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rédacteur
Mohamed Nasser Sardi
publié le
02/11/2006
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Le retour de l'enfant prodigue, de Youssef Chahine
L'adieu de l'enfant prodigue


Il y a de ces films qui, comme dans les expériences chimiques, jouent le rôle de révélateur des changements que subit notre vie de spectateur, si nous les revoyons à des époques différentes. Et bien que le film reste immuable (par la force des choses), sa perception change selon les changements (inévitables) que subit notre existence. Ces films nous projettent dans le passé et laissent notre vie se dérouler devant nos yeux et dans notre mémoire.
La plupart du temps, plus le film avance, plus l'histoire de notre vécu avance ; un goût amer nous noue l'estomac, monte peu à peu vers notre poitrine où il crée une masse de malaise qui nous empêche de respirer, passe à notre gorge où des larmes, qui nous étouffent, sont emprisonnées à jamais, et arrive enfin à notre bouche qui s'ouvre toute grande pour le vomir et s'en débarrasser ; mais… rien n'en sort. Comme toutes ces sensations d'espoir et de griserie, que les rêves de notre jeunesse nous ont donné. Ce goût amer refuse de quitter son sarcophage. Il reste, à jamais, encloîtré dans nos nerfs et nos neurones.

La première fois que j'ai vu le film de Youssef Chahine, Le retour de l'enfant prodigue, j'avais moins de vingt ans (1976). J'étais sorti de la salle avec l'impression d'avoir des ailes. Je planais dans le ciel. Je volais vers la lune. J'étais invulnérable. J'étais Ibrahim (Hichem Sélim). Aucune force ne pouvait me séparer du chemin que je m'étais tracé. Ce chemin qui va vers l'avant ; vers un futur que je distinguais radieux et grandiose pour tous. Ni les traditions enchaînantes, ni les idées mercantiles, ni une réalité affligeante, ni l'échec de ceux qui ont voulu, avant moi, explorer d'autres sentiers, ni l'utopie de ceux qui m'étaient proches, ne pouvaient m'arrêter dans ma quête.
Seul l'amour, ce sentiment en chair et en os, avait peut être le pouvoir de m'ouvrir les yeux sur l'énormité de ma tâche ; voire même, l'impossibilité de ce que je voulais entreprendre. Mais lui-même était si hésitant entre me laisser partir pour me garder, ou me garder au risque de me perdre, que j'avais plus de chance de l'entraîner avec moi, que lui, de me retenir !
J'étais sorti de la salle en ayant pitié de cet oncle qu'était Ali (l'enfant prodigue) ; en le haïssant même. Il n'avait pas le droit de m'empêcher de rêver. Il n'avait pas le droit d'échouer, de briser les rêves de ceux qui avaient cru en lui et de ceux qui voulaient être sa continuité ; et au diable les Tolba (Chokri Sarhane), les Fatma (Souhir El Mourchidi), les mères castratrices (Houda Soltane) et tous ceux qui voulaient briser mes ailes et clouer mes pieds à un sol si monotone, si réaliste et si cartésien, alors que le monde explorait déjà le cosmos sans limites. J'étais sorti de la salle avec la voix, si enivrante, de Majda Erroumi qui me demandait : "à qui appartient la rue ?".
Une seule réponse résonnait dans mon cerveau : "la rue est à nous… la rue est à moi… le monde est à moi… la vie est à moi".
Et j'étais parti en compagnie d'Ibrahim ; comme l'avait fait avant nous, Ali. Seulement, moi et Ibrahim ne reviendront jamais aussi brisés que lui ; aussi désabusés. Je m'étais regardé dans un miroir et j'avais vu Hichem Selim me sourire avec le regard coquin et tendre de Majda Erroumi dans les yeux qui me disait que nous n'étions qu'un.

Et le temps a passé ; jusqu'à nos jours ; trente ans après.
Entre temps, j'ai revu plusieurs fois et à des périodes différentes de ma vie, le film de Chahine. À chaque fois, j'étais sorti de la salle avec la même question : "à qui appartient la rue ?". Seulement, ma réponse était devenue de moins en moins, sûre… de moins en moins optimiste. Plus les années passaient, plus j'ai désappris à regarder vers l'espace ; vers l'avant. J'ai désappris à lever la tête vers les étoiles et à explorer les profondeurs de mes désirs les plus invraisemblables. De plus en plus, mes yeux, comme mes pieds et mes pensées, restaient enchaînés à ce sol qui m'emprisonnait. Mes ailes ont disparu avec les années. Le futur le plus loin dans lequel je peux me projeter, est le jour suivant. L'univers le plus vaste que je peux ausculter en dehors de ma maison, mon bureau et ma banque, est un café où je rencontre d'autres qui, comme moi, se sont pris un jour pour Ibrahim, et qui essaient, par ce contact, de se donner l'illusion qu'ils ne sont pas devenus des "Ali".

Hier soir, j'ai revu Le retour de l'enfant prodigue. Quand Ibrahim est parti, à la fin du film, vers son avenir, en laissant derrière lui tout ce que peut le retenir, même son utopique grand-père (Mahmoud El Melligui), j'ai essayé de le retrouver, comme autrefois, en me regardant dans un miroir. Il n'y était plus. Il n'y avait que le visage d'Ali qui baissait la tête. Un goût amer me noua l'estomac, écrasa ma poitrine, obstrua ma gorge et envahit ma bouche. J'ai regardé derrière moi. Il n'y avait même pas de Majda Erroumi pour me sourire. Seule une foule de "Tolba" comptaient leurs bénéfices en piétinant des milliers de corps qui ressemblent à Ali, Fatma, Grand-père, Ibrahim et un clown qui rit en pleurant.
J'ai vomi le tout et je suis retourné à mon quotidien mi-gris, mi-illusionné, avec toute cette amertume qui persiste dans ma bouche et qui refuse toujours de me quitter.

Naceur Sardi

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