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rédacteur
Jean-Marie Mollo Olinga
publié le
30/10/2006
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Les Sisyphe de l'immigration
Les oiseaux du ciel, d'Eliane de Latour

Après le truculent Bronx-Barbès (2000) où Eliane de Latour explore la vie des gangsters des ghettos d'Abidjan, la cinéaste française revient sur les écrans avec Les oiseaux du ciel, sa deuxième œuvre de fiction, qui est en réalité une suite thématique de la première.

Plus précisément, il s'agit ici de deux trajectoires, celles de deux amis, Otho et Shad, qui quittent Abidjan pour l'Europe, avec l'espoir de revenir bientôt, matériellement, et surtout, financièrement nantis, ce qui leur conférera un nom.

En amont, ils partagent la même misère. Comme la faim qui fait sortir le loup de sa tanière, la misère va décider ces guerriers - au propre comme au figuré - à franchir le cap de l'immigration. "Les frontières, c'est rien, tu passes", se persuadent-ils.

Cependant, tout bien considéré, ce départ ne ressemble-t-il pas à une fuite ? Fuite de l'anonymat inhérent à la vie de misère qu'ils mènent chez eux ; fuite du regard condescendant de la famille et du voisinage ? Mais, un proverbe ne dit-il pas que le serpent qui vit enroulé sur lui-même ne grossit jamais ? Et puis, un guerrier, qui plus est, "un grand brûlé", ne doit-il pas implacablement avancer ? Ce départ va donc apparaître pour eux comme une nécessité. C'est l'aventure, certes, mais au-delà de celle-ci, c'est l'argent, c'est le succès, c'est la vie.

Une fois de l'autre côté, le destin va pourtant se charger de leur rappeler qu'on peut être "du même ghetto, mais on n'est pas de la même aventure". En Espagne, une descente de police va anéantir leurs espoirs communs. Conséquemment, Otho est expulsé vers Abidjan, tandis que Shad, lui, réussit à s'enfuir en Angleterre. Vivant désormais dans deux mondes différents, bien que ayant les mêmes aspirations au bonheur, leurs destins seront malheureusement divergents. Et à ce niveau, Les oiseaux du ciel me pose un problème. Déjà du fait du titre. Qui est "oiseau", quand on sait que ce vocable est péjorativement assimilé à un individu quelconque ? Otho et Shad ne sauraient être des individus quelconques, ne fût-ce que pour ce qu'ils représentent pour leur communauté : l'espoir d'une vie meilleure. Où se trouve le ciel, fort de la symbolique qu'il recouvre ? Si Otho et Shad sont comparés aux oiseaux, c'est certainement parce que, comme ces volatiles, ils doivent eux-mêmes trouver leur pitance et faire leur chemin dans ce "pays qui a une grande jungle". Le ciel occidental tient alors ici plus d'un abri de fauves que de la simple salle de séjour du Créateur, à l'exemple de ces Africains, plus dangereux pour leurs frères que les étrangers.

Rentré comme un paria à Abidjan, Otho va s'atteler à se reconstruire une identité. Il devient alors porteur de "projets pensés pour une Afrique qui croirait en elle-même". Comment pouvait-il en être autrement dans un milieu où il est désormais rejeté et où il doit absolument reconstituer son honneur bafoué ? Pour ce faire, il n'hésite pas à exercer toutes sortes de petits métiers : marchand ambulant, fripier, pompiste, pseudo-artiste, etc. Mais, ceux-ci ne confèrent ni puissance, ni richesses, encore moins un nom. Il faut travailler certes, mais pour se constituer un fonds nécessaire à la reconquête du Nord, d'où on acquiert la notoriété, la reconnaissance. Et s'il n'y arrive pas, c'est la mort sociale assurée. Pour qu'il n'en soit pas ainsi, tel Sisyphe qui remontait chaque fois son rocher au sommet de la montagne, il recommence inlassablement. Et c'est à ce niveau qu'on pourrait tracer un parallèle entre Otho et Shad.

Ce dernier revient d'Angleterre pour s'installer en France grâce à Tango, une jeune Française désorientée et mal acceptée par sa famille. Grâce à elle, il va devenir un "Mozart Schengen". Par un mariage blanc. Tango, mot évocateur d'une danse s'effectuant en deux temps, est-elle bisexuelle ? Elle propose un mariage blanc à Shad, mais paraît jalouse de Pélagie, la fiancée de Shad restée au pays. De plus elle entretient une relation homosexuelle avec Olga. Ceci semble paradoxal, et est manifeste d'un problème au niveau du scénario de ce film. Et ce n'est pas le seul. Je voudrais comprendre l'importance des séquences homosexuelles à répétition entre Tango et Olga, qui n'influent en rien sur la construction du récit.

Par ailleurs, le montage cut dont use et abuse Eliane de Latour me paraît assez navrant du fait de l'absence de révélateurs indispensables pour la compréhension de certaines séquences. Exemple, Shad est laissé pour mort dans un souterrain, poignardé par ses "frères". Comment est-il revenu à la vie, ce d'autant qu'il retrouve son passeport français ? Est-ce parce que "Dieu ne laisse pas tomber les oiseaux du ciel, à plus forte raison nous les hommes" ?
Qu'à cela ne tienne, ce film on ne peut plus émouvant montre à souhait à quel point il est important que ceux qui partent (clandestinement) pour le Nord réussissent. Pour eux-mêmes d'abord, pour leur famille ensuite. Et pour réussir, tous les moyens sont bons (pour eux) dès qu'ils paraissent efficaces. Ce machiavélisme vient souvent galvaniser l'ardeur des candidats à l'immigration, guidés qu'ils sont par le respect à venir de ceux qui pensent que si la chasse est mauvaise, on doit demeurer en forêt.

Jean-Marie MOLLO OLINGA
Cameroun.

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   liens films

Après l'océan (Les Oiseaux du ciel) 2006
Éliane de Latour

Bronx-Barbès 2000
Éliane de Latour


   liens artistes

Koma Diouc


Latour Éliane de


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