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rédacteur
Paul Steve Kouonang Kouomo
publié le
03/02/2015
» films, artistes, structures ou événements liés à cette critique
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Paul Steve KOUONANG KOUOMO (Africiné)


Mahamat-Saleh Haroun, réalisateur de Grigris


White Material (2010)


Claire DENIS, réalisatrice de White Material (2010)

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Grigris, de Mahamat-Saleh Haroun
Mahamat-Saleh Haroun n'a pas osé…

On était déjà un peu resté sur notre faim après Un homme qui crie. En 2010, ce film nous ramenait quelque peu dans un paysage africain peint sous des traits uniquement glauque, sombre et guerrier. Or, l'Afrique rêve et a besoin d'autre chose, n'en déplaise à certains et nonobstant le visage moyenâgeux que veulent renvoyer des groupuscules comme Boko Haram [des terroristes ultra violents sévissant au Nigéria principalement, ndlr]. Et pour que ces rêves deviennent réalité, nous sommes de ceux qui pensent que le continent n'a plus nécessairement besoin de remakes d'Hôtel Rwanda (Terry George, 2004) ou de White Material (Claire Denis, 2010). Ces histoires, racontées par d'autres, sont encore peut-être digestibles, mais ramenées par les nôtres, ça fait beaucoup et ressemble fort bien à du masochisme.

J'ai encore les mots des cinéphiles à la sortie de la salle sur le perron du Palais des congrès de Yaoundé, à la première de White Material. Le public était boudeur et critique, déçu de devoir subir encore des images de guerre en Afrique, même dans une salle de cinéma; comme si celles diffusées à longueur de l'année par les médias occidentaux ne suffisaient pas. Une spectatrice/réalisatrice a même traité le film de "gangrène" dont il fallait se débarrasser avant qu'il ne soit trop tard.

Mahamat-Saleh Haroun (le Tchadien qui a remis sur le tapis rouge ce pays longtemps cinématographiquement mal connu) a donc servi un nouveau film, Grigris. Nous n'allons pas trop épiloguer sur le titre… C'est l'histoire d'un homme frappé d'un handicap aux jambes qui, danseur, gagne sa vie à faire des figures acrobatiques, grâce à sa morphologie pour le moins particulière. Surnommé Grigris, il jouit d'une certaine célébrité. Il fait la rencontre d'une prostituée, mannequin et d'une grande beauté. D'où vient-elle ? Pourquoi parle-t-elle comme une "Blanche" et que fait-elle dans les "suburbs" [banlieues, ndlr] de Ndjamena ? Mystère ! Quoi qu'il en soit, Grigris en tombe amoureux. Son (beau-)père tombe gravement malade Gris-gris doit se saigner aux quatre veines pour trouver les 700 000 francs CFA [un peu plus de mille euros, ndrl] nécessaires, pour le faire soigner. Il se lance dans le trafic de carburant.



Grigris et le mannequin/prostituée, c'est une belle histoire d'amour à la cendrillon et le bossu. Un mec qui n'a pas grand-chose pour attirer les femmes mais qui réussit à mettre dans son lit celle dont rêve tout le monde (et surtout les immigrés européens), et même à se mettre en couple avec elle.

Ce film est un bijou photographique et sonore. Les cadres sont simples et d'une beauté rare. Par le savant dosage des lumières et des plans fixes, la direction photo capte votre esprit, votre attention et vous plonge dans le malaise de Grigris. Oui, parce que la vie de Grigris à la fin est un malaise en lui-même. Malaise dont Mahamat-Saleh Haroun nous sort par le happy end. On ne va pas bouder notre plaisir face à la bande son qui restitue les ambiances et nous éloigne des films dits MP3 qu'on subit très souvent en Afrique et dont les "cinéastes" camerounais sont devenus les spécialistes.

