actuellement 17433 films recens√©s, 2916 textes recherche | » english  
films r√©alisateurs acteurs producteurs distributeurs festivals agenda pays espace personnel  
  critiques»
  dossiers»
  analyses»
  entretiens»
  comptes rendus de festivals»
  reportages»
  documents»
  ateliers»
  Zooms»
  r√©dacteurs»
  √©crans d'afrique»
  Asaru»
  lettre d'info
  inscription»
  desinscription»
  archives »
  liens»
  d√©p√™ches »
  nouvelles de
la f√©d√©ration»
  la f√©d√©ration»
  contacts»
  partenaires»
  accueil»




 
    
rédacteur
Antoine Tshitungu Kongolo
publié le
16/05/2007
Ľ films, artistes, structures ou √©v√©nements li√©s √† cette critique
Ľ les commentaires li√©s √† cette critique
retour
 
Le dernier film de Balufu Bakupa Kanyinda
Juju Factory, de Balufu Bakupa Kanyinda (Congo RDC)

Pench√© sur les tombes de sept Congolais morts √† Tervuren en 1897, l'√©crivain Kongo Congo d√©clare : "C'est ici que Matonge est n√©." Pour autant, le film de Balufu Bakufa Kanyinda doit-il √™tre interpr√©t√© comme une Ňďuvre de t√©moignage et de combat ?
Certes le dernier film du réalisateur congolais est axé sur l'évocation du quartier désormais célèbre de Matonge à Bruxelles. Cependant, ce serait faire bon marché de la richesse de tons et de la diversité de thèmes qui imprègnent la trame de Juju Factory que de l'assimiler ni plus ni moins à une démarche militante.
Quoi de plus universel en effet que de se pencher avec humour et alacrité sur les affres de la création littéraire, incarnée par l'écrivain Kongo Congo attelé à la rédaction de son roman Matonge Village ?
Il est lié par un contrat d'édition à Joseph Désiré, personnage inénarrable, qui se transforme en censeur insupportable dont les exigences tendent à imposer à notre écrivain une écriture "pittoresque".
Des intrigues secondaires s'entrecroisent, on y d√©couvre la vie de couples au bord de l'explosion. Le fr√®re de Kongo Congo et son √©pouse (Muadi), r√īle assum√©e avec beaucoup de conviction et d'humour par Aline Bosuma, finiront par avoir raison de leurs divergences.
Joseph Désiré et sa femme multiplient les malentendus jusqu'à la rupture. Quant à Kongo Congo et à son épouse, Carole Karemera au civil, ils offrent malgré leurs déboires des repères plus stables. Les personnages féminins se télescopent et forment une galerie non moins contrastée avec ses figures manichéennes ou tout en connivences subtils.
L'√©pouse de Kongo Congo constitue pour son mari et pour son fr√®re Kinshasa (Tshilombo Imhotep), frimeur qui se ruine pour des godasses, un port d'attache sinon un havre de paix. Carole Karemera, com√©dienne d'origine rwandaise connue pour sa participation √† de nombreuses cr√©ations th√©√Ętrales, cin√©matographiques et chor√©graphiques qui ont r√©colt√© un succ√®s international, rayonne par son jeu tout en sobri√©t√©. Entre elle et la p√©tulante Aline Bosuma, le contraste est r√©jouissant.
L'affrontement entre la libert√© et le pouvoir est sensible dans Juju Factory. D'un c√īt√© Kongo Congo, cr√©ateur audacieux, pour qui l'art passe avant la r√©ussite sociale. De l'autre, Joseph D√©sir√©, avatar de l'oppresseur patent√©, roublard et retors, en plus d'√™tre un censeur dont les rodomontades tournent au canular. Sa conception de la litt√©rature et celle de Kongo Congo sont antagoniques et pour cause. Les vis√©es commerciales √† peine d√©guis√©es de Monsieur "l'√©diteur d√©l√©gu√©" n'ont rien √† voir avec l'id√©alisme de Kongo Congo qui, lui, entend marquer son √©criture au fer rouge de son v√©cu et de ses passions. Il incarne le cr√©ateur exigeant, poursuivant de mani√®re imperturbable sa d√©marche cr√©ative quitte √† essuyer les pl√Ętres d'un quotidien pr√©caire. La pression de ses cr√©anciers concomitante √† celle de Joseph D√©sir√© aurait pu avoir raison de son id√©al ; c'est tout le contraire car il finira par avoir le dernier mot. In fine, il va retourner la situation √† son avantage et c'est Joseph D√©sir√©, "n√®gre g√©n√©tiquement modifi√©" qui va en prendre pour son grade. Il est rejet√© par les financiers qui tiraient les ficelles dans l'ombre. En effet, ces derniers apr√®s avoir pris connaissance des quelques pages du manuscrit de Kongo Congo d√©cident de le publier.
Kongo Congo serait-il le double de Balufu ? Ce dernier est lui même un mordu d'écriture (il a signé un roman inédit "L'enterrement du cadavre" qui a inspiré son film Le Damier) dont les coulées lyriques et le phrasé hallucinatoire donnent une vibration et un relief étonnants aux brouillons de l'écrivain en pleine parturition.
Le patronyme Kongo Congo semble n'avoir pas été choisi au hasard, tant il appert que son style est torrentueux comme le fleuve éponyme et son souffle indomptable.
