; beaucoup ayant été manipulés pour devenir des assassins. Je voulais aussi capturer le sentiment qui suit le "Puta*n, qu'est-ce qui vient de se passer ?", sur lequel on ne s'est pas encore bien prononcé.




Parlez-nous de votre filmage.
J'utilise des métaphores pas seulement parce que c'est moins cher, mais aussi parce que je ne voulais pas simplifier quelque chose d'aussi compliquée qu'un conflit qui a vu des étudiants ter leurs professeurs, des mères leurs enfants, etc. Je voulais apporter au cinéma la complexité ainsi que la sagesse de la poésie rwandaise et africaine, malgré le fait de m'entendre dire que les Africains ne comprendraient pas, ce qui n'est pas vrai. Pourquoi nos films ne devraient pas être aussi sophistiqués que notre poésie ?
Le rythme lent du film reflète celui de mon pays ; les choses prennent du temps au Rwanda.

Où vous vous positionnez ainsi que vos films?
Je suis un réalisateur rwandais qui évidemment a beaucoup de choses en commun avec des cinéastes de ma région. Je déteste quand des gens utilisent des termes tout faits comme "cinéma africain" quand même.

J'ai vu beaucoup de films africains, en grandissant. Peu m'ont parlé, mais j'étais profondément secoué par des films de pays comme la Corée du Sud, l'Iran et le Mexique. Je veux que mes films soient radicaux, comme Touki Bouki de Djibril Diop Mambéty. Même si on lui donnait de l'argent pour le faire, il était libre dans sa façon de réaliser et sa manière de penser. On peut être frivole, expérimental - en tout - tant que vous êtes libre. Un de nos problèmes est le manque de pensée libre et critique. Je déteste les films didactiques et de sensibilisation. En espérant que quand je ferai un peu plus de films, les gens me compareront aux cinéastes indépendants de Corée du Sud et d'Allemagne par exemple. C'est ce que je veux : appartenir à la famille du cinéma mondial, pas uniquement à celui du cinéma africain.



Malgré le film de ne pas aimer les films à messages, vous avez clairement des choses à dire.
Je ne suis pas un militant, mais je suis très attentif à ce qui arrive autour de moi. Je me pense comme un artiste et quelqu'un qui a un rôle à jouer dans la société. Je veux faire des films à propos de sujets importants, mais aussi nonchalants de temps en temps. Sans égard à ce que je fais, je veux le faire d'une manière élégante et le présenter comme du cinéma.

Un film peut soutenir l'éducation, mais n'est pas supposé éduquer. Les films peuvent amener les problèmes à la surface et nourrir le débat public, mais ne conduit pas à changer tout seul.

Dans Matière Grise, vous vous demandez pourquoi vous vous exposez à tant de douleurs, pour faire une fiction. Qu'est-ce qui vous a guidé ?
Le premier film est super important et très personnel, et la première fois que vous le regardez et que vous voyez que cela touche les gens, vous savez que cela en valait la peine. Mon actrice versant de vraies larmes, quelqu'un me disant que mes mots l'habitent, et un autre qui m'envoie un e-mail anonyme pour dire que mon film l'a motivé pour chercher un peu plus ce qui s'est passé au Rwanda ; tout ça fait que ces douleurs [pour faire cette fiction, ndlr] en valent la peine.

Vous nous racontez comment votre film a été sauvé à la dernière minute ?
Après avoir tourné le film, complètement auto financé [dont du crowdfunding, ndlr], je suis parti à Londres pour la postproduction, mais après m'être retrouvé désargenté (je n'avais même plus de quoi payer le transport pour aller au studio), je suis retourné au Rwanda où je ne pouvais pas trouver de l'argent pour finir le film ou même trouver un travail, à cause de la crise financière. Pendant que j'attendais, j'envoyais des mails ou des extraits du film à d'éventuels coproducteurs et aussi, à toutes fins utiles, au Festival de cinéma de Tribeca [New-York, ndlr]. Les responsables de Tribeca me répondirent en disant qu'ils l'aimaient et croyaient qu'il avait le potentiel pour devenir un grand film. Ils me donnèrent 18 jours pour soumettre le film, et avec leur garantie qu'ils allaient le programmer, j'ai pu finalement récolter de l'argent pour le finir. Depuis lors, Matière Grise a voyagé partout.

Le film a-t-il été projeté au Rwanda ?
Il y a eu une projection à Kigali, où les spectateurs étaient plutôt des immigrés européens, les acteurs et techniciens du film. Nous n'avons aucune salle de cinéma au Rwanda, et quand je me suis rapproché de la télévision publique, ils m'ont demandé de l'argent estimant que diffuser mon film c'est m'apporter de la publicité. Ils n'ont pas compris comment marche la TV, qu'ils ont besoin de contenus.

Bien que j'aimerai projeter Matière Grise au Rwanda, je veux aussi partir sur d'autres projets. Faire le film fut une pénible expérience et je veux clore ce chapitre, mais le film peut continuer à voyager sans moi.

[Read the Review of GREY MATTER here]

Katarina Hedrén
traduit de l'anglais par Thierno I. Dia

(L'entretien avec le cinéaste a paru en format papier dans le Reel Times Newsletter du Festival International de Cinéma de Durban, dans le cadre du programme du Talent Campus Durban 2012).
"Entretien publié sur internet (le 05 Août 2012) sur le blog de Katarina : In the Words of Katarina, repris (en anglais) sur Africiné

Twitter: @KatarinaHedren

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   liens films

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Kivu Ruhorahoza


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Ruhorahoza Kivu


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19/07/2012 > 29/07/2012
festival |Afrique du Sud |
Festival international du Film de Durban (DIFF) 2012
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