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rédacteur
Jean-Marie Mollo Olinga
publié le
09/02/2009
films, artistes, structures ou événements liés à cette analyse
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J.-M. Mollo Olinga


Narcisse Mbarga


Le Silence de la forêt, 2003, de Didier Ouenangaré, Bassek Ba Kobhio


Didier Florent Ouenangaré (1953-2006).


Bassek Ba Kobhio


Le Silence de la Forêt, de Didier Ouenangaré et Bassek ba Kobhio

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Contribution au Fenac 2008
Le cinéma, un investissement pour le devenir culturel et économique du Cameroun
Tel est le thème développé en décembre dernier par Jean-Marie Mollo Olinga dans le cadre du Fenac 2008.

Pour apporter notre écot aux festivités de la 7ème édition du Festival National des Arts et de la Culture (FENAC) qui se déroule ici à Maroua jusqu'au 23 décembre 2008 autour du thème : "La culture, l'investissement pour l'avenir", nous avons pensé nous rapprocher de ce thème en prenant comme socle le domaine culturel que nous maîtrisons le moins mal, à savoir, le cinéma. Notre apport portera donc sur le thème : "Le cinéma, un investissement pour le devenir culturel et économique du Cameroun". Notre exposé sera subdivisé en deux parties :

I - Investir dans le cinéma pour s'approprier sa culture
II - Investir dans le cinéma pour résorber le chômage

En rapport avec le deuxième aspect de notre intervention, nous donnerons, à titre indicatif, notre vision du financement du septième art camerounais.

Au préalable, pour fixer nos idées, nous allons définir ce que nous entendons par cinéma. C'est une abréviation du mot cinématographe ou cinématographie. C'est le nom donné par Léon Bouly en 1892 à l'appareil de projection dont il déposa le brevet. Ce mot polysémique peut donc désigner l'art, sa technique ou encore la salle dans laquelle il est projeté. Mieux, la salle dans laquelle sont projetés des films. Le Larousse 2008 continue de le définir simplement et laconiquement comme étant "l'art de composer et de réaliser des films". Nous disons ici notre déception quant à cette définition, que nous trouvons surannée, périmée, car il y a longtemps que le cinéma a dépassé le stade de l'art. Nous ne disons pas qu'il n'est plus du tout un art, nous voulons simplement préciser qu'il est, aujourd'hui, plus que cela. S'il demeure un art du spectacle, il est devenu un produit commercial, un produit issu de l'industrie. Et c'est, nous semble-t-il, cet aspect-là qui devrait nous intéresser ; le cinéma en tant que industrie. On parlera alors d'industrie cinématographique. Industrie cinématographique entendue comme ensemble des activités et des métiers liés au cinéma, en vue de produire des œuvres artistiques pouvant ou devant rapporter des richesses (le concepteur de l'idée, le scénariste, le réalisateur, le caméraman, les costumiers, les maquilleuses, les monteurs, les producteurs, les décorateurs, l'électricien, les musiciens, bref, tous ceux qui interviennent à un niveau ou à un autre de la fabrication d'un film, et dont la tâche est indispensable). Il y a donc ici l'idée sous-jacente d'investissement, investissement en vue de créer des entreprises cinématographiques, en somme, des entreprises culturelles pouvant lutter contre la pauvreté en offrant du travail aux jeunes Camerounais. Comment cela ?

Avant de répondre à cette interrogation, qu'il vous plaise, Messieurs et Dames, de vous pencher sur le premier volet de notre contribution, à savoir : investir dans le cinéma pour s'approprier sa culture. Ce qui n'est pas moins un enrichissement.

