actuellement 17695 films recensés, 2972 textes recherche | » english  
films réalisateurs acteurs producteurs distributeurs festivals agenda pays espace personnel  
  critiques»
  dossiers»
  analyses»
  entretiens»
  comptes rendus de festivals»
  reportages»
  documents»
  ateliers»
  Zooms»
  rédacteurs»
  écrans d'afrique»
  Asaru»
  lettre d'info
  inscription»
  desinscription»
  archives »
  liens»
  dépêches »
  nouvelles de
la fédération»
  la fédération»
  contacts»
  partenaires»
  accueil»




 
    
rédacteur
Mohamed Nasser Sardi
publié le
17/04/2007
films, artistes, structures ou événements liés à cette critique
les commentaires liés à cette critique
retour
 
Un uppercut émotionnel
J'en ai vu des étoiles, de Hichem Ben Ammar (Tunisie)

Hichem Ben Ammar persiste et signe : il est un documentariste, et rien d'autre. Il faut lui rendre justice, il y réussit bien.
Déjà auteur de Caféchanta (Café chanté) en 2000 et du très intéressant Rais labhar (Ô ! Capitaine des mers) en 2002, H. Ben Ammar a livré durant les JCC2006 et "Doc à Tunis", sa dernière création : J'en ai vu des étoiles. Et on parle bien de création avec ce réalisateur. Il construit ses documentaires comme des fictions. À l'instar de ses précédents films, J'en ai vu des étoiles dégage l'impression d'une écriture dramatique où l'émotion est omniprésente et où les protagonistes (personnages!) sont filmés avec amour. On découvre alors qu'on est en pleine subjectivité; que ce documentaire n'a nullement pour but de montrer et d'étaler la vie de ces personnes, mais plutôt d'exprimer le regard porté par le cinéaste sur une situation où les personnes filmées ne sont qu'un prétexte pour aborder le sujet qui le perturbe. Et si dans Ô ! Capitaine des mers, le prétexte est la chasse traditionnelle du thon à Sidi Daoud, c'est le monde da la boxe qui l'est pour ce nouveau film.
Relatant le parcours de quelques boxeurs tunisiens, des années vingt jusqu'à nos jours, H. Ben Ammar reprend ses thèmes fétiches : la disparition d'un univers particulier, la fin d'une époque précise et le constat de l'échec.
Son approche évite la nostalgie en éliminant les lamentations qui peuvent s'insérer dans ce genre de films, pour ne laisser que des témoignages poignants sur ce qui a été.
D'un documentaire à un autre, le procédé de l'auteur reste le même : il ne part pas d'une situation pour en dégager une idée générale, mais il est habité d'abords par des thèmes et cherche le contexte (ou l'histoire) qui s'emboîte à ces thèmes et arrive à les exprimer.
J'en ai vu des étoiles s'ouvre sur le cabinet d'un ophtalmologue où un vieux boxeur n'arrive pas à bien discerner les choses. Métaphore d'individus qui ont perdu leur univers et ne se reconnaissent plus dans le monde actuel. Ils vivent dans les souvenirs et les regrets d'une époque où leur statut social dépassait leur position de vedettes sportives. À travers le vécu de Sadok Bahri, Rezgui Ben Salah, "El Bhim", Bill Jo, ou Sadok Omrane, Hichem Ben Ammar revisite l'histoire de la Tunisie des années 30 jusqu'à nos jours. Le vécu des boxeurs est mélangé à la lutte pour l'indépendance, aux rapports sociaux et au voisinage confessionnel.
Le tout est prétexte pour démonter qu'à travers le temps, tout un patrimoine national a été dilapidé. Par exemple, la boxe professionnelle qui a tellement donnée des satisfactions aux tunisiens et qui avait les potentialités de donner plus, des sites porteurs de mémoire et de symboles qui sont laissés en ruine, tel que ce local, mi-salle de boxe, mi-salle de cinéma, qui est "un patrimoine… malheureusement, il est fermé et en ruines" (dans le film). Il y a aussi ces décisions aléatoires et un vide structurel qui ont "obligé" des graines de champions à aller voir ailleurs pour essayer de réaliser leurs ambitions; des Tunisiens juifs qui ont fui la Tunisie…
Le mérite de ce film est que son auteur n'a pas essayé de sublimer ses personnages à travers leur sport, leur statut de champions ou d'êtres exceptionnels. Il les a rendus plutôt accessibles à travers leur fragilité et leurs contrastes d'humains. Ces boxeurs ont été proxénètes, hommes de mains, malfrats ou lâches; comme ils étaient des "dieux" des foules, des symboles nationaux ou des hommes riches et estimés. Tous vivent actuellement dans la précarité ou l'incertitude.
Le parallèle avec leur passion s'impose de lui-même.
Ce nouvel état des choses commence, selon le réalisateur, à la défaite de Taher Ben Hassen. C'est le point de rupture entre deux époques. Cette défaite est due à la mauvaise décision (involontaire ou délibérée!) de faire boxer ce champion tunisien avec un déficit de poids flagrant. Depuis, c'est la disparition de la boxe professionnelle et la dégringolade socio-économique de ses représentants à l'intérieur de la Tunisie.
Seule l'immigration laisse encore un peu d'espoir; mais à l'image d'un Walid Smichet et de cet autre boxeur qui se sépare de son bélier, quel déchirement ! Rien n'est clair. On navigue à vue et cas par cas.
Hichem Ben Ammar est certes arrivé à capter, avec sa caméra, d'authentiques moments d'émotion, à l'instar se regard plein de tendresse que jette "El Bhim" à sa femme et qui exprime une relation d'amour qui a duré cinquante ans; mais, franchement, ses "étoiles"! Elles ne nous parlent pas vraiment de boxe!... Ou si peu !

Naceur SARDI

haut de page


   liens films

J'en ai vu des étoiles (Choft Ennoujoum fil Quaïla | Noujoum f'il kayla) 2006
Hichem Ben Ammar

Ô ! Capitaine des mers (Raïs Lebhar) 2002
Hichem Ben Ammar


   liens artistes

Ben Ammar Hichem


haut de page



   vos commentaires
vos commentaires sur cette critique :
   
 
  ajouter un commentaire
   

haut de page

 

 

 

 

?>