actuellement 18087 films recensés, 3138 textes recherche | » english  
films réalisateurs acteurs producteurs distributeurs festivals agenda pays espace personnel  
  critiques»
  dossiers»
  analyses»
  entretiens»
  comptes rendus de festivals»
  reportages»
  documents»
  ateliers»
  Zooms»
  rédacteurs»
  écrans d'afrique»
  Asaru»
  lettre d'info
  inscription»
  desinscription»
  archives »
  liens»
  dépêches »
  nouvelles de
la fédération»
  la fédération»
  contacts»
  partenaires»
  accueil»




 
    
rédacteur
Mahmoud Jemni
publié le
02/02/2010
films, artistes, structures ou événements liés à cette critique
les commentaires liés à cette critique

Mahmoud Jemni




Aziz Salmy


Amours voilées


Amours voilées


Amours voilées


Hayat Belhalloufi dans Amours voilées


Sâadia Ladib et Younès Megri dans Amours voilées


Aziz Salmy


Aziz Salmy

retour
 
Amours voilées, de Aziz Salmy
Le voile qui dévoile

Dès le début du film, un cadre socio-culutrel se trace à travers une scène qui porte à l'écran une bande de dames, fougueuses et pleines de vie. Tout laisse à croire qu'elles appartiennent à une classe aisée. Les tenues vestimentaires au diapason de la mode en vigueur, la quasi-totalité des décors et des lieux confirment cette assertion. Mais un bout d'habit fait fausse note. Il s'agit du voile porté, uniquement, par l'une des principales protagonistes : Batoul.

Cette dernière du haut de ses vingt-huit printemps a tous les atouts : la beauté, la culture et l'opulence. Pédiatre de carrière, elle en est arrivée en intériorisant des modèles dont l'amour de la lecture, la droiture et le travail. Cette fille, d'emblée n'est pas en manque ni d'éthique ni de déontologie. Outre son signe ostentatoire, on la voit s'acquitter de ses devoirs religieux, lire le Coran et entreprendre moult actes dignes d'une pieuse personne. Tout concorde pour juger "un comportement idéal" et lui octroyer le meilleur discernement.

Toutefois, une "déviation" s'installe avec l'intrusion de Hamza dans sa vie. C'est un homme raffiné, attentionné et charmant. Son côté play-boy l'a bien intriguée. Désormais, il est l'homme de sa vie. Elle s'est donnée à lui sans hésitation, sachant qu'elle transgresse tous les principes qu'elle a revendiqués auparavant.
La transgression des valeurs sociales incombe, entre autres, aux hâbleries de ses quatre copines. Ces dernières ne cessent de la taxer de pure et vierge dans l'espoir de la pousser à vivre, comme elles, des aventures sexuelles afin d'assouvir sa libido. Une carence psychoaffective pourrait, éventuellement, expliquer cette "sécession" : à la disparition de son père quand elle avait seize ans s'ajoute le décès du garçon à qui elle vouait un amour sincère.
Étant son aînée de vingt ans, le surgissement de Hamza ne fait qu'amplifier un phénomène d'identification et attiser des souvenirs péniblement enfouis. Ce nouvel homme représente surtout le père disparu et l'amour perdu très tôt. La voilà, maintenant, Batoul la schizophrène, trouvant toujours un équilibre entre ses devoirs moraux, religieux et ses désirs sexuels. Prise dans le tourbillon de l'amour, Batoul n'a pas pu freiner le tourbillon de l'aventure avec Hamza, malgré l'ultimatum adressé à ce dernier pour qu'ils régularisent leur situation avant le Saint mois de Ramadan. Au contraire, c'est elle qui veille, coûte que coûte, à profiter de sa rencontre avec l'homme de sa vie dans une villa cossue. Le tabou et/ou le péché a une autre définition pour Batoul. Elle n'est pas forcément celle de la société ni celle de ses copines. Cette distinction par rapport au commun se fait valoir quand la jeune pédiatre repousse le conseil d'une de ses amies. Outre Hamza, il y a Anas qui n'a d'yeux que pour elle.

Aziz Salmy, par le biais de l'attitude de la protagoniste principale, a le mérite de dénoncer l'hypocrisie de nos sociétés arabo-musulmanes qui se prétendent puritaines et chastes. Ces sociétés n'ont jamais pris en considération que les êtres humains, hommes ou femmes, ont leurs désirs, leurs fantasmes, leur érotisme et leur humanité. Les femmes, même voilées, ne dérogent pas à cette règle. Leurs habits distinctifs n'enlèvent ou n'ajoutent rien à ce qui fait leur appartenance à l'humanité. Elles ne sont pas des machines dépourvues de sensation. Il leur arrive, comme tout être, d'avoir du faible et un penchant vers quelqu'un, d'aimer et de se sentir aimé. Toute la vie repose sur ce noble échange de sentiments, en conséquence, de reconnaissance et de considération.