Les films sont des objets culturels. Ils sont issus d'une culture spécifique qu'ils reflètent. Leur diffusion, facilitée depuis l'avènement des nouvelles technologies de l'information et de la communication, peut en faire, au final, de purs produits commerciaux. À titre d'exemple, nous citerions le cas d'un jeune vidéaste camerounais, Narcisse Mbarga. Il nous a rapporté avoir facilement vendu son film intitulé Les silences du cœur. C'est un film sur le phénomène des avortements clandestins, qui entraîne celui des bébés qu'on jette dans les poubelles. Le Cd de ce film nous a été offert par une de nos nièces, étudiante à l'Université de Yaoundé I, où le réalisateur vendait, lui-même, son film à 1.000Fcfa. Narcisse Mbarga nous a dit avoir, en quelques jours, écoulé plus de 300 Cd. Le procédé n'est peut-être pas conseillé, mais vous conviendrez avec nous, et c'est là une parenthèse, qu'il limite le phénomène de la piraterie, parce qu'on achète le produit original à moindre coût. Parenthèse refermée. L'exemple de Mbarga est édifiant quant à l'accessibilité d'une œuvre culturelle. Parce que si l'on veut s'approprier sa culture, il faut d'abord qu'elle soit accessible. Bien entendu, nous nous situons ici au niveau de la culture matérielle, qui peut avoir un coût. Vous voyez que nous n'arrivons pas à nous éloigner des préoccupations économiques. D'ailleurs, nous allons nous appesantir là-dessus en prenant un autre exemple, celui-là même dont nous devons nous détourner, "l'american way of life".

Les États-Unis sont l'un des rares pays au monde à ne pas avoir de ministère de la Culture, de secrétariat à la Culture, si vous voulez, tout au moins au niveau fédéral. C'est aussi l'un des pays qui ont enfourché le cheval de la colonisation quasiment en dernier lieu. Et pourtant, aujourd'hui, le monde entier vibre au rythme de la musique, de la mode, de l'alimentation, des films américains, etc. Il n'y a qu'à voir ce que nos jeunes écoutent au niveau de la musique, comment ils l'écoutent, on les voit dandiner dans les rues, les écouteurs aux oreilles ; il n'y a qu'à voir sur quoi ils dansent, comment ils le dansent, une véritable gymnastique ; voyez comment ils s'habillent, les pantalons au ras des fesses ; regardez ce qu'ils boivent : du coca-cola ; quels sont les films qui les attirent le plus ? Les Rambo, les séries comme 24h Chrono (avec le personnage de "Jack Bauer"), et nous en oublions. Les Américains arrivent ainsi à les coloniser mentalement, et c'est là le véritable enjeu de l'appropriation de notre culture, car nous pouvons ainsi sauver des devises pouvant être investies dans d'autres domaines. Si nous pensons une stratégie visant à faire consommer notre culture localement d'abord, une stratégie visant notre jeunesse qui, manifestement, fait montre d'une acculturation inquiétante, nous pourrions, à terme, atteindre cet objectif.

Et pour ce faire, nous aimerions rappeler que le Cameroun, Afrique en miniature, est aussi connu pour être un carrefour des civilisations. C'est un État composite, c'est un État multiethnique et multiculturel, c'est une mosaïque culturelle. Le pays tire bénéfice de cette caractéristique, en harmonisant savamment ces contrastes. En effet, la politique culturelle du pays ne consiste-t-elle pas à encourager la promotion, le développement spécifique de chaque culture en vue de son épanouissement ? Ce qui aboutit à ce pluralisme culturel conçu pour être un vecteur de l'unité et de l'intégration nationales. N'est-ce pas ce qui fait l'identité du Cameroun ? D'ailleurs, Paul Biya, le président de la République, n'écrit-il pas, dans son livre intitulé Pour le libéralisme communautaire, qu'"il s'agit donc pour nous de cultiver cette connivence culturelle où chaque ethnie apporte ce qu'elle détient d'excellent pour l'édification d'une culture nationale" ? En tant que tel, le pays se doit de s'approprier cette identité culturelle, son identité culturelle, déjà apprivoisée dans certains domaines. Nous nous empresserons de citer ici celui de l'alimentation ; de la danse ou de la musique ; de l'habillement. Ainsi, à titre d'exemples illustratifs, le Miondo et le Ndolè du Littoral ; l'Okok et le bâton de manioc des Étons ; le Koki des Bamilékés ; le Soya du Nord n'ont-ils pas été adoptés par toutes les autres populations nationales ? Idem pour le Makossa du Littoral, le Bikutsi du grand Sud, le Mangambeu ou Bensikin de l'Ouest sur le plan musical ou chorégraphique… Le Kaba Ngondo du Littoral ; le pagne, la gandoura ou grand boubou du grand Nord, sur le plan vestimentaire… Ce sont ces aspects de notre culture que doit capter et capturer le cinéma camerounais - on parle de mettre en boîte dans le jargon du métier. Car la culture ne saurait plus n'être qu'une activité ludique ; elle doit, nous ne le répéterons jamais assez, dépasser ce stade pour être à la fois une activité économique, productrice de loisirs ou de divertissements. Et pour paraphraser l'ancien ministre d'État chargé de la Culture, Ferdinand Léopold Oyono, qui le disait de la culture, nous dirons que, une nation sous-tendue par un cinéma (c'est-à-dire son image) faible est appelée à être vassalisée, à péricliter et à disparaître, tandis qu'un cinéma fort pérennise la nation et lui permet de porter très loin ses ambitions.

