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rédacteur
Mohammed Bakrim
publié le
23/09/2014
Ľ films, artistes, structures ou √©v√©nements li√©s √† cette critique
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Mohammed Bakrim (Africiné)


J.M Teno, réalisateur


Ernestine Ouandié


Jean-Marie Teno, avec son Ecran d'Or du Documentaire 2014, à Yaoundé.


L'Ambassadeur du Maroc au Cameroun remet le Trophée du Meilleur Documentaire au cinéaste Jean-Marie Teno, Ecrans Noirs 2014, Yaoundé.


Ernest Ouandié, menotté (avant son assassinat)


Jean-Marie Teno, avec le plasticien Pascale Marthine Tayou, à Yaoundé.


Jean-Marie Teno, interviewé par la journaliste Stéphanie Dongmo, à Yaoundé.

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Une feuille dans le vent, de Jean-Marie Teno
Filmer la mémoire

Une feuille dans le vent de Jean-Marie Teno a d√©croch√© au mois de juillet dernier, le Prix du meilleur documentaire lors du festival Ecrans noirs de Yaound√©. Ancien journaliste, J.-M. Teno s'engage dans le cin√©ma port√© par des ambitions et surtout par un vaste projet, celui de t√©moigner ou plut√īt d'interpeller les acteurs de l'histoire contemporaine de son pays ; d'interroger des pans entiers de la m√©moire oubli√©e. De l'historien du quotidien, qui d√©finit le journaliste, il passe au d√©cryptage des images africaines en les r√©habilitant √† l'√©cran. Il est venu alors au documentaire en toute logique ; prolongeant son action de journaliste par d'autres moyens ; ceux du langage cin√©matographique ; ceux de l'image et du son ; les moyens d√©sormais incontournables de notre modernit√©, ceux qui √©taient l'exclusivit√© de l'autre. Il pose ainsi une question fondamentale, celle du regard, du point de vue, du montage‚Ķ La cam√©ra en effet n'est plus neutre, il participe d'une entreprise g√©n√©rale dont Teno fait son credo ; d√©cliner un point de vue africain sur les archives et les images africaines ; entamer un travail de montage √† partir du point de vue d'une m√©moire longtemps ignor√©e voire tout simplement bless√©e, car amput√©e. Dans ses films, il aborde une th√©matique diversifi√©e, mais toujours ancr√©e dans un r√©f√©rentiel pr√©cis : social par exemple la probl√©matique de l'eau ou soci√©tal et culturel / interculturel, avec les rapports √† l'autre ; l'autre dans le temps, √† savoir tout le legs ancestral et historique ou l'autre dans l'espace, √† savoir "le blanc" et la question de l'alt√©rit√© qu'il am√®ne.

Avec Une feuille dans le vent, il s'agit justement d'un retour sur un moment crucial de l'histoire contemporaine du Cameroun avec en filigrane cette interrogation qui en cache d'autres : que sont les héros de nos indépendances devenus ? Voire tout simplement : qu'avons-nous fait de nos indépendances ? Le film s'inscrit alors dans cette double logique citoyenne et artistique.
√Ä un premier niveau, le film est le r√©cit de la vie, plus que tumultueuse, elle confine carr√©ment √† un destin tragique, de la jeune Ernestine qui n'est autre que la fille de Ernest Ouandi√© h√©ros du mouvement de lib√©ration nationale, leader historique de l'UPC (Union des populations du Cameroun) ; mouvement politique fond√© en 1948 et qui a conduit le mouvement d'acc√®s √† l'ind√©pendance. Sauf que Ernest Ouandi√©, √©ternel rebelle, choisit (√† l'or√©e des ann√©es 60) la dissidence et rejoignit le maquis. Arr√™t√©, il sera fusill√© le 15 janvier 1971. Entre temps, il aura eu une fille, Ernestine qu'il ne verra jamais, de sa femme d'origine ghan√©enne. Celle-ci avait choisi, d√®s le d√©but des ann√©es 60, l'exil et de refaire sa vie. C'est Ernestine qui fera les frais de ce drame o√Ļ se conjuguent destin individuel et destin√©es collectives. Elle sera abandonn√©e par sa m√®re √† l'√Ęge de 10 ans. Elle va souffrir le martyr lors de ces ann√©es d'errance sans cap.

