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rédacteur
Ikbal Zalila
publié le
14/07/2006
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L'Afrique en procès
Bamako, de Abderrahmane SISSAKO
"Bamako est une fiction qui "fictionne" plutôt bien".
(Ikbal ZALILA, www.africine.org)

Comment, en tant qu'Africain, parler de l'Afrique de ses souffrances, de ses blessures de ses douleurs ? Alors même que le thème est déjà balisé et que - à en croire les observateurs de l'Afrique - la messe est dite : pour l'Afrique point de salut, maladies, guerres civiles, incuries de l'État, corruption généralisée.

À travers Bamako, Abderrahmane Sissako, expose la situation de l'Afrique, dans une cour improvisée dans la maison paternelle à Bamako. Une cour qui juge un procès intenté par l'Afrique, partie civile, aux organismes financiers internationaux. Le président est métis (synonyme d'impartialité de la justice), ses assesseurs tous Africains. Se succèdent à la barre avocats de la partie civile (l'Afrique en l'occurrence) et avocats des organismes financiers internationaux. Les témoins sont cités, tous victimes de la mondialisation, d'une guerre sans visage menée au nom du libéralisme économique, émigrés clandestins refoulés et abandonnés dans le désert d'Algérie, paysans sans terre, infirmiers sans médicaments, intellectuels glosant sur les méfaits de la mondialisation, experts de tout crin. La partie adverse est coriace, elle a du répondant, antériorité des difficultés de l'Afrique par rapport aux politiques d'ajustement prônées par les organismes financiers internationaux, complicité voir responsabilité exclusive des États dans la situation actuelle, quant à l'équité d'un tribunal siégeant en Afrique donc nécessairement partial. Ce film procès aurait été rébarbatif s'il se limitait à simplement exposer et opposer des points de vue divergents sur l'Afrique, à assener des constatations connues de tous. Il aurait par ailleurs été très facile et on ne peut plus naïf de faire de Bamako un film tract, massif interpellant la bonne conscience occidentale. Il n'en est rien. Bamako est une fiction qui "fictionne" plutôt bien. Autour du procès, Sissako a construit des intrigues secondaires, le malaise d'un couple habitant dans une chambre attenante à la cour de la maison, donc au tribunal ; le mari est chômeur, l'épouse chanteuse dans un bouge minable, il est mal dans sa peau, ils se parlent à peine, se frôlent sans se toucher et leurs regards en disent long sur leur malaise. L'arme d'un des policiers chargé de la protection des juges disparaît, ce qui donne lieu à une enquête menée par un inspecteur, cette enquête rend possible une immersion dans le quotidien des habitants de cette grande maison communautaire dont la cour a été transformée en tribunal. Un jeune atteint du sida agonise seul dans une chambre, des femmes lavent leur linge et l'étendent, papotent, tendent une oreille parfois au procès, dehors le procès est retransmis et des jeunes commentent ce qu'ils ressentent, le vigile se fait soudoyer pour laisser un témoin accéder au tribunal.
L'espace constitué par la cour et les chambres attenantes est aussi quelque part une métonymie du quotidien dans une ville africaine et permet d'enraciner le procès dans une réalité concrète et c'est une des réussites du film. Bamako évite par ce procédé l'enlisement dans les pesanteurs des films procès, genre généralement circonscrit à l'enceinte d'un tribunal et offrant relativement peu de solutions en termes de mise en scène. Les intrigues secondaires ne se limitent pas à être de simples prétextes à une aération de la mise en scène, elles y contribuent d'une manière décisive certes mais elles donnent consistance et matérialité à qui se dit au procès rendent perceptible la tragédie.
Totalement affranchie de la dictature du champ contrechamp, la caméra évolue librement dans cet espace ouvert, conférant à la mise en scène une grande fluidité. Et quand on est en empathie - les partis pris stylistiques de Sissako, la prédilection pour le plan-séquence et le travail en courtes focales, une esthétique de la lenteur - on ne peut qu'être comblé par ses moments où la caméra décrochant du procès entame de très longs travellings instillant couleurs et mouvements sur des pagnes aux couleurs chatoyantes étendus dans une portion de la cour jouxtant le tribunal, alors que dans le hors champ le procès continue. La caméra embrasse en un seul plan la cour et son arrière plan occupé par ces femmes vaquant à leurs quotidien.. Le montage fait alterner des éléments du procès, avec des fragments de vie, des trajectoires de personnages, le discours et sa matérialité.
Ce discours savant par moments dont le sens échappe à son auditoire, mais qui devient directement accessible en ce moment clé du film où un paysan appelé à la barre en tant que témoin, entonne une complainte dans un dialecte local, les visages se ferment les yeux se font plus attentifs les sous-titres disparaissent, faisant place à l'émotion pure exprimée par cette voix au delà tout discours.
A la fin du film - un peu longue à se dessiner, le discours devenant redondant et plutôt didactique - l'homme du couple, fatigué de vivre, se suicide avec l'arme volée au policier alors que le procès s'est achevé. Opter pour un tel épilogue revient à donner la prééminence à l'expérience concrète au détriment du discours, mais aussi une manière pour Sissako de réaffirmer la primauté de la fiction dans son film.

Ikbal ZALILA (Tunisie)

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