Des exemples en la matière nous viennent des cinématographies indiennes, où les films ne racontent quasiment que des histoires dans lesquelles s'identifient les populations locales, idem pour les cinémas arabes, et, plus proche de nous, du cinéma nigérian, dont les vidéos sont si consommées, ce qui ne saurait relever du pur hasard.

Et parlant du cas indien dont on pourrait s'inspirer à suffisance, nous citerons ici un article d'un confrère, critique de cinéma, Vijay Monany, qui écrivait, en 2003, dans la Feuille de Bétel : "(…) Le cinéma, forme moderne de communication s'il en est, constitue pour l'Inde le moyen essentiel d'aborder avantageusement l'épreuve de la modernité, de maintenir sa spécificité culturelle et de la communiquer aux autres, reprenant à son compte le phénomène de la mondialisation, trouvant par là la voie d'une modernisation qui ne soit pas une occidentalisation. (…) A travers les défis qui lui sont lancés, l'Inde pourra, je le crois, apporter une contribution fondamentale au renouveau culturel de l'humanité. Par sa façon originale de manier l'art du cinéma et par la mise au jour d'une esthétique cinématographique spécifique, je suis convaincu que l'Inde est en train de renouveler durablement la notion de culture populaire". Pour bien comprendre la préoccupation de Monany, qui peut aussi être la nôtre en ce qui concerne le Cameroun, il faudrait rappeler que dans les années 90, le cinéma indien a plongé dans une crise esthétique, caractérisée par une situation tout ce qu'il y a de paradoxal. Dans les esprits, le consensus sur un cinéma national semblait acquis. Mais ce cinéma perdait, de film en film, ce qui faisait de lui un cinéma spécifiquement indien. Les chansons, les costumes, tout s'américanisait. Il fallait alors réinventer le cinéma indien, au travers de la réappropriation d'une culture spécifiquement nationale ne niant plus les traditions, d'abord, ensuite par une solidarité des antagonismes Inde - Occident passant par une espèce de chiasme, de croisement, où modernité et tradition étaient obligés de se synthétiser. Au final, révèle Vijay Monany, "si pour l'Occident le cinéma est un art, il est pour l'Inde un artifice, et c'est bien d'où lui vient son salut". Le pays de Gandhi a réussi à s'imposer dans le septième art en réinventant, par exemple, un jeu des acteurs en marge des codes occidentaux en la matière. Si chez les Occidentaux on dit d'un acteur qu'il joue bien quand il joue "juste", quand son jeu est conforme "aux réactions naturelles de l'individu qu'il incarne", quand il réussit "à faire oublier que c'est un jeu", en Inde, par contre, un bon acteur est celui qui "surjoue", pour reprendre les mots de Monany. Ici, "ils sont doués non pas quand ils sont naturels, mais quand ils sont artificiels, en somme, quand ils sont culturels". D'un côté on fait passer le faux pour la réalité, de l'autre, en Inde, on maintient ouvert l'écart entre la fiction et la réalité.
Il pourrait donc s'avérer payant d'intéresser les nôtres, surtout les jeunes, aux histoires proches d'eux, des histoires correctement racontées sur les plans technique et discursif. Cet aspect va de pair avec le deuxième volet de notre contribution, celui de la nécessité d'investir dans le cinéma pour résorber le chômage en créant de nouveaux emplois ou en suscitant des vocations.

