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rédacteur
Zouhour Harbaoui
publié le
14/09/2005
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Un hymne à l'Amour contre les vieux démons
Le chant de la Noria, de Abdellatif BENAMMAR (Tunisie)

Le chant de la Noria de Abdellatif Ben Ammar est le quatrième long-métrage du réalisateur d'Une si simple histoire, Sejenane et Aziza. Il sort des sentiers battus des clichés "touristiques" que certains autres films ont montrés auparavant, mais aussi par son histoire, à savoir un duel permanent de l'être humain et de la peur et par conséquent une bataille, également, intérieure.


Le chant de la Noria se laisse regarder comme un conte moderne imagé, bâti autour de cinq personnages, deux femmes et trois hommes, héros à leur manière.



En quête de soi



Zeïneb (Houyem Rassaa) vient de divorcer.


Papier en main, elle exulte mais son avocate la "remet en place", lui rappelant, à raison, qu'une femme divorcée n'est pas bien vue dans notre société et que son mari risque de la poursuivre, de la harceler.


En sortant du tribunal, elle rencontre M'Hamed (Ahmed Hafiène), son amour d'enfance, un jeune archéologue qui voit dans l'exil un avenir meilleur.


M'Hamed est "perdu" et rêveur. En se rendant sur la tombe de son père, qui s'est suicidé à la suite d'une expropriation, il rencontre Ali (Hichem Rostom), revenu des Etats-Unis, après des années d'exil.


Ali semble devenir le rêve américain de M'Hamed.


Ali désire rejoindre sa sœur, Zohra (Jamila Chihi), et le mari de celle-ci, Mouldi (Ahmed Snoussi), à Metlaoui. Il embarque, dans sa décapotable "made in U.S.A.", M'Hamed qui doit se rendre sur le tournage d'un film, et Zeïneb.


Leur tribulation sera le début d'une grande quête de soi.



Des personnages attachants…



Chacun des personnages du film représente une des multiples facettes de la société tunisienne. Nous les avons trouvés attachants sauf, peut-être, Zeïneb. De cela, nous nous en expliquerons par la suite.


M'Hamed est le symbole de tous ces jeunes qui, pour une raison ou pour une autre, ne trouvent pas leur place, ou n'essayent pas de la trouver, dans la société. Tout comme M'Hamed, la seule solution, pour échapper à leur situation, est l'émigration.


Bonne idée que celle d'avoir attribué à ce personnage le métier d'archéologue. Ce contraste entre la fonction de M'Hamed et son rêve montre que, d'une certaine manière, le personnage subit une "bataille rangée" intérieure. Lui, un scientifique des civilisations passées, attaché à certaines traditions, veut fuir et ne pense plus qu'à un avenir loin de tout ce qui le rattache à ses racines.


Ali, quant à lui, et contrairement à M'Hamed, a réalisé cette fuite en avant, mais pour d'autres raisons, qu'on comprend au fur et à mesure du défilement des images. Son exil aux Etats-Unis, il l'a dû à ses mensonges. Revenu au pays, il continue à vivre comme s'il était "là-bas". Ali représente-t-il, pour Adbellatif Ben Ammar, la première génération d'émigrés tunisiens, ces hommes qui sont partis, de leur propre gré ou obligés, vers d'autres horizons et qui reviennent au pays, pour la plupart, comme des "coqs en pâte" ?


En ce qui concerne le couple Zohra-Mouldi, nous pensons qu'il symbolise un certain équilibre, malgré le fait que l'époux boive comme un trou. Cette paire s'est aussi exilée, mais à sa manière, fuyant dans le Sud du pays, à Metlaoui. Sont-ils les sages de ce conte, comme il en faut dans toute histoire "féerique" ?


Zohra est la "zone-tampon" entre l'utopie et la réalité surannée, la première étant représentée par Ali, la seconde par Mouldi. Elle s'est accommodée à sa vie, sans pour autant être soumise.


Quant à Mouldi, il continue à vivre dans son monde "littéraire", tout en ayant conscience de ce qui l'entoure. Abdellatif Ben Ammar se serait-il personnifié dans Mouldi ? Nous nous posons la question, car nous pensons que le réalisateur tente d'exorciser les "vieux démons" qui ont entaché l'histoire sociale du pays.



