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rédacteur
Pélagie Ng'onana
publié le
08/01/2019
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Pélagie Ng'onana (Africiné Magazine)

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Nejib Ayed : "Le cinéma est un vrai mur contre le terrorisme"
Entretien avec le Directeur des JCC, Tunis
Le directeur des Journées cinématographiques de Carthage présente un festival qui veut bien préserver ses acquis, tout en se souciant de rendre plus fort le circuit professionnel des cinémas d'Afrique et du monde arabe. Les JCC 2018 se sont tenues à Tunis (et divers lieux), du 3 au 10 Novembre 2018.


Vous êtes à la tête des JCC depuis deux ans. Quel est selon vous le principal ou les principaux challenge(s) dans l'organisation de ce festival ?
Il y a beaucoup de challenges. Celui qu'on a gagné depuis la création du festival s'appelle le challenge du public, qui est probablement la chose la plus difficile dans la plupart des festivals. Notre festival a été créé par son propre public : les cinéphiles de ciné clubs en 1966 alors qu'il n'y avait même pas de cinéma tunisien mais il y avait les cinéphiles tunisiens. Les créateurs de ce festival Tahar Cheriaa et compagnie étaient tous les animateurs de ciné clubs. C'est à partir de ce moment que ce challenge avait été gagné et ça ne s'est jamais démenti jusqu'aujourd'hui. La deuxième chose, c'est de réaliser le vœu des aînés qui se résumait en trois ou quatre points, qui sont ce que moi j'ai appelé le retour aux fondamentaux. C'est essentiellement le fait que nous sommes un festival africain et arabe. Pas un festival arabe avec un zeste africain. Il faut qu'il y ait une sorte d'équilibre entre l'Afrique et les pays arabes au niveau des films, au niveau de la présence des personnalités cinématographiques. C'est important pour nous. Nous sommes un festival du Sud. Nous sommes un festival tricontinental. Notre profondeur stratégique, elle est en Afrique bien sûr. Mais elle est également en Asie et en Amérique Latine. C'est quelque chose qui nous permet d'être différents. La troisième chose, c'est que nous sommes un festival militant pour le cinéma et pour les causes de nos communautés. Nous ne voulons ressembler à aucun autre festival. Nous sommes en plein dans le 21ème siècle mais c'est des objectifs qui ont été fixés en 1966.

Nous sommes également un festival pour la promotion internationale de nos films. C'est-à-dire que nos films doivent avoir un podium dans leurs propres pays. Donc, faciliter la circulation des films entre les pays arabes et africains mais aussi avec d' autres régions du monde. Cela a toujours été plus ou moins fait mais jamais d'une manière très réfléchie. Nous avons une plate-forme professionnelle qui existe depuis maintenant quatre ans. A partir de cette année nous avons décidé de rendre cette plate-forme beaucoup plus forte, beaucoup plus importante. Il y a l'atelier technique pour la finition et l'aide à la post production. Nous avons gagné le challenge du public nous devons gagner le challenge professionnel. Il y a cinq sections dans cette plateforme : Sabaka qui veut dire en français "Réseau", Takmil, la Conférence internationale, Carthage talk et les Master class. Nous avons ramené du beau monde (distributeurs, exploitants, vendeurs internationaux, producteurs…) d'un certain calibre et nous les avons choisi parce qu'ils sont intéressés par le cinéma arabe et africain. Je pense que cette année il y aura des résultats beaucoup plus tangibles. Nous souhaitons devenir une plaque tournante c'est-à-dire que tous ceux qui ont envie de dealer avec les professionnels africains et arabes doivent venir à Carthage. Ça prend du temps mais j'espère qu'on va y arriver.

La sélection de cette édition fait justement une part belle au cinéma militant….
Quand nous choisissons nos films et nos invités c'est parce qu'ils répondent à une certaine ligne éditoriale. Le film, bien sûr, doit être d'une qualité artistique et technique évidente. Il doit être porteur des idées d'avenir. Il ne s'agit pas du militantisme politique seulement. C'est un concept très large. Le terme militant est très moderne également, c'est quelque chose qui nous accompagne avec les soucis que nous avons aujourd'hui. Avec tout ce qui est en train de se passer, cette effervescence. Ce retour d'un néocolonialisme, d'une sorte d'impérialisme qui est même en train de changer de couleur et de visage. Finalement c'est toujours très important d'en être conscient et que notre festival reflète ce que reflètent ces films.

Avant, l'enveloppe du Tanit [le Trophée du festival de Carthage] revenait entièrement au réalisateur, maintenant le partage se fait avec le producteur. Qu'est-ce qui explique cela ?
C'est plus équitable. Un film ne se fait pas avec un réalisateur, il y a tout un travail en amont qui se fait par un producteur. Ça peut être la même personne, auquel cas il a droit à tout. Moi je suis producteur, et je suis contre cette idée qui veut que parce qu'un réalisateur signe c'est lui qui a tous les lauriers. Ça serait une bonne chose que les gens comprennent que le cinéma se fait au moins en binôme. Encore une fois, c'est le retour aux fondamentaux et pour moi c'est beaucoup plus juste que ce soit le producteur et le réalisateur qui profitent du prix. Surtout que le travail de producteur aujourd'hui dans le cinéma africain et arabe est devenu capital. Sans producteur c'est un calvaire. Quand on a un souci d'argent on coupe dans le scénario, alors que quand on a un producteur, le réalisateur peut dire : non je dois tourner ça et c'est au producteur de trouver l'argent. Pour moi, c'est important que cette relation réalisateur-producteur soit institutionnalisée et qu'il y ait une vraie séparation. Ce que nous avons fait de nouveau depuis l'année passée par rapport aux ateliers du festival, c'est d'inviter le réalisateur et le producteur du film. Parce que quand on doit produire ou coproduire un film, on a besoin des deux personnes pour défendre leur projet et chercher des partenaires. Donc, c'est toute une philosophie qui est derrière ça.

