actuellement 16418 films recensés, 2768 textes recherche | » english  
films réalisateurs acteurs producteurs distributeurs festivals agenda pays espace personnel  
  critiques»
  dossiers»
  analyses»
  entretiens»
  comptes rendus de festivals»
  reportages»
  documents»
  ateliers»
  Zooms»
  rédacteurs»
  écrans d'afrique»
  Asaru»
  lettre d'info
  inscription»
  desinscription»
  archives »
  liens»
  dépêches »
  nouvelles de
la fédération»
  la fédération»
  contacts»
  partenaires»
  accueil»




 
    
rédacteur
Stéphanie Dongmo
publié le
10/06/2014
» films, artistes, structures ou événements liés à cette critique
» les commentaires liés à cette critique



Stéphanie Dongmo (Africiné)


Serge Alain NOA, réalisateur camerounais


Scène de la série


Scène de la série

retour
 
Harraga, brûleurs de frontières, de Serge Alain Noa
L'Europe, un mirage

La série Harraga, brûleurs de frontières, écrite et réalisée par Serge Alain Noa sur l'immigration illégale, est diffusée entre mai et juin 2014 sur Tv5 Afrique. Elle dresse le portrait de cinq jeunes Camerounais désespérés, prêts à tout pour aller tenter leur chance en Europe. Mais le chemin pour y arriver est périlleux, et le succès de l'aventure incertain.

L'immigration clandestine. Le sujet a inspiré nombre de longs métrages en Afrique, au rang desquels Bako, l'autre rive de Jacques Champreux (France, 1h50, 1979), Heremakono, en attendant le bonheur de Abderrahmane Sissako (Mauritanie, 1h30, 2002), Paris à tout prix de Joséphine Ndagnou (Cameroun, 2h13, 2007), La Pirogue de Moussa Touré (Sénégal, 1h27, 2012). Le Camerounais Serge Alain Noa nous propose la même histoire dans une enveloppe différente : une série télévisée qu'il a écrite et réalisée. Harraga, brûleur de frontières (20 épisodes x 26 mn, 2013) est diffusé depuis le 8 mai sur Tv5 Afrique à 19h30.
Le titre, il ne l'a pas cherché bien loin. Les Tunisiens Salouad Benabda et Wissem El Abdel avaient déjà intitulé leur livre illustré Harraga, les brûleurs de frontières (2011, Encre d'Orient). Merzak Allouache s'en était rapproché en baptisant son film Harragas (Algérie, 1h43, 2008). "Harraga" est un néologisme en arabe qui désigne les personnes qui tentent de partir en Europe clandestinement. Ils brûlent donc la frontière et l'ordre établi, en même temps que leurs papiers, leurs identités et même leurs vies. Ils doivent passer par cette petite mort qui efface leur histoire et leur passé pour naître de nouveau dans un pays et une situation meilleurs.

"Tu restes au pays, tu as une chance sur dix de rater ta vie ; tu pars, tu as une chance sur dix de mourir", disait déjà un personnage de La Pirogue. C'est aussi à cette conclusion que sont arrivés les cinq personnages principaux de cette série. Ils sont jeunes (entre 26 et 30 ans), ils ont été scolarisés mais ils sont pauvres, ou presque. Le scénariste les a savamment placés dans des situations professionnelles et familiales différentes. Bath (Alain Bomo Bomo) est diplômé en marketing et communication ; son entreprise a fait faillite. Ingénieur agronome au chômage, Tangui (Axel Abessolo) vit au crochet de sa grand-mère. Fiancé et bientôt père, le chauffeur de taxi Marco (Gabriel Fomogne) accuse dix mois d'arriérés de salaire. Tookie (Pierre Bala) est musicien et n'arrive pas à trouver un producteur. Délaissé par la mère de sa fille pour un Blanc, Zongo (Henri Owono) vend des livres au poteau.

Les sirènes de l'Europe

Dans un contexte où le développement se planifie à l'horizon 2035, alors que les jeunes ont besoin de solutions pour aujourd'hui, comment leur reprocher d'envier la réussite d'Amsa (Frank Olivier Ndema) qui revient au quartier plein de fric et de morgue après 8 ans en Europe ? Ce retour sera donc l'élément déclencheur qui va décider ces garçons plein d'appréhension sur leur avenir à tenter l'aventure. Plus que la pauvreté, c'est le creusement des inégalités, le sentiment d'injustice et l'absence de perspective qui les amènent à fantasmer sur une Europe où tout est possible, pourvu qu'on soit prêt à retrousser ses manches. D'ailleurs, au fil des premiers épisodes, l'expression "dans ce pays" revient dans les dialogues comme un refrain, pour souligner le quotidien déprimant des personnages.

