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rédacteur
Mass Ly
publié le
10/08/2008
films, artistes, structures ou événements liés à cet entretien
les commentaires liés à cet entretien

Catherine RUELLE © Claire Garate


Djibril DIOP Mambéty


Touki Bouki, 1973


Hyènes, 1992


La Petite Vendeuse de Soleil, 1999


Momar Nar Séne - Djibril Diop Mambety. La caméra au bout du nez. Paris : L'Harmattan, "Bibliothèque d'Africultures", 2001


Wasis DIOP


Mame Birame DIOUF, ministre de la Culture (Sénégal) © Kiné Sène


Oumarou GANDA (1931 - 1981)


Samba Félix NDIAYE


Ousmane William MBAYE


Sada Niang - Djibril Diop Mambéty, Un cinéaste à contre-courant. Paris : L'Harmattan, "Images Plurielles", 2002, 240 p.


Sembène Ousmane


Abderrahmane Sissako


Ismaël THIAM


Le Franc, 1994


Catherine RUELLE © Mass Ly, 2008

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Catherine RUELLE, journaliste à Rfi : Le cinéma africain a vivifié notre façon de voir le monde
Entretien de Mass Ly avec Catherine Ruelle
C'est avec passion que Catherine Ruelle parle de Djibril Diop Mambéty. Dans cet entretien, la journaliste revient sur le talent du défunt cinéaste tout en décryptant les messages dont ses films sont porteurs. Elle parle aussi de l'influence des auteurs africains sur le cinéma d'aujourd'hui.

Mass LY : Dix ans après sa mort, quel est le sens de cet hommage rendu à Djibril Diop Mambéty ?

Catherine RUELLE : Nous avons connu Djibril autour des années 70 quand il y avait beaucoup de salles de cinéma à Dakar. Aujourd'hui il n'y en a plus, donc la transmission se perd. Au Sénégal, vous possédez pourtant un patrimoine extraordinaire. Le problème c'est qu'entre les jeunes et les anciens, il n'y a pas de transmission parce qu'on ne voit pas leurs films. Alors nous nous sommes dit, comme c'est le dixième anniversaire de la mort de Djibril, essayons de faire le lien entre les générations, pour qu'à la fois les jeunes cinéastes, mais aussi les jeunes journalistes puissent voir l'œuvre des cinéastes qui font partie du patrimoine intellectuel sénégalais. C'est comme ça que nous avons commencé à construire cet hommage, avec William Mbaye, qui dirige le "Cinéma de nuit", Ismaël Thiam de "24h", Félix Samba Ndiaye qui a été pendant longtemps un collaborateur de Djibril, le ministère de la Culture, et moi à Rfi. Le but était d'essayer de montrer tous les films de Djibril Diop Mambéty, pas seulement aux jeunes journalistes et cinéastes, mais aussi au public.

Mass LY : Qu'est- ce qui fait l'actualité des films de Djibril Diop ?

Catherine RUELLE : Ces films sont modernes et parlent de la vie actuelle. Pourtant, ils ont été faits, il y a 30 ou 40 ans. C'est dire que Djibril était un grand visionnaire politique. Un artiste qui savait sentir les mouvements économiques et politiques qui allaient se produire plus tard. C'est quelqu'un qui était capable de capter dans ce qu'il voyait autour de lui, ce qui allait devenir des mouvements du futur.

Par exemple Touki Bouki est un film sur l'émigration, sur le choix entre partir ou rester au pays. C'est la situation que nous vivons maintenant. Le problème des jeunes est de quitter l'Afrique pour "l'eldorado". Ce film, Djibril l'a fait en 1972. À cette époque, il n'y avait pas encore une émigration massive. Mais il savait que c'était un danger. Dans Touki Bouki, il l'explique très bien à travers deux personnages : Mory et Anta. Mory est un petit berger, mais il décide de ne pas partir. Même s'il a du mal à rester. Tandis que Anta, la jeune fille, qui est une étudiante, décide de partir. Et c'est elle qui perd ses racines. C'est une critique à l'endroit des intellectuels. Anta est fascinée par le monde occidental. C'était à l'époque, pour Djibril, une mise en garde aux étudiants pour ne pas perdre leur âme.



