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rédacteur
Jacques Bessala Manga
publié le
25/01/2010
Ľ films, artistes, structures ou √©v√©nements li√©s √† cet entretien
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Jacques Bessala Manga


√Čcrans noirs 2009


Bassek Ba Kobhio (Yaoundé, Ecrans Noirs 2009)


"Waramutseho !" (Bonjour !), d'Auguste Bernard Kouemo Yanghu


Bernard Auguste Kouemo Yanghu

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Entretien avec Bassek ba Kobhio : "Les financements privés locaux sont intermittents"
Le promoteur du festival √Čcrans noirs fait le bilan de la 13√®me √©dition, notamment des difficult√©s √† financer un √©v√©nement de cette envergure.

Il se dégage une impression d'engourdissement du festival. Que répondez-vous à cette image répandue dans l'opinion publique ?
Je ne suis pas aussi tranch√© que tous ceux qui pensent qu'il y a un engourdissement du festival. Il est ind√©niable que les premiers jours ont √©t√© difficiles. C'est l'argent qui faisait d√©faut. Quand la caisse n'est pas fournie, il y a des manques que l'on ressent forc√©ment. Le premier franc qui nous est parvenu d'un partenaire est arriv√© jeudi, c'est-√†-dire deux jours avant la fin du festival. Entre-temps, nous avons donc fonctionn√© soit avec des r√©serves, soit avec des fonds propres, parfois avec des emprunts. Pour payer les billets d'avions, les r√©servations d'h√ītel, le transport local, obtenir des salles, et toutes les autres nombreuses sollicitations qui nous interpellent dans l'organisation, il fallait d√©lier les cordons de la bourse. Mais nous n'avions pas cet argent. N√©anmoins, nous avons tout fait pour qu'on ne le ressente pas.
Ma principale tristesse a été le village du festival. Quand vous avez eu pendant dix ans un partenaire qui s'occupait de l'animation du village, je veux parler des Brasseries du Cameroun, et que c'est huit jours avant l'ouverture du festival que vous constatez qu'ils ne seront pas là, il y a de quoi être désemparé. Car les délais ne permettaient plus de réfléchir à une éventuelle solution de rechange. Mais seule la trésorerie n'explique pas tout. Mais elle a certes contribué à complexifier nos difficultés. Je voudrai quand même préciser que nous avons eu tous les financements que nous avons sollicités, mais les décaissements n'ont pas été effectués dans les délais qui auraient pu nous permettre de gérer les difficultés du début.

Est-ce qu'il ne faut pas repenser le mode de financement du festival, en s'appuyant sur le partenariat local, en s'affranchissant progressivement de la coopération internationale ?
Depuis deux √©ditions maintenant, le financement local a pris le dessus sur celui de la coop√©ration. Rien que les pouvoirs publics contribuent √† hauteur de 40% du budget du festival. Lorsqu'on y ajoute les sponsors priv√©s, nous sommes environ √† de 60%, voire plus, du budget du festival. Mais, il faut savoir qu'en dehors de l'√Čtat, qui est constant dans son soutien financier, les financements des partenaires priv√©s locaux sont intermittents. Ils peuvent √™tre l√† cette ann√©e, pour dispara√ģtre l'ann√©e suivante. Le jour o√Ļ ils d√©cident de partir, ils ne vous le disent pas toujours. On ne peut, dans cette logique, baser le financement d'un festival comme √Čcrans noirs sur le local uniquement, car il est al√©atoire. C'est une conjonction de facteurs, ind√©chiffrables a priori, qui am√®nent un partenaire √† quitter le pool. C'est vrai qu'il faut repenser le financement du festival, mais l'organisation toute enti√®re doit √™tre repens√©e.
Vous avez évoqué dans un de vos articles la mise en place d'un conseil d'administration, c'est une première étape de cette restructuration que nous avons amorcée. Vous remarquerez qu'il y a des personnalités au sein du conseil d'administration qui ne sont pas des pantins. Elles feront certainement des contributions pertinentes pour insuffler le nouvel esprit que nous souhaitons pour le festival dans le futur.

