actuellement 17466 films recens√©s, 2937 textes recherche | » english  
films r√©alisateurs acteurs producteurs distributeurs festivals agenda pays espace personnel  
  critiques»
  dossiers»
  analyses»
  entretiens»
  comptes rendus de festivals»
  reportages»
  documents»
  ateliers»
  Zooms»
  r√©dacteurs»
  √©crans d'afrique»
  Asaru»
  lettre d'info
  inscription»
  desinscription»
  archives »
  liens»
  d√©p√™ches »
  nouvelles de
la f√©d√©ration»
  la f√©d√©ration»
  contacts»
  partenaires»
  accueil»




 
    
rédacteur
Stéphanie Dongmo
publié le
16/09/2014
Ľ films, artistes, structures ou √©v√©nements li√©s √† cette critique
Ľ les commentaires li√©s √† cette critique
retour
 
Chronique : Il faut sauver le festival √Čcrans noirs

Je n'ai plus envie d'√©crire sur les √Čcrans noirs, dont la 18√®me √©dition s'est d√©roul√©e du 19 au 26 juillet 2014 √† Yaound√©. Comment √©crire sur ce festival de cin√©ma sans parler des √©normes couacs qui le tirent vers le bas chaque ann√©e un peu plus ? Que dire de plus que je n'aie d√©j√† dit √† la suite des √©ditions pr√©c√©dentes ? Je pourrais r√©chauffer mon article de l'ann√©e derni√®re et le resservir que le lecteur n'y verrait que du feu, tant les probl√®mes se sont inscrits dans la continuit√©. Mais je d√©teste la redondance.

Que dire en effet de la programmation o√Ļ sont absents les films africains r√©cents qui tournent en ce moment dans les festivals ? Que dire des espaces (Salle Sita Bella, Douala) d√©programm√©s, comme cela est devenu coutume √† ce festival, sans aucune explication ? Que dire des films inscrits au programme et finalement pas projet√©s pour indisponibilit√© ? Que dire de la qualit√© absolument inacceptable des projections √† la salle de la Cnps, partenaire du festival ? Que dire des plaintes pour non paiement et de l'ardoise des dettes du festival qui semble se rallonger d'ann√©e en ann√©e ? Que dire m√™me des prix vid√©s de leur int√©r√™t premier qui est financier, vu que le festival n'a ni notori√©t√©, ni bonne presse suffisante pour lancer un film ? Que dire des programmes disponibles seulement plusieurs jours apr√®s le d√©but du festival et du catalogue arriv√© √† la fin de l'√©v√®nement ? Que dire de l'annulation des projections en plein air au village du festival pour coupure d'√©lectricit√© alors qu'un groupe √©lectrog√®ne se loue √† 10 000 Fcfa [15 euros, ndlr] la journ√©e √† Yaound√©, prix n√©gociable ? Si on devait citer tous les couacs, on y sera encore demain. Une liste non exhaustive de faux pas qui annoncent une catastrophe.



Ce festival me d√©√ßoit √† la hauteur de l'affection que je lui porte. Les Ecrans noirs sont l'une des raisons pour lesquelles je suis devenue journaliste culturelle. Ils ont constitu√© pour moi une motivation puissante pour d√©crocher le baccalaur√©at, alors unique porte de sortie du coin perdu de mon enfance pour la grande ville. Chaque ann√©e, au mois d'ao√Ľt, mes cousines et moi nous retrouvions au village pour des r√©unions familiales. Elles me racontaient alors la mont√©e des marches des Ecrans noirs et parfois, me montraient une photo prises au sortir du Cin√©ma Abbia, ce qui √©tait un √©v√®nement exceptionnel dans nos petites existences. Je les √©coutais les yeux luisants d'envie, en r√™vant du jour o√Ļ, moi aussi, je serai des leurs. Mon r√™ve est devenu r√©alit√©.



Mon oncle douanier, alors en service √† l'a√©roport international Yaound√©-Nsimalen, arrivait, je ne sais par quelle relation, √† obtenir des invitations pour l'ouverture et la cl√īture du festival. A l'√©poque, ces invitations valaient encore quelque chose. Nous les lui arrachions pratiquement des mains, trop heureuses d'avoir l'occasion de mettre nos tenues soir√©e oubli√©es au fond de la penderie apr√®s la f√™te du nouvel an ou le lointain mariage d'un parent. Alors que mes cousines ne s'int√©ressaient qu'√† la mont√©e des marches, moi, je voulais voir le maximum de films.
Et je le faisais, aussi souvent que mes maigres ressources me permettaient de payer l'entrée à la salle. Mon intérêt pour "les films par nous" vient sans doute de là. Je n'oublierai jamais des films comme "Karmen Gei", "Madame brouette", "Les couilles de l'éléphant" et "Le prix du pardon" qui m'ont maintenu éveillée longtemps après la projection, et qui ont, par la suite, fait irruption dans mes rêves.