Mais, avant d'investir financièrement dans le cinéma camerounais, il faut d'abord l'organiser. Ce qui ne semble pas préoccupant, au regard de la praxis, autrement dit, de la pratique ou de l'expérience quotidienne. Organiser le cinéma c'est d'abord recenser tous les métiers du cinéma ; organiser le cinéma c'est lister tous les experts - avérés ou potentiels -, autrement dit, qui fait quoi dans le cinéma, qui sait faire quoi, qui a déjà fait quoi de reconnu, etc. ; organiser le cinéma c'est former les divers et différents intervenants de la filière ; organiser le cinéma c'est penser les modes de diffusion et de circulation des œuvres cinématographiques ; organiser le cinéma c'est se doter des moyens logistiques devant participer à la fabrication d'une œuvre cinématographique ; organiser le cinéma c'est penser son financement - d'où doit provenir l'argent du cinéma, qui doit recevoir quoi, pourquoi, etc. -…

Ce n'est qu'après tout ce travail en amont qu'on peut penser à créer les différentes sociétés devant gérer les divers corps de métiers inhérents au septième art. La tutelle, c'est-à-dire le ministère de la Culture ou tout autre organisme national, se consacrerait, entre autres choses, à avaliser les promoteurs de ces différentes sociétés, lorsqu'elles solliciteraient les bailleurs de fonds, car c'est de cela qu'il s'agit : créer des sociétés.

Et pour revenir au thème du Fenac, "La culture, l'investissement pour l'avenir", relativement au financement du cinéma, nous aimerions reprendre ici, avec la permission des organisateurs, les conclusions des "Premières assises camerounaises des entreprises et industries culturelles de l'espace francophone", qui se sont déroulées à l'Iric il y a peu, à Yaoundé. Dans le rapport de l'Atelier III relatif aux Industries de l'Audiovisuel, de la Musique et de l'Édition ayant planché sur le sous-thème I, dont le titre était : Production et diffusion audiovisuelle, rapport que nous avons eu l'honneur de rédiger, il a été retenu, concernant le cinéma, entre autres expériences, celle de la France. Il n'est pas mauvais de copier ce qui est bon, nous disait souvent un de nos enseignants. On peut s'inspirer de l'exemple français, en l'adaptant à notre contexte. Inutile de vous rappeler qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil. La France s'est dotée d'un outil d'intervention pour organiser et financer son cinéma. C'est un établissement public, le Centre National de la Cinématographie (CNC), qui travaille avec des professionnels. C'est lui qui fixe les cadres généraux.

La France a pensé une stratégie internationale, à cause de l'agression américaine, ce qui est notre cas aussi, après la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Elle a fait valider l'idée de préférence nationale, avant l'exception culturelle. Cette préférence nationale, élargie à l'Europe, intègre des éléments d'expression, notamment des films en français, des co-productions internationales, surtout avec des pays européens.

La France a pensé une réglementation et un encadrement du marché, pour éviter autant que faire se peut des détournements de fonds. Vous savez tous comment le Fodic a disparu et vous connaissez les gens qui sont allés en prison à cause de la mal gestion de cette entreprise. La réglementation et l'encadrement du marché imposent donc une transparence totale dans l'exécution des contrats ; des budgets de films discutés et approuvés, pour éviter des dettes ; un contrôle strict des recettes des salles de cinéma par une billetterie centralisée et gérée sur la base de logiciels du CNC.

Par ailleurs, il existe en France des règles au niveau de la diffusion et de la distribution, pour une concurrence légale ; une réglementation sur la protection du droit d'auteur, pour éviter le piratage des œuvres. En fonction de tout ceci, comment est concrètement financé le cinéma français ? (Pour qu'on s'en inspire localement).

