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rédacteur
Fatoumata Sagnane
publié le
22/01/2017
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Saïda BOURGUIBA, universitaire tunisienne et responsable Jurys aux JCC


Fatoumata Sagnane (Africiné Magazine)

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Dr Saida Bourguiba : "Nous tenons à garder une spécificité africaine"
Journées Cinématographiques de Carthage 2016

Tunis, le 06 novembre 2016, le Tanit d'or est à l'honneur plus que jamais, et Madame Saïda BOURGUIBA accorde un entretien à Africiné Magazine, le jour de son anniversaire.
Madame BOURGUIBA est une femme déterminée, pour qui les Journées Cinématographiques de Carthage c'est, au-delà d'un festival, un pont de ralliement entre l'Afrique subsaharienne et le Maghreb. Madame Bourguiba fête ses 50 ans en même temps que les JCC 2016 qui célèbrent le cinquantenaire de son existence dans sa 27ème édition.


Africiné : Vous vous appelez Saida BOURGUIBA, Tunisienne de naissance et de nationalité. Pouvez vous mieux vous présenter à nos lecteurs de Africiné ?

Madame Saida BOURGUIBA : Je suis enseignante à la faculté, maitre-assistante à l'Institut des arts et des métiers [ISAMM, Kairouan, Tunisie, Ndlr]. J'enseigne le marketing et le management culturel. J'ai fait ma thèse de doctorat sur les Journées Cinématographiques de Carthage notamment sur l'organisation, précisément [NOTE 1].

Depuis quand êtes-vous active dans ce festival ?

Depuis 1986, je suis les Journées Cinématographiques de Carthage. Aujourd'hui, j'ai 50 ans et cette année je suis très contente de les fêter en même temps que le cinquantenaire des JCC dans sa 27ème édition.

Pouvez-vous nous dire quelles sont vos tâches dans cette édition ?

J'ai la mission de coordonner les jurys comme les années précédentes et c'est très sympathique. L'année dernière j'ai eu la chance de chapoter et de mettre en place la section hommage et cette année j'ai la lourde tache de coordonner les grands jurys, la première œuvre, ciné promesse, les courts métrages, la FEPACI, la FACC, la NASE, l'UGTT, et la fondation tunisienne "Femmes et mémoires". Je m'occupe également de la programmation, du séjour des jurys, pendant toute la période du festival.



À vous entendre, il est clair que vous êtes arrivée sur ce festival très jeune. Comment décririez-vous vos premiers pas ?
J'étais très jeune quand j'ai posé mes premiers pas dans la cour des JCC. Mes premiers pas étaient très engagés et teintés de passion. D'ailleurs jusqu'à aujourd'hui ; à mes 50 ans, je suis plus qu'engagée dans chaque édition des JCC.

Nous avons remarqué sur ce festival que vous êtes une dure à cuir, vous ne vous laissez pas distraire. Certains vous trouvent moins accessible. Ne pensez vous pas en faire trop?

Ce festival me tient particulièrement à cœur, qui est un lien fort, un pont qui lie, pour moi, le Maghreb, l'Afrique du nord et l'Afrique Subsaharienne. Parce qu'il y a heureusement quelque chose de géographique c'est le Sahara et j'y tiens. Nous tenons à garder une spécificité africaine dans ces rencontres des JCC. Je me sens Africaine, Méditerranéenne, avant tout.

Que dites-vous des expressions comme "films africains" vs "les films arabes" (compris comme non-africains, Ndlr) ?

C'est un gros problème de nos dirigeants, de nos classes intellectuelles, nos classes militantes, ces mots me tuent parce que nous sommes aussi africains. Par contre, je comprendrai des mots comme nos voisins, nos cousins, les subsahariens, j'entends bien ça. Il n'est pas honteux de reconnaitre non plus qu'il n'y pas de communication ni d'échange sur ces sujets sensibles, alors on laisse place aux préjugés, aux susceptibilités, des deux cotés nous devenons tous racistes avec une méfiance au fur et à mesure. Comme on ne connait pas l'autre, on l'évite, et, tout ce qui est noir on le châtie on le rejette.
A mon avis, tout est lié à une question de mentalité qu'il faudra changer, cela passera forcement par l'éducation, la sensibilisation de père en fils, de génération en génération. Moi, j'ai été élevée dans une culture arabo-musulmane et je tiens à divulguer et à donner une autre image de mon continent, de mon Afrique, de l'Africain, de l'Arabe, qui est mal véhiculée dans les écrans européens et occidentaux.

Vous étiez bien entourée d'une équipe de braves jeunes efficaces et réactifs face aux besoins des invités. Partagez vous les mêmes sentiments de satisfaction que nous jurés [NOTE 2] ?

Je remercie toute mon équipe de travail, ils sont jeunes mes accompagnatrices et accompagnateurs, assoiffés de connaître les gens, d'être avec les stars, c'est normal, les buzz mais pour moi qu'ils sachent que ce festival est africain à la base et cette rencontre des JCC est au-delà d'un festival, ce sontt des journées ; il y en là une très grande différence entre un festival et les Journées cinématographiques de Carthage, nous ne sommes pas sous la domination de la FIAP (la Fédération Internationale des Producteurs). Nous sommes des journées qui tiennent à donner une grande importance et une grande distinction aux réalisateurs, on s'en fout de la production, de savoir qui a produit le film, l'essentiel pour nous c'est la nationalité du réalisateur qui est la star ainsi que son film. Les acteurs ce n'est pas très important.