Le réalisateur a déploré, aussi, l'attitude de l'homme macho et sournois qui ne considère pas la femme comme une partenaire à part égale mais comme élément de désir qu'on abandonne dès que le besoin vient d'être satisfait. Les filles n'endossent pas toutes seules la responsabilité du port du voile.
L'homme, qu'il soit père ou partenaire, est le premier responsable. Le premier, parce qu'il se fige derrière une sacro-sainte éducation et une interprétation sur mesure de la Charia. Le second, parce qu'il croit qu'une fille voilée est beaucoup plus protégée. Il oublie très vite ses propres sorties avec des filles non voilées. Dès qu'il pense à l'institution du mariage il devient amnésique. On a qu'à désapprouver l'encouragement de certaines filles à se plier aux représentations voire aux caprices et l'égoïsme de l'homme.

Le réalisateur d'Amours voilées a subtilement traité d'un phénomène de société laissant au spectateur la possibilité de lire en filigrane. Le voile, ce morceau de tissu, de par sa profonde symbolique, nous a fait l'économie, de voir sur l'écran tous les symboles d'une idéologie obscurantiste. Ni barbus, ni toute autre représentation les distinguant. Comme si le voile, et c'est certain, n'est l'affaire que d'une frange de la société. Il est l'affaire de tous.
Il est temps que les amours voilées soient dites et reconnues en plein jour. Qu'elles soient dévoilées pour chacun, les femmes en premier lieu, retrouvent la liberté. Que le voile soit dévoilé à l'échelle individuelle et collective ! Voilà le message central que veut nous passer Aziz Salmy à travers son premier long métrage, avec des rôles campés par de superbes comédiens. Les jeux sont pertinents, ils ont été haussés par une belle image, une bande son irréprochable et montage traduisant à la perfection le rythme du film. Merci de nous avoir donné, hommes et femmes, la possibilité de nous dénuder intellectuellement et nous regarder dans un grand et joli miroir ! À bon regardeur...

Mahmoud JEMNI

haut de page


   liens films

Amours voilées (Hijab el hob) 2007
Aziz Salmy


   liens artistes

Badri Mansour


Belhalloufi Hayet


Ladib Saâdia


Megri Younès


Salmy Aziz


   vnements

13/12/2008 > 20/12/2008
festival |Maroc |
Festival National du Film de Tanger 2008
10ème édition

18/07/2009 > 25/07/2009
festival |Maroc |
Festival du cinéma Africain de Khouribga (FCAK) 2009
12ème édition

06/10/2009 > 18/10/2009
festival |France |
Festival du film Arabe de Fameck 2009
20ème édition

07/11/2009 > 15/11/2009
festival |Italie |
Medfilm festival 2009
La 15ème édition du MedFilm Festival aura lieu à Rome du 7 au 15 novembre, avec pour invités d'honneur le Maroc et la France.

19/03/2010 > 28/03/2010
festival |Suisse |
Festival International du Film Oriental de Genève (FIFOG) 2010
5ème édition

08/04/2010 > 11/04/2010
festival |France |
Panorama des Cinémas du Maghreb 2010
5ème édition + deux Journées d'études. Le Panorama des Cinémas du Maghreb a pour vocation de devenir une des plus importantes vitrines françaises des cinémas venant du Maghreb.

04/05/2010 > 09/05/2010
festival |France |
Fenêtres sur le cinéma du Sud 2010
10ème édition - Regards sur le cinéma du sud. En présence de Hala Alabdalla, Najwa Najjar (sous réserve), Ibrahim Letaïef, Raja Amari, Abdelkader Lagtaâ, Aziz Salmy, Malek Bensmail et Tewfik Farès.

04/05/2010 > 09/05/2010
projection |France |
Fenêtres sur le cinéma du Sud
Pour cette 10ème édition, Regard Sud et l'Institut Lumière proposent un panorama des cinématographies arabes, et permettent de découvrir un cinéma peu visible sur les chaînes de télévision ou en salles.

05/11/2010 > 16/11/2010
festival |France |
Le Maghreb des Films 2010
3e édition

haut de page



   vos commentaires
vos commentaires sur cette critique :
   
 
  ajouter un commentaire
   

haut de page

 

 

 

 

?>