D'abord, il l'est par les financements publics, qui redistribuent les fonds collectés par les taxes et les droits de la télévision : ce sont des fonds de soutien, une sorte de solidarité distributive, qui redistribue ainsi l'argent en fonction des recettes collectées. Mais, il y a des plafonnements, les petits recevant plus proportionnellement par entrée que les gros, ce qui aide le cinéma d'auteur.

Ensuite, il y a la fiscalité. Il existe en France une taxe spécifique sur le cinéma, sur les télévisions, les vidéos (DVD, téléphones portables, etc.) et sur Internet. Pour le cinéma (et même la télévision), à titre d'exemple, la TVA est de 5,5% ; elle est de 10 à 11% pour les salles de cinéma.

Les gens, les individus, peuvent aussi financer le cinéma en France, contre une réduction de leurs impôts. Au Cameroun, on peut donc intéresser les sociétés qui, nous en sommes sûrs, aimeraient participer à l'aventure cinématographique, génératrice d'argent, de beaucoup d'argent. En France, il existe également un crédit d'impôt ; et un producteur peut ainsi obtenir 20% de réduction d'impôt sur les sociétés.

Les avantages fiscaux se déploient également en faveur du mécénat. Cependant, ces financements publics ne sont pas très importants, environ 10% du total. L'élément décisif, c'est la télévision.

3% du chiffre d'affaires sont versés à la production des films par la télévision. Et ces apports de la télévision au cinéma sont régulés par l'État. Les télévisions contribuent ainsi au fonds de soutien. Elles doivent, en plus, respecter les quotas de diffusion (qui n'existent pas dans les salles de cinéma en France ; qui existent dans les salles de cinéma au Cameroun, mais qui ne sont pas respectés), et qui sont de 60% de films européens, dont 40% de films d'expression française. Ceci oblige les chaînes de télé à acheter au-delà des 3%. Tout cet argent est redistribué à toute la filière du cinéma. Cette politique de soutien à la cinématographie française épouse des enjeux spécifiques. Elle aide les films arts et essais, les festivals, le cinéma scolaire, etc.

Si cet exemple français du soutien au cinéma n'est pas transposable au Cameroun sur toute la ligne, il demeure, néanmoins, on ne peut plus suggestif. Nous en voulons pour référence le cas du lycée d'Apt où, pour le festival des cinémas d'Afrique, au lieu des cours, tous les lycéens vont au cinéma pendant un jour et demi. Ce qui peut susciter en eux des vocations, ou, à tout le moins, cultiver la cinéphilie. Pourquoi n'organiserait-on donc pas au Cameroun une journée de projections cinématographiques par semaine dans toutes les écoles primaires et secondaires du pays?

Autre cas, celui de la télévision, qui a une importance décisive dans le soutien au cinéma. La production cinématographique n'offrant pas de garantie quant au chiffre d'affaires, on peut s'en inspirer pour amener les chaînes de télévision du Cameroun à ne pas acheter que des programmes étrangers, et à commander et payer des films locaux.

Concernant le piratage qui constitue un véritable frein à l'épanouissement de l'industrie cinématographique, l'exemple des services de policiers et de gendarmes retraités, et recrutés pour enquêter sur ce fléau, avant que la justice prenne le relais pour châtier les coupables avec rigueur, est édifiant. Ce faisant, la diffusion des œuvres pourrait s'en trouver facilitée. Mais, pour quels marchés ?

Dans les années 90, lorsque les Africains faisaient des films, ils étaient conditionnés par le fait qu'ils sortiraient en Europe, alors même qu'il existait des salles en Afrique. Aujourd'hui, les films africains sortent discrètement en Europe. Personne n'en parle. En Afrique, les salles ont fermé, pour diverses raisons. Alors, le cinéma camerounais, pour quel marché ? De façon empirique, nous dirions : pour les écoles, les universités, avant que ce soit pour les autres. Pourquoi ceux-là d'abord ? Parce qu'il y a des attentes, soit au niveau thématique, soit au niveau de la technique. Plus question de faire des films calqués sur ceux venus d'ailleurs, sous le fallacieux prétexte qu'ils avaient marché là-bas. Il faut que les Camerounais travaillent pour le Cameroun, cinématographiquement parlant, tout au moins. Parce que les Camerounais veulent voir des images camerounaises. Ce n'est qu'ainsi qu'il marchera ailleurs. Exemple, Le silence de la forêt qui fait salle comble à Lagos, alors que le prix du billet d'entrée est l'équivalent de 8.500Fcfa. Pendant longtemps, les Camerounais ont été les seuls dont le cinéma a voulu conquérir d'autres territoires, sans avoir conquis son propre territoire. Que faut-il donc faire ?