Que représente le FESPACO (Festival Panafricain du Cinéma et de Télévision de Ougadougou) dans les JCC ?

Le FESPACO occupe une place importante dans les JCC. Nous souhaitons que le FESPACO soit toujours présent aux différentes éditions des JCC comme tout au début, ainsi que d'autres gens car, pour nous ces deux instances cinématographiques constituent le socle de l'évolution du 7ème art africain. Elles sont comme les jumelles, alors nous nous déployons à souder cette relation en échangeant des films entre nous, et, invitons nos différents ministères de la culture, de l'audiovisuel, de la communication pense à projeter des films africains, arabes sur les écrans à la télévision et sur les grands écrans au cinéma, en gros donner une grande importance au 7ème art parce que toutes les attentions sont sur les DVD et le streaming. Je ne vais pas généraliser mais, les messages dans les dvd véhiculent l'image de la violence, des jeux vidéos, de la mort, il faut donc se pencher sur d'autres thèmes qui nous tiennent à cœur comme la condition de la femme, des enfants, de l'éducation, des problèmes de l'eau dans nos différents pays qui se fait de plus en plus rare. Aujourd'hui c'est l'un des soucis majeurs en Tunisie, c'est le problème de l'eau, de l'environnement, de l'écologie, la négligence des valeurs humaines.
Il y a plein d'autres thèmes qu'il faudrait enseigner dans les programmes scolaires sur l'existence de ce fabuleux continent plein de valeurs qui est l'Afrique. Au lieu de nous pencher tout le temps sur l'immigration, des fléaux, des maladies, des voyages vers l'Occident, vaut mieux se retourne sur notre terre, sur sa richesse : le cacao, le pétrole, la ressource humaine, l'hospitalité…
L'Afrique, le plus vieux continent, a besoin qu'on valorise son patrimoine matériel et immatériel, c'est mon souhait le plus absolu. Par ailleurs, en ayant l'OUA (l'Organisation de l'Union Africaine), de l'UMA (l'Union Magrébin) qui ne font rien, allons plutôt vers des relations pas spécialement et uniquement protocolaires et diplomatiques mais, de réels échanges d'exportation entre les pays voisins.

Pour vous quelle est la particularité des JCC ?

C'est le public, il y a le public et même s'il y a défaillance dans l'organisation. Autre spécificité des JCC c'est la résistance, car, malgré toutes les crises sociales, politiques et économiques que notre pays ait connues, les JCC n'ont jamais été suspendues même pour une fois grâce à une magie : le public.

Durant les JCC toutes les salles de projection (Abc, la salle des Congrès, Colizé...) étaient toutes archicombles. Après cette belle période, quel sera la suite, l'avenir des salles de projection ; seront- telles remplies par des cinéphiles ?

Malheureusement après les JCC, les rues deviennent désertiques, c'est inimaginable comme l'avenue Bourguiba sera totalement vide de son contenu, c'est "Laguiniya" (c'est-à-dire "il n'y a personne", en arabe); alors qu'une semaine avant, difficile de marcher dans les rues, dans l'avenue Bourguiba tellement il y a du monde. On dirait une fête foraine, des femmes voilées ou pas, les hommes tous dans la rue pour les JCC. Évidement les salles ne seront pas remplies comme durant les journées Cinématographique de Carthage.

Comment faire alors pour pouvoir maintenir le même élan après les JCC ?

Cela revient aux opérateurs, aux distributeurs de films commerciaux alors que les JCC sont dans le registre des films thématiques, d'engagements, d'auteurs qui ne passent pas par le circuit commercial et nul pas ailleurs ; c'est pourquoi les gens sont assoiffés de voir ces films là.
À mon avis, l'une des taches principales des JCC, c'est organiser des formations, des rencontres, du dialogue avec des distributeurs afin qu'ils puissent emboiter le pas des JCC.
Les salles de projection resteront toujours ouvertes et fonctionnelles mais elles seront moins fréquentées par le public et les cinéphiles et pour changer la donne il faut que des distributeur, les opérateurs, tous les intervenants du secteur fassent des efforts, qu'on se mette tous ensemble avec le ministère du tutelle et l'administration et que chacun pose son problème afin qu'ensemble on puisse trouver des solutions idoines pour le bien du cinéma, car, chacun pour soit et Dieu pour tous.

En gros, que dire de l'ambiance des JCC dans sa 27ème édition?

Malheureusement il n'y a pas eu de fête et cela me fait mal ; un cinquantenaire sans une belle fête.

La faute à qui ?

 la personne qui s'est occupée de la section organisation du cinquantième anniversaire des JCC, des colloques, des fêtes et autres volets des journées; il faut que tout le monde assume bien des taches qui lui sont confiées!