… mais ambiguë Zeïneb



Nous arrivons, maintenant, au personnage de Zeïneb, que nous avons trouvée ambiguë et déséquilibrée. Nous avons l'impression qu'elle veut se montrer victime mais aussi manipulatrice. Elle réussit, seulement, à nous agacer.


Voilà une femme qui obtient le divorce, et qui après ne sait plus sur quel pied danser ! Nous la ressentons immature et indécise. Elle croit aimer M'Hamed, mais ne réagit que par égoïsme.


Ce nombrilisme elle en fait preuve à tout moment. Ne laisse-t-elle pas M'Hamed en plan (alors que celui-ci tente d'arrêter le convoi du tournage) pour partir avec Ali ? Ne l'abonne-t-elle pas alors qu'il est arrivé au but, c'est-à-dire qu'il a réussi à retrouver l'équipe du film ?


On nous dira "oui, mais c'était pour la bonne cause, pour lui montrer d'arrêter de courir derrière des chimères etc". A ce quoi nous répondons qu'on peut toujours donner des conseils, mais qu'on ne doit en aucun cas les imposer. N'aurait-il pas mieux fallu qu'elle "l'accompagne" ? Pour Zeïneb, nous pensons que c'est tout un mécanisme calculateur qui se met en place. Essayons de prendre la logique qui se dessine dans sa tête : M'Hamed est engagé sur le tournage, récupère de l'argent, s'expatrie en l'abandonnant. Une gifle en plein visage qu'elle ne peut supporter !


Zeïneb, en quelque sorte, désire entraver la liberté d'agir de M'Hamed, comme son ex-mari l'a réalisé pour elle.


Evidemment, cette analyse, peuvent penser certains, n'est pas objective, mais elle découle du sentiment - amer il faut avouer - dont nous a "irradié" Zeïneb. Et nous pensons que nous ne faisons pas fausse route dans notre idée puisque même Mouldi lui conseille de partir à la recherche de M'Hamed.


Et nous n'admettons pas que la peur soit l'unique raison au comportement de Zeïneb.



Ah ! Amour !



Bien que le film de Abdellatif Ben Ammar soit un hymne à l'Amour, le seul véritable est celui de Zohra envers Mouldi, car il repose sur la confiance et la compréhension.


La relation entre M'Hamed et Zeïneb n'est pas encore arrivée au stade de l'amour, même si on en voit les prémices à la fin du film. Elle est plus une "reconquête" d'un "amour d'enfants", avec tout ce qui en émane : les jeux des gestes et du regard, les interdits etc. Et il faudra du temps aux deux personnages pour s'en griser, comme à l'époque de leur enfance lorsqu'ils s'asseyaient sur les chaises de la "Noria" et qu'elle les "faisait tournoyer" dans le vent, les berçant de son chant.


Le chant de la Noria vaut la chandelle d'être vu de part son histoire, à laquelle, on s'assimile par certains aspects, ses personnages, dont les acteurs ont su donner leur véritable forme et fond -sauf, peut-être, Houyem Rassaa, que nous avons trouvé personnellement "fade" - la manière dont le réalisateur aborde le sujet, avec grâce. Les prises de vues donnent une qualité au film, dont aucun long métrage tunisien n'avait bénéficié auparavant.


Cependant -et comme il y en a toujours- des interrogations, non pas existentielles mais plus "logiques", nous sont restées en suspens.


A titre d'exemple, malgré la prononciation du divorce et sa notification par écrit, le mari envoie deux sbires à la poursuite de Zeïneb.


La première question est comment font-ils pour la retrouver ? Nous avons beau nous creuser la tête, nous trouvons pas de réponse dans le film.


Alors que Zeïneb est à la recherche de M'Hamed, elle tombe nez à nez avec les deux acolytes, l'un d'eux lui dit, grosso-modo : "Madame, il faut retourner à la maison".


Et là, elle prend peur. Pourquoi, puisqu'elle possède le papier de notification du divorce et qu'elle peut faire intervenir à tout moment la loi ?

Zouhour HARBAOUI

Chant de la Noria (Le), Abdellatif BENAMMAR, Tunisie, 2002, 107 min, Fiction, Couleur, 35 mm

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