actuellement 17464 films recens√©s, 2936 textes recherche | » english  
films r√©alisateurs acteurs producteurs distributeurs festivals agenda pays espace personnel  
  critiques»
  dossiers»
  analyses»
  entretiens»
  comptes rendus de festivals»
  reportages»
  documents»
  ateliers»
  Zooms»
  r√©dacteurs»
  √©crans d'afrique»
  Asaru»
  lettre d'info
  inscription»
  desinscription»
  archives »
  liens»
  d√©p√™ches »
  nouvelles de
la f√©d√©ration»
  la f√©d√©ration»
  contacts»
  partenaires»
  accueil»




 
    
rédacteur
Paul Steve Kouonang Kouomo
publié le
03/02/2015
Ľ films, artistes, structures ou √©v√©nements li√©s √† cette critique
Ľ les commentaires li√©s √† cette critique



Paul Steve KOUONANG KOUOMO (Africiné)


Mahamat-Saleh Haroun, réalisateur de Grigris


White Material (2010)


Claire DENIS, réalisatrice de White Material (2010)

retour
 
Grigris, de Mahamat-Saleh Haroun
Mahamat-Saleh Haroun n'a pas osé…

On √©tait d√©j√† un peu rest√© sur notre faim apr√®s Un homme qui crie. En 2010, ce film nous ramenait quelque peu dans un paysage africain peint sous des traits uniquement glauque, sombre et guerrier. Or, l'Afrique r√™ve et a besoin d'autre chose, n'en d√©plaise √† certains et nonobstant le visage moyen√Ęgeux que veulent renvoyer des groupuscules comme Boko Haram [des terroristes ultra violents s√©vissant au Nig√©ria principalement, ndlr]. Et pour que ces r√™ves deviennent r√©alit√©, nous sommes de ceux qui pensent que le continent n'a plus n√©cessairement besoin de remakes d'H√ītel Rwanda (Terry George, 2004) ou de White Material (Claire Denis, 2010). Ces histoires, racont√©es par d'autres, sont encore peut-√™tre digestibles, mais ramen√©es par les n√ītres, √ßa fait beaucoup et ressemble fort bien √† du masochisme.

J'ai encore les mots des cinéphiles à la sortie de la salle sur le perron du Palais des congrès de Yaoundé, à la première de White Material. Le public était boudeur et critique, déçu de devoir subir encore des images de guerre en Afrique, même dans une salle de cinéma; comme si celles diffusées à longueur de l'année par les médias occidentaux ne suffisaient pas. Une spectatrice/réalisatrice a même traité le film de "gangrène" dont il fallait se débarrasser avant qu'il ne soit trop tard.

Mahamat-Saleh Haroun (le Tchadien qui a remis sur le tapis rouge ce pays longtemps cin√©matographiquement mal connu) a donc servi un nouveau film, Grigris. Nous n'allons pas trop √©piloguer sur le titre‚Ķ C'est l'histoire d'un homme frapp√© d'un handicap aux jambes qui, danseur, gagne sa vie √† faire des figures acrobatiques, gr√Ęce √† sa morphologie pour le moins particuli√®re. Surnomm√© Grigris, il jouit d'une certaine c√©l√©brit√©. Il fait la rencontre d'une prostitu√©e, mannequin et d'une grande beaut√©. D'o√Ļ vient-elle ? Pourquoi parle-t-elle comme une "Blanche" et que fait-elle dans les "suburbs" [banlieues, ndlr] de Ndjamena ? Myst√®re ! Quoi qu'il en soit, Grigris en tombe amoureux. Son (beau-)p√®re tombe gravement malade Gris-gris doit se saigner aux quatre veines pour trouver les 700 000 francs CFA [un peu plus de mille euros, ndrl] n√©cessaires, pour le faire soigner. Il se lance dans le trafic de carburant.



Grigris et le mannequin/prostituée, c'est une belle histoire d'amour à la cendrillon et le bossu. Un mec qui n'a pas grand-chose pour attirer les femmes mais qui réussit à mettre dans son lit celle dont rêve tout le monde (et surtout les immigrés européens), et même à se mettre en couple avec elle.