Êtes vous allée sur des festivals en Afrique subsaharienne ou ailleurs?
Non jamais. Mais mon rêve est de venir sur le FESPACO, voir d'autres films, visiter l'Afrique subsaharienne.

Quelle est la place qu'occupe la politique tunisienne dans les JCC, est ce que les journées sont financées par la présidence ?

Ce n'est pas la Présidence. Le festival est financé et organisé par les JCC et le ministère de la culture. Les transports, les logements, la billetterie, les voyages, la location des salles et les gens qui travaillent sur le festival sous contrat provisoire sont rémunérés par le ministère du tutelle, et, c'est le contribuable tunisien qui paye ça. Nous sommes accompagnés par quelques sponsors pour les fêtes et autre volets des journées.

Mais le ministère de la culture relève du gouvernement ?

Chaque ministère a un budget de fonctionnement. 15 jours après les JCC, il y [a] le festival théâtrale de Carthage, nous accueill[ons] les pièces africaines, européennes, arabes et d'autres pays.

Quand est il de l'implication personnelle du président de la République, est-ce un homme qui parle réellement le langage artistique en général et celui du cinéma en particulier car, il a décoré quelques vétérans africains et arabes tels que Idrissa OUEDRAEGO, Abderrahmane SISSAKO... ?

En 1966, le président Bourguiba a reçu Chedli Klibi avec trois autres cinéastes africains pour les décorer. Influencé par André Malraux, Chedli Klibi a créé le ministère de la culture [en 1961, Ndlr], deux ans après la France. Puis, il installe les comités culturels, les maisons de jeunes, les maisons de la culture. Après Bourguiba, ce n'est que l'année d'avant et cette année que le président tunisien a décoré les vétérans comme Idrissa OUEDRAOGO, Abderrahmane SISSAKO [NOTE 3]. Mais ce qui est important c'est de donner de bons budgets au ministère de la culture pour qu'il puisse financer tous les projets culturels du pays, et, que d'autres ministères comme celui des finances, du tourisme, de l'hôtellerie, du ministère de l'intérieur, s'associent aux JCC pour mieux faciliter leurs activités, parce que c'est une fête pour tous.

Est qu'il y a une assurance sociale pour les artistes tunisiens?
Les artistes qui sont fonctionnaires de l'État ont une assurance sociale mais ceux qui sont privés se font leurs propres assurances.

Après la clôture des JCC, un incident s'est produit entre le réalisateur sénégalais [Alassane Sy, Ndlr] qui a d'ailleurs eu le prix du meilleur court métrage [avec le film Marabout, Ndlr], et une des chargées à l'organisation des JCC. Avez vous envie d'en parler ?

C'est déplorable, je pense que c'était juste un malentendu, et, comme je n'étais pas présente au moment où ça se passait, je n'ai donc pas d'éléments nécessaires pour en parler.

Fatoumata SAGNANE
Journaliste Critique
Guinée CONAKRY


NOTE 1 : Docteure Saida Bourguiba, "Finalités culturelles et esthétiques d'un cinéma arabo-africain en devenir. Les Journées Cinématographiques de Carthage (JCC)", Thèse de doctorat en Arts, arts plastiques, musicologie, soutenue le 25-02-2013, sous la direction de Dominique Château, Université Paris 1. Ndlr

NOTE 2 : Le jury de la critique africaine (FACC) a décerné son Prix Spécial "FACC" (Prix de la Critique africaine "Néjiba Hamrouni") POUR LE MEILLEUR FILM DE LONG METRAGE des JCC 2016 au film Clash (Eshtebak) - Mohamed Diab - Egypte. Le jury FACC aux JCC 2016 est composé de Ahmed Hassouna (Egypte, Président de Jury), Fatoumata Sagnane (Guinée),
Bassirou Niang (Sénégal) et Tarek Ben Chaabane (Tunisie, Coordinateur). Néjiba Hamrouni (1967-2016) est une Journaliste et syndicaliste tunisienne, récemment arrachée à notre affection.

NOTE 3 : Le samedi 5 novembre 2016, le président tunisien, Béji Caïd Essebsi, a remis l'insigne de l'Ordre national du mérite dans le secteur de la culture, à nombreuses personnalités culturelles, pour leur contribution à la scène cinématographique. : Abderrahmamne Sissako (Mauritanie), Gamil Rateb (Egypte), Michel Khleifi (Palestine), Idrissa Ouédraogo (Burkina Faso), Mohamed Malas (Syrie), Ridha Behi (Tunisie), Omar Khlifi (Tunisie), Abdelaziz Ben Mlouka (Tunisie), Néjib Ayed (Tunisie), Moncef Charfeddine (Tunisie), Brahim Letaief (Tunisie), Khemaies Khayati (Tunisie), Dorra Zarrouk, (Tunisie), Chawki Mejri (Tunisie) et Kaouther Ben Hania (réalsiatrice, Tunisie), en présence du ministre des Affaires culturelles, Mohamed Zine el Abidine et les membres des Jurys des JCC 2016. La Rédaction - Africiné Magazine

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Mohamed Diab

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Bourguiba Saida


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