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rédacteur
Clément Tapsoba
publié le
08/01/2007
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Portrait de Paulin S. Vieyra (1925-1987) : "l'homme à la casquette"
Afriques 50 : Singularités d'un cinéma pluriel. (L'Harmattan, 2005)

Dans les années soixante-dix et quatre-vingt, quiconque s'intéressait au cinéma africain et qui, de surcroît, fréquentait les manifestations cinématographiques, notamment celles de Tunis (JCC) et de Ouagadougou (FESPACO) ne pouvait ignorer la silhouette de cet homme frêle au visage fin, portant un petit bouc et des lunettes, une éternelle casquette vissée sur le crâne. Paulin Soumanou Vieyra, cinéaste sénégalais d'origine béninoise, était la mémoire du cinéma africain jusqu'à sa disparition en 1987.
Né à Porto Novo en 1925, Paulin Soumanou Vieyra, est aussi "né" avec le cinéma africain. Il est le cinéma africain puisque l'histoire retient de lui qu'il est à l'origine de la réalisation, avec un groupe d'amis, du premier film d'Afrique noire, Afrique sur seine en 1955. L'année 1947 peut être retenue comme celle de la prise de contact de ce jeune étudiant africain (âgé alors de 22 ans), à Paris, avec la profession cinématographique et le début de son initiation à l'art cinématographique. C'est, en effet, en fréquentant le boulevard St Germain à Paris, qu'il sera retenu pour faire de la figuration dans un film du célèbre acteur français, Gérard Philippe. D'autres figurations suivent : Après l'amour ; Émile l'Africain, etc.

Après avoir acquis un certain bagage en fréquentant les studios, Paulin S Vieyra se présente en 1952, au concours d'entrée de l'IDHEC. Il n'y commence effectivement les cours qu'en novembre 1953 pour cause de maladie. Pour son film de fin d'année C'était il y a quatre ans (1954, 35 mm NB, 5 mn) Paulin Soumanou Vieyra défraie la chronique dans le paysage médiatique et cinématographique français. Au-delà du thème, qui raconte la nostalgie d'un étudiant africain à Paris pour l'Afrique, c'est la censure d'un plan exigé par les autorités de l'institut qui crée l'événement. Le plan incriminé, que Vieyra refusé de couper, montrait le cadre de travail de l'étudiant et cadrait tour à tour le quotidien français L'Humanité posé sur une chaise de l'étudiant, puis, au pied de la chaise, le journal Le Monde. Par ce plan et par un seul mouvement de caméra, Vieyra ne voulait pas simplement montrer la situation sociale de l'étudiant, mais aussi situer sa tendance politique grâce à la mise en scène décrite qui consistait à laisser un journal sur la chaise et l'autre à terre.
En refusant de couper le plan, Vieyra campait déjà aussi sur sa foi en la liberté d'expression dont le cinéma devrait être la traduction et son choix pour un cinéma engagé, témoin de l'histoire et reflétant les réalités au quotidien. Tel se voulait du reste son film Afrique sur Seine sur laquelle il associa à la réalisation, ses amis du groupe africain de cinéma dont chacun occupait un rôle dans l'équipe de tournage. Une première, qui confère à ce film son statut de premier film africain réalisé par des Africains. De retour à Dakar en 1956, et ce, jusqu'en 1972 au sein du ministère sénégalais de l'Information où il en a charge le service des Actualités sénégalaises, Paulin Soumanou Vieyra traque l'actualité sénégalaise post-indépendante et signe à ce titre une trentaine de documentaires. C'est à ce poste privilégié qu'il soutient la réalisation des premiers films de fiction et de longs métrages sénégalais signés par Sembéne Ousmane et les autres pionniers comme Ababar Samb Makharam, Momar Thiam, etc.

Il réalisera son premier et unique long métrage de fiction, En résidence surveillée en 1981 seulement, étant alors à la retraite. L'épuisement et la maladie ne lui permettent pas de réaliser son second long-métrage : Wollé, wollé, voî, voî. Dans ce film, il avait décidé de montrer sur quelles crapuleries financières pouvait se fonder le pouvoir.

De Vieyra, on connaît plus le critique que le cinéaste à travers ses nombreux écrits et publications qui ont contribué à reconstituer l'histoire du cinéma africain et à l'insérer dans l'histoire du cinéma mondial. Mieux, le choix des thèmes traités dans ses écrits sur le cinéma africain et le cinéma et l'Afrique ont éclairé mieux que n'importe quel chercheur ou critique européen (dont certains comme Pierre Haffner, Victor Bachy, il faut le souligner, n'ont pas démérité) le sens et le rôle du cinéma en Afrique. Il suffit d'énumérer quelques-uns des thèmes traités : le rôle du cinéma dans la compréhension des peuples ; responsabilité du cinéma dans la formation d'une conscience nationale africaine ; le cinéma africain et la censure ; le cinéma africain et le problème des langues etc.
Tous ces écrits ont été compilés dans un certain nombre d'ouvrages édités par Présence africaine. On citera surtout son fameux livre Histoire du cinéma africain, des origines à 1973 qui fut le livre de chevet de nombreux amoureux du cinéma africain ou des aspirants critiques, dont je faisais partie pendant mes études de cinéma à l'INAFEC et de journalisme au CESTI de Dakar.
Ma rencontre avec Paulin Soumanou Vieira date de cette période, précisément en 1981, au FESPACO où j'eus le privilège d'être présenté à lui par un autre critique de l'hebdomadaire Jeune Afrique, Férid Boughédir qui m'encouragea, tout comme Paulin Vieyra "à prendre leur relève"- pour citer Vieyra. Celui-ci insista pour souligner que le métier de critique demandait beaucoup d'abnégation et de persévérance et une bonne connaissance du cinéma. J'eus alors l'occasion de croiser fréquemment Vieyra, lors des différentes conférences du CIDC organisées à Ouagadougou ou aux différentes éditions du FESPACO.

Timidement mais sûrement, ces pionniers de la critique ont fait des émules un peu partout en Afrique. C'est ensemble que nous avons décidé de mettre sur pied la Fédération africaine de la critique cinématographique (FACC), à Tunis en octobre 2004, dont les jalons avaient été posés par Vieyra et d'autres critiques au Nord et au Sud du Sahara bien des années auparavant.
Il s'agira de perpétuer la mémoire de cet homme intrépide qu'était Paulin Soumanou Vieyra (au nom duquel nous souhaitons également relancer le prix de la critique africaine créé à Khouribga en 1988 et au FESPACO en 1995) soucieux de voir naître "une branche africaine de la critique cinématographique".
Nous en avons pris l'engagement à travers la charte africaine de la critique et entendons concrétiser cet engagement par l'alimentation du site Africine.org.

Clément Tapsoba
Critique de cinéma
Président de la FACC.

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