Ce film est un bijou photographique et sonore. Les cadres sont simples et d'une beauté rare. Par le savant dosage des lumières et des plans fixes, la direction photo capte votre esprit, votre attention et vous plonge dans le malaise de Grigris. Oui, parce que la vie de Grigris à la fin est un malaise en lui-même. Malaise dont Mahamat-Saleh Haroun nous sort par le happy end. On ne va pas bouder notre plaisir face à la bande son qui restitue les ambiances et nous éloigne des films dits MP3 qu'on subit très souvent en Afrique et dont les "cinéastes" camerounais sont devenus les spécialistes.

Haroun nous amène dans l'univers du cinéma, tant dans sa démarche que dans son traitement filmique et sonore. Sur le fleuve, on vogue avec lui. C'est une constance chez l'auteur qui reste dans la pure tradition cinématographique, alors que la tendance est à une esthétique vidéo sur le continent. La technologie a évolué, la jeune génération qui n'a pas connu la pellicule et ses exigences ne compte pas trop y retourner et perd donc cette démarche technico-artistique qu'elle impose; hélas !
Quoi qu'il en soit, ces jeunes cinéastes et vidéastes, à défaut de filmer en pellicule devrait regarder ce film pour s'instruire de la démarche et du résultat technique et artistique. Combien de tableaux ! Combien de plans communément appelés "affiches" (à cause de leur beauté et de l'effet belle affiche et photo) par les cinéphiles? On ne les compte plus, tellement il y en a : sur le fleuve, dans les champs, dans les rues de Ndjamena la nuit, quand Mimi vient s'enquérir des photos. Ce plan particulièrement, en amorce, le père et Grigris, le mur et l'intérieur du studio dans un effet contre-jour qui au fond n'en est pas un et qui est une perle photographique. Ça vous enferme mais vous libère en même temps, tellement sa beauté vous comble. On passerait des pages à disserter sur ces plans là. Et pour se faire ces plans, Mahamat-Saleh Haroun s'est payé les services du Directeur Photo Antoine Heberlé (AFC, Association Française des directeurs de la photographie Cinématographique) qui recevra d'ailleurs le Prix Vulcain de l'Artiste Technicien (Festival de Cannes 2013), pour ce film.

Le sc√©nario nous laisse un peu sur notre faim. On croirait se retrouver encore dans ces films d'une certaine √©poque, ces films-contes du cin√©ma africain des ann√©es soixante et soixante dix. Ce n'est au bout du compte que le d√©cor et les com√©diens qui ont chang√©. Les com√©diens qui sont loin d'√™tre √©poustouflants. Sort du lot Cyril Guei (dans le r√īle de Moussa), il en a encore beaucoup √† offrir au cin√©ma ; autant que les autres s'ils vont chercher aux tr√©fonds de leurs tripes. √Ä qui accorder le b√©n√©fice du doute ? Au metteur en sc√®ne ou √† l'acteur, ou √† celui qui a dit qu'"il n'y a pas de mauvais com√©dien mais que de mauvais metteurs en sc√®ne?" Le film est quelque peu lent, lancinant et cr√©e un certain malaise chez le spectateur, √† force d'accumuler dans sa t√™te des pourquoi.



Mahamat Saleh Haroun n'a pas osé. On aurait sans doute trouvé un peu plus de poésie dans ce film, si les mouvements de caméras nous y avaient aidés ! Des travellings, des panoramiques achevés qui font place à de belles profondeurs de champ et nous permettent d'apprécier mieux la photographie et les paysages; sur le fleuve par exemple, lors de la traversée. On a cette belle vue et on imagine ce qu'il peut y avoir derrière. Mais la caméra reste planquée derrière les hautes herbes pour, à la fin, ne cracher aucun danger, aucun suspens… Haroun a fait une scène de striptease cinématographique et a cassé sa caméra au moment fatidique.

