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rédacteur
Hassouna Mansouri
publié le
14/07/2006
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Indigènes, de Rachid BOUCHAREB
L'épopée des oubliés
59ème festival International du Film de Cannes
"un spectacle et comme matière à réflexion dans la nuance et dans la subtilité. "
(Hassouna MANSOURI, www.africine.org)
Pour la première fois en compétition à Cannes, Rachid Bouchareb fait parler de lui et de son nouveau film Indigènes sur la croisette. C'est peut-être parce qu'il a réuni les quatre acteurs beurs les plus connus. C'est peut-être aussi parce qu'il évoque un sujet très attrayant. Toutefois, le film lance un débat qui va au-delà de ses propres limites.

Par sa structure et son sujet, Indigènes est un film très classique au sens où il reconduit les poncifs du genre de la reconstitution historique. L'histoire avance sous la forme d'un ensemble d'éléments de ponctuation : l'image passant du noir et blanc à la couleur, accompagnée d'une date et le nom d'un lieu, indique la succession des événements. Les épisodes défilent comme des pages qu'on tourne. De ce point de vue, le film se veut très proche de l'Histoire de la deuxième guerre mondiale et en propose une reconstitution la plus fidèle possible.
Ce dispositif simple et classique tient sa force du fait qu'il revient non pas sur des événements, mais sur une lecture de l'Histoire. Rachid Bouchareb reprend les événements retenus par l'histoire officielle mais aussi ceux qu'elle a ignoré. Mettant le tout au même niveau de lecture, il réhabilite la partie omise et avec force.
Le propos n'est pas la guerre, mais plutôt le sort d'hommes pris dans l'engrenage d'un conflit qui aurait pu ne pas les concerner. Mais ils ont choisi d'y être au nom de la liberté, comme des milliers de tirailleurs, goumiers et tabors algériens, marocains et tunisiens, pour la libération de la France en 1944-1945. Ils se sont battus au côté de camarades d'arme français de la Métropole. Ils contribueront à la libération de la France comme toutes les armées des alliés. L'histoire ne leur fera pas la place qui leur est due.
Sur le plan idéologique, le film se veut donc une relecture de l'histoire. Certes, c'en est une. Mais au-delà de la cause, au-delà de la polémique, le film sonde des âmes. Il s'attarde moins sur les événements ou sur les scènes de combat que sur les traits des personnages, leurs hésitations, leurs crises, leurs déception. L'enjeu semble être moins l'événement en soit que la manière dont il est vécu par les personnages.
À tout moment, le spectateur est mis face à une forme d'injustice qui rappelle celle dont ces hommes feront l'objet plus tard, lorsque la guerre sera finie. C'est même en cela que le sentiment d'injustice est encore plus fort. Le spectateur ne peut échapper à l'impression de ce double palier de violence que ces hommes ont subie : d'abord pendant la guerre, considérés comme des sous-hommes, puis après la guerre, leurs droits bafoués et leur rôle ignoré.

Aussi, le film se veut-il plus qu'un plaidoyer. Il y a certes, une volonté d'ajuster une lecture de l'Histoire, de rendre hommage à des hommes à qui les générations actuelles doivent beaucoup. Mais il y a aussi et surtout une volonté de faire un film qui va à la rencontre de son public en faisant le portrait de personnages qui se battent pour leur dignité. Ils ont peut-être été enrôles et menés dans des conditions inhumaines. Ils ont été recrutés par la force et poussés dans les premières lignes pour servir de chair à canons. Mais ce que le spectateur découvre ce sont des hommes qui se battent au nom de quelques valeurs universelles qui se retrouvent chez tout homme digne : égalité, liberté, fraternité.

L'enjeu pour les personnages n'est pas lié à la dichotomie colonisant oppresseur et colonisé opprimé et révolté au nom d'un pays. À aucun moment, il n'est question de cause nationale, ou de libération d'une société. Le propos du film reste limité au monde militaire. Il s'agit pour chacun des personnages de chercher et prouver sa propre valeur en tant que soldat, guerrier dirions-nous. Said (Jamel DEBBOUZE) quitte sa mère qui l'a toujours couvé comme un bébé pour accéder à l'âge d'homme. Le Caporal Abdelkader (Sami BOUAJILA) rêve de devenir un meneur d'hommes. Le sergent Martinez (Bernard BLANCAN) se bat pour résister contre l'engrenage identitaire de son statut de pied noir dans lequel il se trouve. La rigueur qu'il affiche avec ses hommes ne l'empêche pas de les défendre devant ses supérieurs. De même la tension qui le met face au caporal Abdelkader n'enlève rien à l'estime qu'il a pour lui en tant que soldat.
À aucun moment, le politique n'occupe le premier plan du film. Les moments de tensions sont le produit de sursauts individuels contre des formes mineures de ségrégation entre les corps de l'armée françaises : le Caporal Abdelkader réclamant les tomates pour tous, le droit à l'instruction pour Said, … Lorsque ce dernier menace de tuer Messaoud (Roschdy ZEM) c'est parce que celui-ci le touche dans sa dignité et dans son intimité.
Le propos du film n'est donc jamais politique. S'il l'est, c'est en sourdine. Il est plus question d'une dimension culturelle qu'il s'agit de mettre en valeur. Il s'agit avant tout d'un film qui - à travers le travail sur l'Histoire, la grande aussi bien que la petite - cherche à susciter de l'émotion. Il n'en manque certes pas dans Indigènes. L'idée juste, le ton juste, et le jeu juste des acteurs font que le film se donne avant tout comme un spectacle et comme matière à réflexion dans la nuance et dans la subtilité.

Hassouna MANSOURI

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