La technologie évoluant, il faut en tenir compte. Il existe aujourd'hui des vidéos projecteurs puissants, avec un bon son stéréo : il faut révolutionner les choses. En lieu et place de gigantesques salles de cinéma (1500 places comme l'Abbia de Yaoundé), il faut construire de petites, dans les quartiers de nos grandes villes. Les quartiers parce qu'il faut ramener le cinéma vers les populations. Ce d'autant qu'actuellement, au Cameroun, on a un ou deux films vidéos toutes les deux ou trois semaines.

Les chaînes de télévision ont commencé à acheter des films. Il faut une loi, pour que chaque film camerounais passe un certain nombre de fois à la télé et dans les salles. Le DVD, à 5000Fcfa, coûte encore cher. On devrait passer au VCD et vendre l'unité à 1000Fcfa. Il faudrait également passer aux micro-exploitations, avec des salles de quartiers de 100 à 200 places. Mais, se posera le problème de la formation des gestionnaires desdites salles, eu égard au fait que la seule salle encore fonctionnelle à Yaoundé est gérée par un comptable (*), qui a également étudié le droit. Ces petites salles devraient être équipées d'un matériel vidéo de qualité.

Internet ouvre aussi des possibilités de diffusion de films. On peut, pour cela, s'inspirer de l'exemple de l'Afrique du Sud.

Les festivals doivent se professionnaliser, pendant que les grandes salles de cinéma doivent devenir des salles de référence. Comment arriver à organiser tout ceci, si l'on n'est pas formé ?

Jugée stratégique et prioritaire dans la convention sur la diversité culturelle, la formation est, basiquement, sinon la solution à tous ces problèmes, du moins constitue un début déterminant. Le Centre de formation professionnelle de l'audiovisuel de la CRTV offre des possibilités infrastructurelles certaines. Spécialisé dans la formation des cadres de la télévision, il gagnerait cependant à greffer dans ses programmes (ou alors à étendre son offre), une unité ou un département de formation aux métiers du cinéma en tant que art. Ce d'autant que malgré les coûts élevés de la formation, il offre des formations à la carte allant de une heure (à 2500Fcfa) à six mois (à 500.000Fcfa). De plus, il recycle aux nouvelles technologies de l'information et de la communication. Il offre des formations initiales et des formations permanentes. Cependant, ce Centre ne pourrait-il pas pâtir de son absence d'autonomie vis-à-vis de sa maison mère, la CRTV ? Néanmoins, il est disposé, nous le présumons, à continuer à répondre à l'offre qualitative et quantitative du personnel audiovisuel, et pourquoi pas, cinématographique. La formation et la professionnalisation du secteur cinéma constitueraient une première réponse, nous l'avons déjà dit, à l'émergence des images camerounaises. A une condition tout de même : savoir les vendre aussi à l'extérieur.

En s'appuyant sur le cadre légal, qui existe, il faut, pour ce faire, s'entourer de professionnels de la communication et du marketing. Il faut tenir compte de tous les publics, certains sont des professionnels du cinéma et sont portés vers un cinéma élitiste ; d'autres sont simplement des cinéphiles, qui trouvent leur compte dans le cinéma populaire. Ces (deux) publics existent au Cameroun. Et s'ils existent, cela signifie-t-il que le marché, par ricochet, existe, lui aussi ? Celui-ci ne peut exister que s'il y a une rencontre entre l'offre et la demande. Ce n'est qu'ainsi qu'on peut vivre de son métier, et que tous les métiers du cinéma peuvent vivre de cet art.

Nous vous remercions de votre attention !

Jean-Marie MOLLO OLINGA
Journaliste, Critique de cinéma

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