Ce film d√©voile parfois des plans d'une beaut√© jouissive ! Quand Mimi dit √† Gris-gris, dans sa chambre, ne pas exercer le m√©tier de prostitu√©e par amour, le cŇďur tressaillit, tellement c'est beau !
Et la sc√®ne de poursuite par la police dans les rues de Ndjamena ? Quel g√Ęchis ! Mahamat-Saleh Haroun n'a pas os√©. Pourquoi les amoureux de cin√©ma, habitu√©s √† de belles sc√®nes de poursuite ne piafferaient pas de d√©sespoir? Nous ne parlons pas de carambolage ou de plan avec des drones ou h√©licopt√®res mais de quelque chose qui nous embarque r√©ellement dans la poursuite et qui donne un peu de tension √† la sc√®ne et emballe √©motionnellement le spectateur. Cette sc√®ne, on la regarde avec d√©tachement et on se demande quand est-ce qu'elle finira. Elle apparait comme une sc√®ne pr√©texte et pas comme une SCENE cens√©e marquer le spectateur. Ce film est un long fleuve qui aurait pu √™tre tranquille, √† d√©faut cr√©er des vagues. C'est le contraire de Killing them softly r√©alis√© par Andrew Dominik, un exemple de film qui a l'air tranquille comme un lac mais qui vous tient.



Les sc√®nes de bastonnade manquent d'intensit√©, de charge √©motionnelle. On cherche en vain que chaque sc√®ne porte en elle un esprit qu'elle met √† contribution afin que le film soit √† la fin un patchwork pourtant si coh√©rent et qui ne laisse para√ģtre aucune fronti√®re entre les diff√©rentes pi√®ces.
Tout semble un prétexte pour nous faire avancer vers l'inconnu. Parce qu'à la fin, on se demande après quoi/qui Gris-gris court réellement, quel est son but premier ? La belle Mimi ou la vie de son oncle ? Ce film, est-ce une chronique de la vie de Gris-gris ? Qu'a-t-il finalement de spécial ce bonhomme? Sa morphologie? Si oui, à quoi lui sert-elle, hormis d'être comme une bête de foire ?

Ce film ne vous tuera pas d'ennui mais ce n'est pas celui qu'on mourra d'envie de revoir. Mahamat-Saleh Haroun n'a pas osé, il s'est contenté de filmer Gris-gris. Il a fait un film qui a le mérite d'être un bijou photographique; dommage qu'il ne filme et ne montre pas mieux le Tchad… dommage.

Steve Kouonang

Tags : cinémas africains, films africains

haut de page


   liens films

Grigris 2013
Mahamat-Saleh Haroun


   liens artistes

Démé Souleymane


Denis Claire


Diop Wasis


Djaoro Youssouf


Dozo Marie-Hélène


George Terry


Gue√Į Cyril


Hadjé Fatimé N'goua


Haroun Mahamat-Saleh


Héberlé Antoine


Monory Ana√Įs


Otsobogo Boucher Nadine


Yelolo Marius


   ťvŤnements

15/05/2013 > 26/05/2013
festival |France |
Festival de Cannes 2013
66e édition.

04/07/2013
projection |France |
Avant-Première du film Grigris en présence du réalisateur Mahamat Saleh Haroun

05/07/2013
projection |France |
Avant-Première du film Grigris en présence du réalisateur Mahamat Saleh Haroun
à 19h30, au cinéma UGC Ciné Cité de Bordeaux. Présentateur : Boubacar Seck, architecte (Bordeaux) et Chef décorateur Cinéma.

22/08/2013 > 25/08/2013
festival |Suisse |
8e Festival cinémas d'Afrique 2013 - Lausanne - Suisse
8e édition

18/09/2013 > 12/02/2014
festival |France |
Festival Images et Paroles d'Afrique 2013
Festival solidaire pluridisciplinaire : concert, exposition, spectacle jeune public et adulte (danse, th√©√Ętre...), stages, conf√©rence, documentaires-d√©bats, interventions dans les √©coles...

