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rédacteur
Jean-Marie Mollo Olinga
publié le
19/11/2010
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Manu Dibango, le tempo d'Afrique, de Calixthe Beyala
Une star ramenée sur terre

Présenté en avant-première mondiale au festival Ecrans noirs de Yaoundé en mai 2010, "Manu Dibango, le tempo d'Afrique" de Calixthe Beyala en a aussi été le film d'ouverture.
√Ä qui appartient un film : au r√©alisateur, au producteur ou √† celui qui en a eu l'id√©e ? "Manu Dibango, le tempo d'Afrique" est "√©crit par Calixthe Beyala" (peut-on lire dans le g√©n√©rique), qui en revendique la paternit√©, mais est r√©alis√© par Pascal Vasselin et a pour producteur ex√©cutif Fr√©d√©ric Brunnquell. Connue comme romanci√®re, Calixthe Bayala fait ainsi une entr√©e pol√©mique dans le septi√®me art, car "son" film vient remettre en cause les principes m√™mes de propri√©t√© d'une Ňďuvre cin√©matographique.

Le film s'ouvre sur le célèbre saxophoniste, assis face à la mer, comme pour porter le spectateur vers cette immensité infinie domptée par l'Homme, à l'image de cette femme portant son bébé, et dont la pirogue vogue tranquillement vers le rivage. Manifestement, Manu Dibango est un enfant de l'eau, pose dès la séquence d'exposition le réalisateur. Puis, avec sa musique en fond sonore, ces propos : "Beaucoup de gens pensent et disent que je suis l'un des pères de la world music parce que je ne conçois pas la musique comme des cloisons… Je ne suis pas pur, je suis un mélange", dira de lui-même, peu après, Manu Dibango.

D√®s lors, et pendant 52 minutes, le spectateur sera immerg√© dans un film documentaire direct d'inspiration russe, o√Ļ la cam√©ra de Pascal Vasselin va suivre et √©couter Manu Dibango raconter sa propre histoire. Une histoire qui part de Douala, au Cameroun, √† l'√Ęge de 15 ans, jusqu'√† 76 ans, et qui est meubl√©e par son arriv√©e et son accueil en France, ses √©tudes inachev√©es, son entr√©e en musique, son mariage, son s√©jour dans sa ville natale, parmi les siens, etc. Ne dit-on pas que ce que la mer apporte en montant, elle le remporte en descendant ? Force est de relever ici que le r√©alisateur occulte sa pr√©sence (il n'y a pas d'interview dans le film), et permet une libre expression √† son protagoniste ; ce qui aurait pu avoir la distinction de ne pas ravaler son film au simple rang de reportage, s'il s'y √©tait impliqu√©, pour laisser parler sa sensibilit√©, pour donner son point de vue.
Malheureusement, la cam√©ra du film de Calixthe Beyala n'a influ√© ni sur le personnage, ni sur l'histoire qu'elle a film√©s. D'o√Ļ l'absence de force dans son id√©e, dans sa volont√© de raconter "son" histoire de Manu Dibango. Cons√©quence, le saxophoniste nous est apparu tel qu'on l'a toujours connu, tel qu'on en a toujours entendu parler. Avec, d'ailleurs, en moins, certains faits marquants de sa biographie, tels que son premier concert √† l'Olympia, o√Ļ la majorit√© des spectateurs s'√©tait pr√©sent√©e dans la salle cr√Ęne ras√©, √† l'image du musicien ; ou encore son livre "Trente-trois kilos de caf√©", ou m√™me le concert de ses 50 ans de carri√®re √† Yaound√©, en 2007, entre autres.
Une minceur de la documentation que l'auteur de cette histoire aurait pu rattraper avec de nombreuses images d'archives qui, toutes, malheureusement, ne viennent pas lui conf√©rer le privil√®ge d'√™tre "l'unique personne √† pouvoir la raconter, la seule √† √™tre le "passeur" de cette r√©alit√©, la seule √† toucher les autres avec cette histoire particuli√®re", pour parler comme Richard Copans, le fondateur du collectif Cin√©luttes. C'est ainsi qu'aux images efficaces du jeune Manu, visiblement heureux aux c√īt√©s de Memphis Slim ou de Duke Ellington (ses "h√©ros, on voulait leur ressembler, on voulait ressembler aux Noirs Am√©ricains", reconna√ģt-il), viennent s'incruster celles, sujettes √† caution, de la ville de Douala en 1939, des ind√©pendances africaines, par exemple.
Et avec ces nombreuses images d'archives, "Manu Dibango, le tempo d'Afrique" prend tr√®s rapidement les allures d‚Äėun docu-fiction, un sous-genre cin√©matographique dont les √©l√©ments sont parfois utilis√©s par des cin√©astes, par facilit√© √©conomique ou pour masquer des d√©fauts de cadrage. Et dans ce film de Beyala, les plans, par exemple lorsque l'artiste est film√© dans un v√©hicule en circulation, ou lorsque son visage, de profil, est √† peine perceptible √† l'√©cran (on ne voit que ses l√®vres et ses lunettes), ne sont pas toujours mis en place avec bonheur. La notion des deux tiers n'√©tant pas souvent respect√©e.

Au final, Calixthe Beyala et Pascal Vasselin nous ont servi un film sans relief, sans originalité, qui, non seulement trahit leur précipitation dans la recherche documentaire, mais en plus, ne met nullement en avant leurs propres préoccupations dramatiques ou esthétiques. Lorsque, par exemple, Manu Dibango évoque ses parents qui deviennent de plus en plus petit sur le port au fur et à mesure que son bateau s'éloigne, le film nous présente, en gros plan, un bateau statique, alors que les propos du musicien auraient pu être efficacement "habillés". Parce que ce film ne nous renseigne guère quant à l'éclairage qu'il veut apporter sur ce personnage à la biographie excessivement embellie, ne raconte-t-il pas, en fin de compte, l'histoire de cette étoile de la musique camerounaise comme on raconterait celle du commun des artistes ? Néanmoins, l'un de ses plus grands mérites, sinon l'unique, est d'avoir, lui aussi, immortalisé l'un des plus grands musiciens du monde. Mais, ce n'est vraiment qu'un film de plus.

Jean-Marie MOLLO OLINGA, Cameroun

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29/05/2010 > 05/06/2010
festival |Cameroun |
Ecrans Noirs 2010
14 édition. Thème : Cinéma et littérature.

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