actuellement 17695 films recensés, 2972 textes recherche | » english  
films réalisateurs acteurs producteurs distributeurs festivals agenda pays espace personnel  
  critiques»
  dossiers»
  analyses»
  entretiens»
  comptes rendus de festivals»
  reportages»
  documents»
  ateliers»
  Zooms»
  rédacteurs»
  écrans d'afrique»
  Asaru»
  lettre d'info
  inscription»
  desinscription»
  archives »
  liens»
  dépêches »
  nouvelles de
la fédération»
  la fédération»
  contacts»
  partenaires»
  accueil»




 
    
rédacteur
Mohammed Bakrim
publié le
21/03/2006
films, artistes, structures ou événements liés à cette analyse
les commentaires liés à cette analyse
retour
 
Face à la censure
Leila Marrakchi et les autres

(Ma contribution "tardive" au débat sur la censure ; on s'attend à ce que cela reprenne, car la réalisatrice s'apprête à sortir le film au Maroc après son succès relatif en France)

Il y a des moments dans l'évolution d'une société qui concentrent ses principales contradictions et dévoilent les tendances qui la traversent. Ce sont en général des moments où l'ancien trahit ses limites et où le nouveau commence à émerger mais tarde à prendre forme (voir la définition du concept de crise dans la perception du théoricien italien Gramsci)…

Tout semble indiquer que la société marocaine vit intensément cette phase de transition ; ce passage entre l'archaïque et le moderne. La querelle ouverte autour du film Marock de Leila Marrakchi s'inscrit indéniablement dans cette perspective. Face à l'ampleur du débat et à l'orientation que les détracteurs ont imposée, on ne peut que constater que la société cherche à se donner une occasion pour une sorte de nouvelle mise au point ; pour mettre en place un nouveau redéploiement des forces en présence. Avec l'entrée en lice des Islamistes, jusqu'à présent d'une manière indirecte par le biais du communiqué attribué à la corporation des hommes de théâtre, nous assistons pratiquement à un remake d'un autre débat de nature sociétale, celui provoqué par le nouveau code de la famille, il ya quelques années. Une première lecture des positions des uns et des autres nous ramène, en effet, à constater le même schéma. Il est heureux de relever que cette fois, cet échange, cette polémique se déroule autour du cinéma. Avant même sa sortie commerciale, et nonobstant sa portée cinématographique intrinsèque, Marock divise ; pour un film c'est une qualité non négligeable. Ce faisant, il nous permet de retrouver un regroupement des positions déjà vues. Malgré la virulence de la réaction, la polémique est au bénéfice du film et globalement on peut dire que c'est la voie royale pour assurer au septième art son ancrage définitif dans notre paysage socioculturel. La légitimité d'une expression artistique est toujours le fruit d'une histoire, de l'Histoire. C'est dire que les enjeux de cette bataille ne sont pas à minimiser. Ils sont révélateurs de quelque chose qui se situe bien au-delà du cinéma. Les termes employés dans le discours du camp qui s'en prend au film ouvrent sur un champ de lecture qui n'est absolument pas original. Le film constitue le moment d'un investissement idéologique focalisé notamment sur la question de l'appartenance identitaire. On commence d'abord par remettre en question la marocanité du film pour ensuite aboutir au résultat qu'il porte atteinte à cette marocanité, allant plus loin en arguant qu'il fait partie d'une vaste conspiration. Un anachronisme par rapport aux donnes objectives qui contribuent à forger la société marocaine d'aujourd'hui où la marocanité ne se décline plus en termes de carte géographique.

Le concept d'identité est souvent générateur d'amalgame surtout quand on le plaque sur un domaine ouvert comme celui des arts. Les partisans de l'approche identitaire baignent en fait dans de la mythologie nourrie de la fiction de l'identité unique. L'identité est un concept dynamique, variable. Elle est nécessairement multiple et composite. Nous sommes tous des étrangers. Nous sommes tous des métis. La fiction de l'identité monolithique est porteuse de dangers conduisant à des aberrations meurtrières du genre "la race pure" ou "la nation pure".

Un vrai artiste n'est pas manichéen ; il n'aborde pas le monde en entités fermées, définitives ; il n'a pas recours à des catégories absolues, il ne crie pas à "l'ennemi parmi nous". Bien au contraire, il développe une vision du monde, nourrie d'humilité et de tolérance. Il est partisan radical de l'altérité car lui-même il est autre dans sa pratique sociale.

par Mohammed Bakrim
Maroc

haut de page


   liens films

Marock 2005
Laïla Marrakchi


   liens artistes

Bouab Assaad


Marrakchi Laïla


haut de page



   vos commentaires
vos commentaires sur cette analyse :
   
 
  ajouter un commentaire
   

haut de page

 

 

 

 

?>