Son go√Ľt pour les images os√©es ainsi que la sensualit√© de son √©criture font le d√©sespoir de son √©diteur, qui l'exhorte √† la couleur locale et √† l'exotisme, ce √† quoi Kongo Congo se refusera jusqu'au bout, jetant ses phrases comme un trompettiste de jazz, enfilant des mots qui bousculent la biens√©ance, prenant √† rebours les conventions, √† coup d'√©vocations √©rotiques et au prix de quelques scatologies. Il gueule sa souffrance, conchie le papier de ses vomissures. Nous engouffre dans la nuit d'un peuple √† qui on n'a pas √©pargn√© des drames.
Des morts célèbres (P. E. Lumumba) et moins célèbres (le poète Matala Mukadi Tshiakatumba) hantent le film comme pour témoigner de blessures inguérissables, de leurs marques indélébiles, de souffrances tues, de cadavres placardés dans les tiroirs.
La cha√ģne de victimes est interminable, des Congolais morts de froid en plein √©t√©, √† Tervuren, en 1897 ; √† Patrice Emery Lumumba, le premier ministre assassin√© dont le corps fut liqu√©fi√© dans des f√Ľts d'acide sulfurique et dont une des dents est exhib√©e (images d'archives) par un de ses deux bourreaux, charg√©s de basses Ňďuvres, sans manifester le moindre remords.
Autant des cicatrices qui couturent la mémoire du peuple auquel Kongo Congo se sent appartenir de toutes ses fibres et dont il se veut le héraut, sur les traces d'un poète martyr dont les extraits sont mis en évidence à dessein, Matala Mukadi Tshiakatumba, auteur de "Réveil dans un nid des flammes" (Paris, Seghers, 1969).
C'est √† dessein que Balufu Bakupa Kanyinda saupoudre son film d'extraits de ce po√®te congolais, figure de rebelle et chantre de la Tricontinentale, expuls√© de Belgique, bri√®vement exil√© en Alg√©rie, emprisonn√© par le r√©gime Mobutu puis rel√©gu√© dans son village natal dans le Kasa√Į.
C'est √† ce combat inachev√© que d'une certaine mani√®re Kongo Congo entend donner corps et voix. Il est l'h√©ritier d'une m√©moire bless√©e, le rejeton d'un peuple qui n'en finit pas de panser ses blessures. Cette incursion du c√īt√© des po√®tes congolais, avec extraits √† l'appui, est d'autant moins gratuite que la question du statut de l'√©criture oppose violemment l'√©crivain et son √©diteur
L'écriture de Kongo Congo est incantatoire et tissée d'images flamboyantes. Elle plonge ses racines dans un terreau mémoriel tourmenté ; elle s'engouffre dans la tripaille des souffrances tues, elle laboure les recoins des paroles interdites, du temps des coloniaux comme à l'époque des dictateurs "illuminés".
Par un √©tonnant jeu de miroirs se tissent des connivences, pas toujours √©videntes √† premi√®re vue, du p√īle filmique √† celui du r√©el. La carri√®re cin√©matographique de Balufu se double d'une qu√™te d'√©criture dont ses sc√©narios portent la trace.
Lui-même fait partie de cette génération qui a emporté dans son exil, collée à ses semelles, la boue d'une patrie, le Congo. Un exil qui l'a incité à témoigner de son pays et à le mythifier à travers ses films. Sa carrière cinématographique avec son lot de frustrations (dont le moindre est de ne pas pouvoir depuis trop longtemps déjà tourner dans son pays natal) n'a t'elle pas son répondant dans les obstacles qui se dressent sur la route de Kongo Congo ?
Joseph Désiré, son éditeur, qui joue les éteignoirs ne rappelle-t-il pas les entraves à la liberté de création qui caractérisèrent l'époque de la dictature ainsi que ses précédents coloniaux ?
Le choix de ce double prénom qui tient lieu de patronyme à part entière n'est pas lui-même dénué de signification. La postulation d'une continuité idéologique et politique entre "le temps des Flamands" (la colonisation belge), d'une part, et l'époque Mobutu, d'autre part, est pour le moins plausible.
La sc√®ne o√Ļ l'on voit Joseph D√©sir√© aux pieds de la statue √©questre de L√©opold II, dress√©e √† la lisi√®re du palais royal √† Bruxelles, apporte l'eau √† notre moulin. Balufu se r√©f√®re √† un √©pisode bien r√©el : le retour chahut√© et sans gloire en m√©tropole du G√©n√©ral Janssens, commandant en chef de La Force publique au Congo belge, apr√®s les mutineries de juillet 1960.
"Sire, ils vous l'ont cochonn√© votre Congo" s'√©tait √©cri√© √† br√Ľle pourpoint le G√©n√©ral, prenant √† t√©moin le roi-souverain, fondateur de l'E.I.C [√Čtat Ind√©pendant du Congo].
Ce clin d'Ňďil assassin jette une lumi√®re crue sur la personne de Joseph D√©sir√© au service des desseins paternalistes. Son go√Ľt immod√©r√© du "pittoresque" l'inscrit dans une continuit√© historique, id√©ologique et comportementale d'essence coloniale dont Joseph D√©sir√© Mobutu, √† bien d'√©gards fut l'incarnation.