Apr√®s, je suis devenue journaliste et dans les r√©dactions o√Ļ je suis pass√©e, c'est tout naturellement que je me suis port√©e volontaire pour couvrir les Ecrans noirs. Depuis lors, chaque ann√©e sans discontinuer, j'√©cris sur le festival. M√™me quand je n'avais pas forc√©ment d'espace o√Ļ publier ces articles, il me semblait que couvrir les Ecrans noirs √©tait pour moi un devoir, auquel je me soumettais de bon cŇďur. Je parlais des films en comp√©tition et des innovations, je donnais la parole aux organisateurs, je recueillais les avis des festivaliers mais je parlais aussi des couacs. Surtout des couacs d'ailleurs, plus souvent que je n'aurais voulu.

Mais cette année, je refuse d'écrire sur les Ecrans noirs. Il me semble que je n'ai plus rien à dire. Ma parole de journaliste n'est pas entendue et je refuse d'être un tonneau vide. Mais je ne peux taire ma déception qui est grande. Ce festival dont j'ai rêvé longtemps a perdu de sa superbe et surtout, de son essence. En dehors de la montée et de la descente des marches, Ecrans noirs n'est plus qu'un squelette sans chair.
Une chose étonnante d'ailleurs quand on sait que le financement du gouvernement du Cameroun à l'endroit de ce festival va croissant. Il est passé de 51 millions de Fcfa en 2012 à 70 millions de Fcfa en 2014. Au même moment que les problèmes sont passés d'importants à énormes. Il est devenu "une affaire publique camerounaise", selon les mots de Bassek Ba Kobhio, son délégué général. Une affaire publique qui doit donc rendre des comptes au contribuable camerounais. Une affaire publique dont la responsabilité va au-delà de l'exploit de tenir édition après édition.

Apr√®s 18 ans d'existence, je refuse d'excuser l'amateurisme de ce festival, sa n√©gligence et ses dettes. Mais surtout son peu de respect pour les cin√©astes, les festivaliers et le public. Je suis particuli√®rement indign√©e par le fait que les organisateurs des Ecrans Noirs semblent consid√©rer que tout est acquis. Mais s'il est une chose que la vie nous apprend c'est que rien, en ce bas monde, n'est jamais d√©finitivement acquis. Ni le public, ni le financement, ni m√™me les amiti√©s. Plusieurs promoteurs culturels l'ont appris √† leurs d√©pens, √† l'exemple d'Ambroise Mbia dont le festival, les Rencontres th√©√Ętrales internationales du Cameroun (Retic), a fini par sombrer apr√®s 17 ans de d√©brouillardise et de r√©sistance.
Ceci est un appel au secours : il faut sauver les Ecrans noirs, lui redonner ses lettres de noblesse pour permettre à des milliers de personnes de continuer à rêver, pour qu'il continue à être une motivation puissante dans la vie des gens.

Lui donner de la chair ne passera pas par des activités bouche-trous comme les compétitions de danse ou l'élection de miss. Lui donner de la chair sera de faire venir des films récents de qualité, de mieux communiquer, d'améliorer la qualité technique des projections, de respecter les cinéastes et le public. Si on veut tenir la route, organiser un festival demande beaucoup de rigueur. Sinon, la chute n'est pas loin.

Stéphanie Dongmo

haut de page


   liens films

Couilles de l'éléphant (Les) 2001
Henri-Joseph Koumba Bididi

Karmen Ge√Į 2001
Joseph Ga√Į Ramaka

Madame Brouette 2002
Moussa Sène Absa

Prix du pardon (Le) | Ndeysaan 2001
Mansour Sora Wade


   liens artistes

Ba Kobhio Bassek


√Čp√©e Marcel


Mbia Ambroise


Mbia Ambroise


   liens structures

Cameroon Art Critics (CAMAC)
Cameroun | YAOUND√Č, DOAUALA

Raphia films
Cameroun | Douala

haut de page

   vidťos
   

 

Karmen, de Jo Ga√Į Ramaka
bande annonce

 

 

Couilles de l'éléphant (Les)
bande annonce

 

 

Madame brouette - Official TRAILER - TLA Releasing (en anglais)
bande annonce

 
   


   vos commentaires
vos commentaires sur cette critique :
   
 
  ajouter un commentaire
   

haut de page

 

 

 

 

?>