En 1991, l'Assembl√©e nationale du Cameroun tente une r√©conciliation avec l'histoire du pays en r√©habilitant la m√©moire des hommes de l'ind√©pendance. Ernest Ouandi√© sera proclam√© H√©ros national‚Ķ Mais le mal est fait. Il demeure un paria, un fant√īme condamn√© √† l'exil. Sa fille, sortie de son drame personnel rentre au pays pour retrouver ses racines et retrouver la m√©moire de son p√®re constitutive de la m√©moire du pays. Elle se heurtera √† un mur fait de silence, de peur et de pr√©jug√©s.
Jean-Marie Teno rencontre la jeune femme en 2004. La rencontre fut inopin√©e ; "je n'√©tais pas du tout pr√™t du point de vue strict de la production, √† un tournage dans les normes" nous dit le cin√©aste. Le mat√©riel n'√©tait pas disponible sur place. "Mais je ne voulais pas rater cette occasion et j'ai tourn√© alors avec le mat√©riel dont je disposais". Le cin√©ma comme la vie est fait de hasards, souvent heureux. Et les Am√©ricains aiment dire que si la fiction est l'Ňďuvre du cin√©aste, de l'auteur, le documentaire est l'Ňďuvre de Dieu‚Ķ
C'est ainsi donc qu'avec un strict minimum Teno monte un dispositif de captation de la parole au diapason du sujet qu'il traite. Centré sur le discours de sa protagoniste, le film a recours rarement aux images d'archives pour contextualiser certains propos qui renvoient à l'histoire. Ernestine est au centre de l'image, au centre du récit. Filmée de face en légère contre-plongée, regard à la caméra. Nul artifice de mise en scène ne vient surcharger le discours qui émane de cette voix qui parle au nom de l'histoire.

De temps en temps, de légers moments de caméra rappellent le dispositif d'énonciation. Le récepteur est impliqué par ce regard, par cette voix. Il est invité à un partenariat de sens. La logique temporelle du film respecte le rythme du récit oral émaillé de pause, de silences éloquents. La parole de la jeune femme émane d'un cadre aux apparences fermées, le sujet est filmé dos au mur. Impression renforcée par les grilles de la fenêtre. Impressions seulement, car très vite le regard est orienté vers un hors champ visuel émanant du reflet sur les vitres de la fenêtre. Et surtout avec la présence d'un hors champ sonore très riche (bruits d'une cour de maison, de la forêt proche)) qui renvoie à la vie.
L'espace de la parole qui semble être un enfermement est élargi par l'irruption de cet hors champ qui dit une forme de perspective, brisant l'étau que la grande histoire impose à l'histoire des gens simples. Le film en effet n'est pas un reportage sur un cas de figure, sur un exemple de victime. C'est essentiellement un travail de cinéma sur une mémoire blessée. Une proposition autour de la problématique : comment filmer la mémoire
A commencer par le titre ; il ouvre sur un horizon d'attente in√©dit pour "le genre" documentaire. En termes de r√©ception, en effet, "Une feuille dans le vent" neutralise en quelque sort l'effet documentaire au b√©n√©ficie d'une r√©ception po√©tique. La fonction r√©f√©rentielle du titre est quasiment nulle et surtout ne renvoie nullement au sujet trait√© par le film qui ne parle ni de feuille ni de vent. Il s'agit bien au contraire du destin tragique d'une vie broy√©e par l'histoire. Ce faisant, il adh√®re √† la tonalit√© du discours d'Ernestine qui use d'un langage m√©taphorique pour dire qu'une nation qui renie son histoire est comme une feuille dans le vent. Elle quitte sa tige et ses racines pour dispara√ģtre sans trace.

Mohammed Bakrim

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   liens films

Une feuille dans le vent 2013
Jean-Marie Teno


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Ivanga Imunga


Teno Jean-Marie


   ťvŤnements

19/07/2014 > 26/07/2014
festival |Cameroun |
Ecrans Noirs 2014
18ème édition. Thème : "Le Cinéma art, commerce et industrie: les cas du Maroc et du Nigeria".

   liens structures

Films du Raphia (Les)
France | Meze

Institut Gabonais de l'Image et du Son (IGIS)
Gabon | LIBREVILLE

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