Concrètement, que faut-il faire ?
Je pense √† des personnalit√©s qui ont des int√©r√™ts dans des entreprises ou dans des banques, qui pourraient pr√©financer ou nous faire acc√©der √† certaines facilit√©s. C'est un ensemble de petites choses diverses et autrement n√©cessaires √† la bonne organisation d'un √©v√©nement comme le n√ītre. Je vous prends un exemple. Nous avons un de nos pics de d√©penses, le transport local. Cette ann√©e par exemple, le minist√®re des Relations ext√©rieures nous a offert un car de tr√®s bonne facture qui nous a √©norm√©ment soulag√©s. Imaginez que tous les v√©hicules que nous utilisons soient des dotations d'administrations ou d'autres partenaires priv√©s, √† l'instar des concessionnaires automobiles. Voil√† un financement indirect tr√®s fort. C'est vers des actions comme celles-l√† que nous allons tendre de plus en plus.

De quel poids a pesé l'absence de salles de projection dans le festival ?
Personnellement, je ne crois pas que l'absence des salles ait eu un impact dans ce qui est consid√©r√© comme un engourdissement du festival. Je ne suis pas s√Ľr que le fait de n'√™tre pas all√© au cin√©ma Abbia, pour parler de ce qui fut la derni√®re salle de cin√©ma √† Yaound√©, ait pes√© d'un poids particulier dans la popularit√© du festival. Les gens n'allaient plus au cin√©ma Abbia pour d'autres raisons qu'il n'est pas opportun d'√©voquer ici. L'absence du public n'est pas tributaire de la fermeture des salles. Par contre, en termes d'image et de symbolisme, il y a un probl√®me. C'est celui de faire √©merger un festival dans un pays o√Ļ il n'y a pas de salles de cin√©ma. C'est la r√©flexion qu'il faut mener. Nous avons tent√© d'exploiter des salles qui sont partiellement ou enti√®rement consacr√©es au cin√©ma. L'exp√©rience de la salle de la Caisse nationale de pr√©voyance sociale a √©t√© tr√®s concluante. Nous envisageons, de mani√®re plus agressive √† exploiter cette salle qui regorge un gros potentiel.

Quelles orientations pour que les désagréments que l'organisation a connues ne resurgissent pas lors de prochaines échéances ?
M√™me nos partenaires sont d√©sormais convaincus qu'il ne faut pas attendre l'extr√™me limite pour initier certaines choses. Nous allons d√©sormais commencer plus t√īt, et les pousser √† signer tous les protocoles dans des d√©lais qui permettent d'avoir les paiements avant le d√©but du festival. Mieux que cela, nous sommes sur une dynamique qui permettra d'avoir plus de souplesse dans la tr√©sorerie, avec les activit√©s dans lesquelles nous sommes engag√©s dans les prochains jours. La tradition des grands festivals dans le monde est de disposer de son budget une ann√©e √† l'avance. Nous voulons arriver √† ce stade. Mais pour y parvenir d'ici deux ans, il faut sacrifier certains de nos postes de d√©penses et s'en tenir √† l'essentiel. Pour les activit√©s de formation par exemple, si on ne dispose pas du budget, on ne peut pas les lancer. Nous avons eu une exp√©rience tr√®s int√©ressante il y a deux ans avec l'Unesco. Nous voulons la reconduire et inviter d'autres institutions √† nous rejoindre dans ce genre de partenariat.
La formation est l'un des points forts des √Čcrans noirs. Quand vous avez un jeune comme Bernard Kou√©mo, qui remporte un Poulain de bronze √† Ouaga, qui remporte un √Čcran d'Or dans la cat√©gorie court m√©trage ici, et qui reconna√ģt qu'il a commenc√© √† faire du cin√©ma aux √Čcrans noirs, j'en √©prouve un plaisir immense. Et c'est ce genre de reconnaissance qui nous encourage et nous pousse √† continuer.

Les jurys ont exprim√© la volont√© de trier avant de programmer certains films, camerounais en l'occurrence. Comment parvenir √† s√©lectionner des Ňďuvres √©labor√©es pour la comp√©tition ?
La plupart des films qui √©taient en comp√©tition ont √©t√© s√©lectionn√©s au Fespaco. Quand vous regardez un long m√©trage comme Trafic d'enfants, que je ne trouve pas particuli√®rement mauvais, mais dont le r√©alisateur est √† sa quatri√®me r√©alisation, il ne peut plus √™tre programm√© dans la cat√©gorie "Premi√®re Ňďuvre". Mais le programmer en comp√©tition officielle, c'est lui donner aussi une chance de mesurer le travail qui lui reste √† faire. Pour les courts m√©trages, il y a tellement de jeunes qui veulent exprimer quelque chose. Ne pas les s√©lectionner, c'est proprement les d√©moraliser. Ils m√©ritent que nous les soutenions.

Entretien mené par Jacques Bessala Manga
Juin 2009

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