Serge Alain Noa a conçu sa série en trois saisons. La première énumère les mille et une raisons qui poussent les jeunes à partir (corruption, chômage, favoritisme, etc.) La seconde, prévue en 2015, va porter sur le chemin de croix qui mène à l'Europe, avec les différentes possibilités qui s'offrent aux migrants clandestins. Une fois la frontière franchie, la troisième et dernière saison décriera les conditions de vie en Europe où on est très vite rattrapé par la clandestinité et la difficile intégration. L'affiche de cette série d'intervention sociale présente, sous un ciel bleu faussement serein, l'ici et l'ailleurs séparés par des barbelés. Le personnage ayant traversé est écrasé par la tour Eiffel qui se dresse loin, au-dessus de sa tête.
L'intention du scénariste est évidente : décourager les jeunes à tenter une aventure aux risques inconsidérés car l'Europe n'est pas le paradis. Pour leur donner une raison de continuer à vivre ici, il laisse entrevoir un avenir radieux en appuyant, avec une emphase frisant la promotion, les faits d'armes de la Commission nationale anti-corruption (Conac), mise en place au Cameroun en 2007 pour lutter contre la corruption.

Hommage à Charles Nyatte

La distribution de Harraga, brûleurs de frontières a attiré le gros des acteurs qui occupent la scène ces dernières années, avec plus ou moins de bonheur : Martin Poulibé, Deneuve Djobong, Rosalie Essindi, Massan à Biroko, Tony Bath Atangana, Joseph Mouetcho, Daniel Leuthe, etc. Avec des découvertes qui partent de derrière la caméra pour se placer devant : Frank Ndema, Alain Biozy, Nathalie Mbala Mpesse et Avit Nsongan Mandeng, qui assure également le montage de la série. À noter aussi un passage éclair du très regretté Charles Nyatte (décédé le 15 novembre 2011 à l'âge de 67 ans, au cours de la première semaine du tournage de la série où il tenait un rôle).
L'épisode 13 lui donne d'ailleurs le meilleur rôle. C'est une séquence du précédent film de Serge Alain Noa, Le don involontaire (2007, 56mn) qui met en scène un détourneur de fonds publics, sa femme et un voleur. Si elle rend un hommage mérité à un acteur de poids, elle alourdit en revanche le rythme de la série. Malgré les tentatives louables de raccord, cette séquence paraît décalée car elle éloigne le téléspectateur de l'intrigue principale durant une trentaine de minutes, sans interruption.

Au Cameroun, en août

Harraga, brûleurs de frontières sera officiellement présenté au Cameroun en août 2014. Avec l'espoir que ceux qui attendent le bonheur d'ailleurs se décident à la chercher ici.

Stéphanie Dongmo

Fiche technique
Titre : Harraga, brûleurs de frontières
Type : série Tv
Genre : société
Pays : Cameroun
Scénariste / Réalisateur : Serge Alain Noa
Acteurs/Actrices : Alain Bomo Bomo, Gabriel Fomogne, Axel Abessolo, Pierre Bala, Henri Owono…
Productrice : Elisabeth Kounou
Directeur photo : Joël Nzeuga
Montage : Avit Nsongan
Production : Vynany Sarl
Avec le soutien du Fonds Francophone (OIF / CIRTEF)
Distribution internationale : Côte Ouest
Année : 2013

haut de page


   liens films

Harraga - brûleurs de frontières 2013
Serge Alain Noa


   liens artistes

Abessolo Axel


Allouache Merzak


Bala Pierre


Bath Toni


Biozy Alain Roland


Biroko Massan A.


Bomo Bomo Alain


Champreux Jacques


Djobong Deneuve


El Abed Wissem


Kounou Elisabeth


Leuthe Daniel


Mouetcho Joseph


Ndagnou Joséphine


Ndema Franck


Noa Serge Alain


Nsongan Mandeng Avit


Nzeuga Joël


Owono Henri


Sissako Abderrahmane


Tchuenguia Cécile


Touré Moussa


   liens structures

Cote Ouest Audiovisuel
Côte d'Ivoire | ABIDJAN

Organisation internationale de la francophonie (OIF)
France | PARIS

VYNAVY Productions
Cameroun | YAOUNDÉ

haut de page



   vos commentaires
vos commentaires sur cette critique :
   
 
  ajouter un commentaire
   

haut de page