27/09/2013 > 04/10/2013
festival |Belgique |
FIFF - Festival International du film francophone de Namur 2013
28ème édition

30/10/2013 > 06/11/2013
festival |Allemagne |
Festival International du Film Francophone de T√ľbingen-Stuttgart 2013
30ème édition. Focus Afrique : Mali - le pays vu par ses cinéastes - Hommage à Souleymane Cissé / Nouveaux Films du Mali, du Cameroun et du Tchad.

01/11/2013 > 10/11/2013
festival |Royaume-Uni |
Film Africa 2013
10 days of more than fifty of the best African fiction and documentary films from across the continent, With lively Q&As and panel discussions featuring leading African filmmakers, and a dynamic programme of 
cultural events.

02/11/2013 > 17/11/2013
festival |France |
Casa Palabres 2013
Au cŇďur de l'effervescence africaine

08/11/2013 > 14/11/2013
festival |France |
Festival des cinémas d'Afrique du pays d'Apt 2013
11e édition. 33 films, de 14 pays africains, originaires de tout le continent seront diffusés.

09/11/2013 > 17/11/2013
festival |France |
Lumières d'Afrique 2013 (Besançon)
13¬į √©dition du festival des cin√©mas d'Afrique de Besan√ßon.

15/11/2013 > 24/11/2013
festival |Italie |
Festival du Cinema Africain de Vérone 2013
33ème édition. Thème : Kaléidoscope.

18/11/2013 > 24/11/2013
festival |France |
Festival du Film français et francophone d'Albi, Les OEillades 2013
17è édition

06/12/2013 > 14/12/2013
festival |√Čmirats arabes unis |
10th Dubai International Film Festival - DIFF 2013
10ème édition.

01/02/2014 > 28/02/2014
programme |Sénégal |
Programme de l'Institut culturel français - Février 2014

06/02/2014 > 17/02/2014
festival |√Čtats-Unis |
Pan African Film Festival de Los Angeles - PAFF 2014
22ème édition.

13/03/2014 > 20/03/2014
festival |√Čtats-Unis |
10th Annual New African Films Festival (NAFF 2014)
10ème édition.

21/03/2014 > 06/04/2014
festival |Belgique |
Afrika Filmfestival 2014
19th edition

03/04/2014 > 13/04/2014
festival |France |
Caravane des Cinémas d'Afrique

08/04/2014 > 13/04/2014
festival |France |
Rencontres internationales des cinémas arabes 2014
2ème édition. Hommage à Mahamet Saleh Haroun (Tchad) et Faouzi Bensaidi (Maroc).

07/05/2014 > 25/05/2014
festival |√Čtats-Unis |
New York African Film Festival (Nyaff) 2014
21ème édition. "Revolution and Liberation in the Digital Age".

19/06/2014 > 12/07/2014
festival |France |
Festival de Marseille_Danse et Arts Multiples 2014
UBU AND THE TRUTH COMMISSION, IN A WORLD FULL OF BUTTERFLIES, PAVEMENT, 80 000 000 DE VUES Au Festival de Marseille_Danse et Arts Multiples 2014

18/09/2014 > 28/09/2014
festival |Allemagne |
Jenseits von Europa XIII - Au-delà de l'Europe - Festival du cinéma africain de Cologne 2014
13ème édition (biennale). En 2014, 22ème anniversaire du Festival de cinéma africain à Cologne (Allemagne).

11/11/2014 > 16/11/2014
festival |Allemagne |
Afrikamera 2014
7ème édition

   liens structures

Films du Losange (Les)
France | Paris

France 3 Cinéma (ex FR3 Cinéma)
France | PARIS

Go√Į Go√Į Productions
Tchad | N'Djaména

Moa Distribution
Suisse | LAUSANNE

Pili Films
France | PARIS

haut de page

   vidťos
   

 

Grigris de Mahamat-Saleh Haroun
bande annonce

 
   


   vos commentaires
vos commentaires sur cette critique :
   
 
  ajouter un commentaire
   

haut de page

 

 

 

 

?>