Dans ce film, Djibril est dans les deux personnages. Mory, c'est Djibril, et Anta, c'est encore lui. Il incarne Mory parce qu'il a décidé de faire sa carrière au Sénégal. Tout comme Ousmane Sembène. Et c'était très important pour eux parce qu'on était au début des Indépendances, tout était à construire. Aujourd'hui cet aspect reste important parce que tout est encore à construire. L'autre message de Djibril c'est : "Gardons notre âme, connaissons notre culture, nos valeurs." La tradition c'est nos pieds, c'est ce sur quoi l'on est debout, sans elle, on est perdus.

Mass LY : Dans Touki Bouki, Mambéty critique de façon acerbe l'engouement des jeunes pour l'Occident. Comment ce film a-t-il été perçu en Europe ?

Catherine RUELLE : On était en 1972. Les pays africains étaient libres depuis 12 ans. Pour les cinéastes africains, c'était très important d'amener les gens à comprendre que la colonisation était finie. Et qu'il fallait désormais construire le pays. Le construire à partir de bases qui ne soient pas forcément la fascination de l'occident, qui ne soient pas le reniement de la tradition pour passer dans la modernité. Tous les cinéastes étaient dans ce mouvement-là.
Au même moment en Europe, il y avait une grande force cinématographique. Nous étions en plein dans "la nouvelle vague", avec les films de Godard. Il y avait toute une réflexion sur l'utilité du cinéma. Divertir bien sûr, mais pas seulement. Il fallait apporter quelque chose au spectateur. C'était le cinéma d'auteur.
Quand Touki Bouki est passé à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes, ça a eu l'effet d'une gifle. La Quinzaine… avait été créée en 1969, après les événements de Mai 68, par les réalisateurs eux-mêmes ; Truffaut et Godard en tête. Et dès la première session, ils ont passé Contras'City de Djibril. Depuis, ils ont toujours passé tous les films de Djibril et de Sembène.

À cette époque, la Quinzaine des réalisateurs cherchait dans le cinéma africain, latino-américain, une sorte de source nouvelle d'inspiration pour les Européens. Le cinéma africain vivifiait nos formes, notre esthétique, notre façon de voir le monde.
C'était la première fois que l'on voyait des histoires racontées par des gens du pays. C'était extrêmement important, parce qu'au lieu de voir des films réalisés par des Européens sur des gens d'un pays, on voyait enfin, des cinéastes du pays parler de leurs propres réalités avec leurs propres mots. Je cite souvent Hampaté Bâ qui dit : "Pour dire ton histoire, il n'y a que ta parole, la parole d'autrui n'est pas ta parole". Et, c'est ce que Djibril, Sembène, Ababacar Samb et Safi Faye avaient réussi.

Mass LY : Cela explique-t-il la présence des films africains à Cannes ?