Qu'en est-il du jeu des acteurs ? Dieudonné Kabongo habite véritablement le personnage de Kongo Congo. Joseph Désiré, resucée absolument imbuvable de tyrans aux ruses imparables et de leurs manies à censurer la pensée, est incarné de manière époustouflante par Donatien Katik Diong Bakomba, comédien et metteur en scène, dont c'est la première percée au cinéma. Aline Bosuma offre un jeu tout en malices.
Emile Abossollo Mbo est pour le moins convaincant dans ses habits de huissier zélé. Les autres acteurs, professionnels ou non, n'ont pas démérité.
Une foule d'acteurs a apport√© sa contribution au tournage. Parmi eux, Ken Ndiaye en conteur vagabond qui en fait voir des m√Ľres et des pas vertes aux policiers trop z√©l√©s de Matonge (Masuka et Mirko Popovitch), enclins aux contr√īles d'identit√© intempestifs. Il y a aussi, Tshilombo, Masuka, et quelques autres (on me pardonnera les oublis).
Espérons qu'à l'avenir Balufu dont le film a fait salle comble lors de la troisième édition du festival Afrique Taille XL (du 17 au 22 avril 2007) à Bruxelles, obtiendra des pouvoirs publics et autres sponsors des budgets conséquents à la mesure de son talent.
Bon vent à Juju Factory !

Antoine Tshitungu Kongolo
Bruxelles
√Čcrivain

ARTICLE PARU le 13.05.2007 sur http://feuillesvolantes.lalibreblogs.be/cinemas/

(chroniques culturelles,littéraires et politiques)

haut de page


   liens films

Damier (Le) 1996
Balufu Bakupa-Kanyinda

Juju Factory 2005
Balufu Bakupa-Kanyinda


   liens artistes

Bakomba Katik Donatien


Bakupa-Kanyinda Balufu


Bosuma Aline


Karemera Carole


   ťvŤnements

17/04/2007 > 22/04/2007
festival |Belgique |
Festival des Cinémas Africains de Bruxelles - Afrique taille XL 2007
3e édition - un regard passionné sur la diversité des cinémas africains

   liens structures

Akangbé Productions
France | PARIS

Dipanda Yo !
République du Congo | KINSHASA

haut de page



   vos commentaires
vos commentaires sur cette critique :
   
 
  ajouter un commentaire
   

haut de page

 

 

 

 

?>