Les projections dans les milieux carcéraux, c'est également un trophée que brandissent les JCC…
Nous le faisons depuis quatre ans déjà, sincèrement je trouve que c'est l'une des plus belles idées des JCC. Nous ne le faisons pas tout seuls mais avec deux partenaires : l'Organisation mondiale contre la torture et la Direction des unités carcérales. Ce qui est important c'est que ce sont des projections structurantes. Ce n'est pas juste qu'on va aller montrer un film dans une prison et nous arrêter là. Ça s'inscrit dans une logique de continuité. Par exemple, il y a certaines prisons dans lesquelles une salle de cinéma a été bâtie pour nous. Il y a maintenant un ciné-club là-bas. Cette année en octobre, nous avons projeté un film dans la plus grande prison du pays. La Direction de la prison a fait une énorme tente pour 700 et quelques places, environ 500 prisonniers ont vu le film et ont pu discuter avec l'équipe et le réalisateur. Nous avons également passé le film dans les chambres de tous les prisonniers. Pour moi c'est une belle expérience et c'est en train d'aboutir à des activités cinématographiques. Maintenant il y a même de la production cinématographique à l'intérieur. Je n'ai pas voulu passer un film qui a été fait en prison par des prisonniers, parce que ça peut avoir des effets pervers par rapport aux prisonniers eux-mêmes qui étaient prêts à signer qu'ils voulaient que leur film passe devant le public etc. Mais c'est une responsabilité. Des gens qui doivent à un moment ou à autre sortir de prison, je ne souhaite pas qu'ils soient marqués par le fait d'y avoir été. Mais ils sont en train de s'activer. Ils font du cinéma, du théâtre, de la musique, ils produisent, ils font des ciné-clubs.

Quelle est la particularité de la présence des Jcc dans les autres villes que Tunis ?
Dans les régions aussi c'est dans la même logique. Avant, on faisait une sorte de caravane, on allait dans une douzaine, une quinzaine de villes on faisait uniquement des projections et on rentrait. Maintenant nous voulons créer des noyaux de festivals dans les villes dans lesquelles nous sommes. La première de nos conditions c'est que derrière il y a un festival qui doit se faire, la deuxième c'est qu'il doit avoir des conditions techniques et d'accueil les plus up-to-date ["récentes", en anglais] et qu'il n'y ait pas de festival de cinéma dans cette ville. La troisième condition c'est que les autorités régionales, locales et la société civile soient intéressées par l'idée de créer le festival et de prendre en charge cette opération-là. Ça a l'air de marcher puisque l'année passée on a fait ça dans quatre villes, et nous avons trois festivals qui sont en train de se faire. Cette année également nous avons choisi quatre villes.

On compte actuellement (novembre 2018) 19 salles dans Tunis, ce n'est certainement pas suffisant…
Évidemment, ce n'est pas suffisant. En 1956, le nombre de salles étaient à 112, aujourd'hui on est à trente et quelques. D'ici la fin de l'année ça va être à peu près 40 cinémas. Alors qu'il y a 7-8 ans on n'avait que 12 salles. Donc le nombre de salles a chuté de manière incroyable. Là c'est en train de reprendre. Dans Tunis aujourd'hui il y a une vingtaine de salles, mais il en faut encore plus.

Surtout que le public local consomme convenablement le cinéma…

Il y a quelques années le public avait un souci avec les salles. En fait il ne venait qu'aux JCC et dans certaines manifestations organisées. Aujourd'hui avec l'intérêt accordé essentiellement au cinéma tunisien, les salles fonctionnent bien. En termes de public, un film tunisien bat à plate couture un blockbuster américain. Notre public est un public très ouvert. Il accepte ce que n'acceptent pas les publics dans d'autres pays à côté de nous. Par exemple les films sur les minorités sexuelles. Ailleurs, ni l'autorité, ni le public ne laisse passer. Ici certains de ces films remportent même des prix. C'est dire que quand on parle de valeur nous sommes militants. Et ce n'est pas du militantisme qui casse, c'est du militantisme qui construit. Nous défendons le fait que chacun a le droit à la parole. Donc la tolérance. Les gens s'écoutent les uns les autres, voient les films les uns des autres, qu'ils puisent en discuter. C'est notre mission également.

La production tunisienne revit aussi…
L'année passée, il y avait 37 longs métrages et 41 courts métrages tunisiens présentés aux JCC. Cette année c'est 17 films longs métrages et 51 courts. Il y a de plus en plus une vraie production. Ce qui est intéressant c'est qu'il y a une production qui n'est pas nécessairement financée par l'Etat. A peu près 50% des films. Et parmi lesquels des films de très haute facture.

Un attentat a eu lieu trois jours avant l'ouverture des JCC. Pensez-vous que c'est le festival qui était visé ?
Je parle en toute modestie, je sais que c'est les JCC qui étaient la cible. C'est la deuxième fois que ça a lieu à Tunis et toutes les fois c'était les JCC. En 2015, il y a eu un attentat en plein JCC et cette année à trois jours des JCC il y a eu un attentat. Sachant l'importance de ce festival sur le plan national et international, ils ont essayé de créer un mouvement de panique. Ce qui s'est passé c'est exactement le contraire. Aucun de nos invités n'a annulé. De toutes les façons nous sommes dans une logique simple. Nous sommes contre le terrorisme. Le cinéma et la culture de façon générale sont un vrai mur contre le terrorisme. La logique sécuritaire est nécessaire, mais c'est ce type de festival qui permet de dire non à ce genre de pratique.

Propos recueillis par Pélagie Ng'onana à Tunis

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