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rédacteur
Michel Amarger
publié le
18/10/2015
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Christophe Karabache, réalisateur franco-libanais


Scène du film. La Diva Joelle Hélary dans le rôle de La Mère.


Scène du film


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Africiné Magazine, the World Leader (African Cinemas & Diasporas)

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Lamia
Casser l'emprise maternelle au Liban
LM Fiction de Christophe Karabache, Liban / France, 2014
Sortie France : 21 octobre 2015

A coups de films chocs, assenés comme des armes lourdes, Christophe Karabache poursuit son introspection intime des blessures libanaises. Après l'explosif Beirut Kamikaze, 2010, l'implosif Too Much Love Will Kill You, 2012, et la déflagration enchainée de Dodgem, 2013, il envoie Lamia, 2014, en pâture aux spectateurs prévenus. Le temps de conclure peut-être, une trilogie au scalpel par une nouvelle fiction, lancée en franc-tireur sur les écrans. Lamia est le nom d'une jeune femme frustrée. Son mari, dit le Coach, impuissant à l'acte sexuel, est coincé par l'image de sa mère avec qui ils vivent, qu'il vénère et qu'il exècre.



Le Coach entraîne des combattants aux techniques de self-défense et d'attaque. Tributaire ou prestataire de mystérieux contrats, il sait liquider les traîtres, sans pitié, comme ce Syrien suspecté. En privée, le Coach souffre de voir sa mère adorée boire et dilapider sa vie, et se culpabilise de son impuissance. Les deux jeunes combattants qu'il supervise semblent ne pas trouver de sens à la vie. Et sur fonds d'attentats islamistes radicaux, attribués par la radio à Daench, un mouvement de libération du Levant islamique, de tensions incessantes à Beyrouth, le Coach fait corps avec sa mère jusqu'à l'extrême. Mutilé par sa compagne, il se trouve désorienté par la forêt libanaise qui ne le protège pas, et les paysages à contre courant de ses mouvements.

Les convulsions de Lamia et ses protagonistes, prennent sens dans les pulsions du Liban. On y perçoit les stigmates de la guerre qui font dire au Coach que sa génération qui y a grandi, a d'autres visions que celle des jeunes qu'il entraîne, mais qu'ils partagent le même goût pour l'Action. Cela implique que l'énergie combative peut être recyclée dans les actes terroristes, les attentats, les mises à mort dont la radio se fait l'écho au cours du film. Sensible à cette pression, Christophe Karabache centre sa caméra sur des figures particulières comme pour mieux concentrer la fébrilité de la société libanaise d'aujourd'hui.

Lamia travaille de manière plus épurée les thèmes favoris du cinéaste. Après les montages heurtés de ses courts-métrages, il cultive de plus en plus, les plans séquences, fixes, qui laissent les personnages se blesser dans le cadre. Du coup, le rythme du film se fait lent, presque contemplatif, comme pour épouser le lourd malaise qui sourd et l'ennui qui affecte une génération sans espoir ni utopie d'ouverture. C'est là que le propos de Lamia creuse sans ménagement les impasses de la société libanaise. Avec son style presque sec, ses longs plans fixes, ses travellings contrariés, Karabache ne cherche pas à raconter une histoire mais plutôt à poser des personnages instables face à sa caméra intransigeante.

Ce nouvel opus qui pourrait clore une trilogie sur la relation de l'homme libanais avec les femmes, repose essentiellement sur les images, chargées de tension. Les dialogues sont rares, les échanges crachés. La crudité de la violence affleure en bord cadre, éclatant hors-champs. Lamia contemple la décomposition d'êtres vivants, englués dans leurs désirs, leurs liens de dépendance, comme ils le sont dans le corpus de la société libanaise. Et cette mère muette, haïe, aimée et violentée, semble une métaphore d'un pays que le cinéaste espérerait meilleur et qui paraît le désespérer toujours plus violemment.

Christophe Karabache épure ainsi son écriture, gagnant en simplicité narrative ce que Dodgem, son précédent film, recelait en mystère et en symbolisme suggéré. Passant souvent par une direction d'acteurs sur le fil, parmi lesquels il s'octroie la part belle du Coach impuissant, meurtrier et incestueux, Karabache propose un spectacle ardu, ponctué de travellings et de temps morts qui précisément évoquent la décrépitude des soubassements de la société libanaise. Les musiques de Wamid Al-Wahab dont une sorte de flamenco ponctuant un dialogue entre les deux combattants, les tonalités de Beethoven, puisées dans la 7ème Symphonie, contribuent à dramatiser l'impact de Lamia.

Cruel et perçant, sauvage et frontal, Christophe Karabache peaufine la maturité de son cinéma en s'appuyant sur une équipe légère. Produit et tourné avec l'aide de proches complices, Lamia offre des alternatives aux conventions du cinéma libanais. Une danse finale, rouge et endiablée, transgresse les genres avec insolence. Au-delà, Karabache interroge la vulnérabilité des hommes d'Orient, la fugacité des femmes fortes, désirées et redoutées, la force des liens de générations, soudées par la volonté d'agir comme pour échapper à l'immobilisme des mentalités. Lamia invite alors les êtres à se dépasser pour échapper à l'enfermement, à la mort. A savoir régler ses comptes pour exister.

Vu par Michel AMARGER
(Afrimages / RFI / Médias France)
pour Africiné Magazine

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