Haroun nous amène dans l'univers du cinéma, tant dans sa démarche que dans son traitement filmique et sonore. Sur le fleuve, on vogue avec lui. C'est une constance chez l'auteur qui reste dans la pure tradition cinématographique, alors que la tendance est à une esthétique vidéo sur le continent. La technologie a évolué, la jeune génération qui n'a pas connu la pellicule et ses exigences ne compte pas trop y retourner et perd donc cette démarche technico-artistique qu'elle impose; hélas !
Quoi qu'il en soit, ces jeunes cinéastes et vidéastes, à défaut de filmer en pellicule devrait regarder ce film pour s'instruire de la démarche et du résultat technique et artistique. Combien de tableaux ! Combien de plans communément appelés "affiches" (à cause de leur beauté et de l'effet belle affiche et photo) par les cinéphiles? On ne les compte plus, tellement il y en a : sur le fleuve, dans les champs, dans les rues de Ndjamena la nuit, quand Mimi vient s'enquérir des photos. Ce plan particulièrement, en amorce, le père et Grigris, le mur et l'intérieur du studio dans un effet contre-jour qui au fond n'en est pas un et qui est une perle photographique. Ça vous enferme mais vous libère en même temps, tellement sa beauté vous comble. On passerait des pages à disserter sur ces plans là. Et pour se faire ces plans, Mahamat-Saleh Haroun s'est payé les services du Directeur Photo Antoine Heberlé (AFC, Association Française des directeurs de la photographie Cinématographique) qui recevra d'ailleurs le Prix Vulcain de l'Artiste Technicien (Festival de Cannes 2013), pour ce film.

Le scénario nous laisse un peu sur notre faim. On croirait se retrouver encore dans ces films d'une certaine époque, ces films-contes du cinéma africain des années soixante et soixante dix. Ce n'est au bout du compte que le décor et les comédiens qui ont changé. Les comédiens qui sont loin d'être époustouflants. Sort du lot Cyril Guei (dans le rôle de Moussa), il en a encore beaucoup à offrir au cinéma ; autant que les autres s'ils vont chercher aux tréfonds de leurs tripes. À qui accorder le bénéfice du doute ? Au metteur en scène ou à l'acteur, ou à celui qui a dit qu'"il n'y a pas de mauvais comédien mais que de mauvais metteurs en scène?" Le film est quelque peu lent, lancinant et crée un certain malaise chez le spectateur, à force d'accumuler dans sa tête des pourquoi.



Mahamat Saleh Haroun n'a pas osé. On aurait sans doute trouvé un peu plus de poésie dans ce film, si les mouvements de caméras nous y avaient aidés ! Des travellings, des panoramiques achevés qui font place à de belles profondeurs de champ et nous permettent d'apprécier mieux la photographie et les paysages; sur le fleuve par exemple, lors de la traversée. On a cette belle vue et on imagine ce qu'il peut y avoir derrière. Mais la caméra reste planquée derrière les hautes herbes pour, à la fin, ne cracher aucun danger, aucun suspens… Haroun a fait une scène de striptease cinématographique et a cassé sa caméra au moment fatidique.

Ce film dévoile parfois des plans d'une beauté jouissive ! Quand Mimi dit à Gris-gris, dans sa chambre, ne pas exercer le métier de prostituée par amour, le cœur tressaillit, tellement c'est beau !
Et la scène de poursuite par la police dans les rues de Ndjamena ? Quel gâchis ! Mahamat-Saleh Haroun n'a pas osé. Pourquoi les amoureux de cinéma, habitués à de belles scènes de poursuite ne piafferaient pas de désespoir? Nous ne parlons pas de carambolage ou de plan avec des drones ou hélicoptères mais de quelque chose qui nous embarque réellement dans la poursuite et qui donne un peu de tension à la scène et emballe émotionnellement le spectateur. Cette scène, on la regarde avec détachement et on se demande quand est-ce qu'elle finira. Elle apparait comme une scène prétexte et pas comme une SCENE censée marquer le spectateur. Ce film est un long fleuve qui aurait pu être tranquille, à défaut créer des vagues. C'est le contraire de Killing them softly réalisé par Andrew Dominik, un exemple de film qui a l'air tranquille comme un lac mais qui vous tient.



Les scènes de bastonnade manquent d'intensité, de charge émotionnelle. On cherche en vain que chaque scène porte en elle un esprit qu'elle met à contribution afin que le film soit à la fin un patchwork pourtant si cohérent et qui ne laisse paraître aucune frontière entre les différentes pièces.
Tout semble un prétexte pour nous faire avancer vers l'inconnu. Parce qu'à la fin, on se demande après quoi/qui Gris-gris court réellement, quel est son but premier ? La belle Mimi ou la vie de son oncle ? Ce film, est-ce une chronique de la vie de Gris-gris ? Qu'a-t-il finalement de spécial ce bonhomme? Sa morphologie? Si oui, à quoi lui sert-elle, hormis d'être comme une bête de foire ?

Ce film ne vous tuera pas d'ennui mais ce n'est pas celui qu'on mourra d'envie de revoir. Mahamat-Saleh Haroun n'a pas osé, il s'est contenté de filmer Gris-gris. Il a fait un film qui a le mérite d'être un bijou photographique; dommage qu'il ne filme et ne montre pas mieux le Tchad… dommage.

Steve Kouonang

Tags : cinémas africains, films africains

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