Catherine RUELLE : Mais oui, c'est pour cela qu'il y a toujours eu des films africains au festival de Cannes. La France fait 150 films par an, mais ne présente pas plus de films que le cinéma africain à Cannes. Pourtant le cinéma africain ne fait même pas un film par an par pays. Cela est dû au talent extraordinaire de ses cinéastes, leur façon de révolutionner l'histoire du cinéma. Ce qui fait qu'Ousmane Sembène ou Oumarou Ganda du Niger sont enseignés dans les universités américaines, pas comme cinéastes africains, mais comme des cinéastes classiques. Ils ont révolutionné la manière de raconter leur histoire. C'est cette même innovation qu'on voit chez Djibril qui a permis d'inspirer d'autres cinéastes, comme le Malien Souleymane Cissé. Mais aussi Abderramane Sissako, qui est le cinéaste le plus connu en ce moment en Europe, son travail est totalement inspiré de Djibril Diop. La mise en espace géographique, les grands plans et même la façon dont il voit les personnages. Beaucoup de cinéastes sont totalement influencés par l'œuvre de Mambéty, parfois sans même le savoir. Djibril a anticipé tellement loin dans la culture africaine que vingt ans plus tard un jeune cinéaste peut faire un film similaire. Le fond de ses films, c'est du patrimoine sénégalais. C'est pour ça qu'en les voyant, on a l'impression qu'ils datent d'hier. Par exemple dans Hyènes, il parle de la globalisation, de la corruption, du pouvoir, de la lâcheté des gens. C'est une lecture complète du paysage politique. Ces images sont très symboliques.
D'ailleurs c'est la grande force du cinéma de Mambéty : quand vous regardez ses films, il y a de la place pour l'imagination du spectateur. Par exemple au début de Hyènes il met un plan avec les éléphants qui envahissent toute l'image, le plan d'après montrant des hommes, très loin, tout petits, perdus dans la nature. Il ne donne pas d'explication, il accorde les images et des métaphores. Et notre esprit travaille en regardant les images. Le spectateur peut apporter lui-même son propre imaginaire parce qu'il y a plusieurs façons de comprendre les films de Djibril. Chaque spectateur peut y trouver sa vérité et c'est ça le vrai cinéma.
Regardez dans le langage de Touki Bouki, la façon de mettre côte à côte des images complètement surréalistes, l'utilisation de la métaphore… C'est pourquoi Godard et les autres se sont aperçus de la richesse de la symbolique des images de Djibril. Et c'est cela qui leur a, eux aussi, cinéastes européens, ouvert un imaginaire beaucoup plus grand. Parce qu'avec Mambéty on a la preuve que l'imaginaire peut entrer dans un film et que les gens peuvent comprendre : c'est le cinéma de la métaphore.

Mass LY : Comment expliquez-vous la sensibilité de Djibril à l'égard de ceux qu'il nomme "les petites gens" et que l'on retrouve dans presque tous ses films ?

Catherine RUELLE : Djibril a vécu dans un quartier populaire, à Colobane. Son père était un religieux et il a été éduqué par sa grand-mère dont il a pris le nom : "Mame Betty", d'après Wasis [musicien et frère du défunt cinéaste]. D'ailleurs "Mame Betty" c'est à la fois Linguère Ramatou (Hyènes) et La Petite Vendeuse de Soleil. "Mame Betty" la grand-mère de Djibril, avait aussi des béquilles. Pour vous dire que Djibril a toujours vécu au milieu des "petites gens". L'expression n'est pas péjorative pour lui. C'est par opposition à tous ceux qui ne pensent qu'à l'argent, au pouvoir et qui, selon Mambéty, ne sont pas de "vraies personnes". Il pense que l'avenir d'un pays se fait au niveau de ces "petites gens". Car c'est en eux qu'il y a la générosité, la spiritualité. Et s'ils continuent à avoir leurs vraies valeurs de solidarité, d'entraide, rien ne peut arriver de mauvais. Mais s'ils sont détruits, le pays n'existe plus. Voilà pourquoi il a tout le temps chanté les "petites gens" qui incarnent le capital d'un pays. Djibril arrive à nous convaincre dans ses films qu'il est beaucoup plus intéressant d'aller les voir eux, que les autres qui sont obnubilés par l'argent, le pouvoir.

Propos recueillis par Mass LY

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   liens films

Badou Boy 1970
Djibril DIOP Mambéty

Badou Boy (1ère version) 1965
Djibril DIOP Mambéty

Cinémas d'Afrique, la petite vendeuse de Soleil / Rabi 1991
Djibril DIOP Mambéty, Gaston Kaboré

Contras'City 1968
Djibril DIOP Mambéty

Franc (Le) 1994
Djibril DIOP Mambéty

Hyènes 1992
Djibril DIOP Mambéty

Parlons Grand-mère 1989
Djibril DIOP Mambéty

Petite vendeuse de soleil (La) 1998
Djibril DIOP Mambéty

Touki Bouki 1973
Djibril DIOP Mambéty


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Bâ Amadou Hampâté


Diop Wasis


DIOP Mambéty Djibril


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Ganda Oumarou


Godard Jean-Luc


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Ruelle Catherine


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