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rédacteur
Michel Amarger
publié le
02/02/2011
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Michel Amarger


Sarah Bouyain, réalisatrice du film


Sarah Bouyain avec les comédiennes de "Notre étrangère" : Nadine Kambou Yéri (t-shirt blanc) Dorylia Calmel (haut en pagne) qui interprète Amy et Blandine Yaméogo, assise, en pagne vert.


Sarah Bouyain et sa grand-mère. Photo extraite du film "Les enfants du Blanc".


"Métisse façon", de Sarah Bouyain, éditions la chambre d'échos, 2003.

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Notre étrangère
Couleurs, douleurs et lueurs familiales
LM Fiction de Sarah Bouyain, France / Burkina Faso, 2010
Sortie France : 2 février 2011

Le premier long-m√©trage de fiction de Sarah Bouyain a le ton grave des douleurs, et l'√©clat des sentiments enfouis. Il entrouvre pudiquement les portes sur les fractures qui marquent les femmes. Les destins de trois d'entre-elles se cognent sans qu'elles en aient toujours conscience. Mariam, une Africaine solitaire, se replie sur son travail de nettoyage pour une soci√©t√© de banlieue parisienne. Amy, une jeune m√©tisse de Paris, est tendue dans la qu√™te de sa m√®re africaine disparue. Acita, la tante burkinab√© d'Amy, conna√ģt le pass√© qu'on cherche √† oublier. Mais Amy, partie au Burkina, ne parle pas le dioula et ne peut communiquer avec Acita qu'avec l'aide s√©lective de Awa, une servante adopt√©e.

Pendant que Mariam s'use dans sa vie de banlieue, juste √©clair√©e par les cours de dioula qu'elle donne √† Esther, une Fran√ßaise de l'entreprise o√Ļ elle est employ√©e, Amy se heurte √† l'oubli, √† la nuit, √† la langue qu'elle ne parle pas. Acita cherche √† la r√©cup√©rer comme la fille qu'elle n'a pas eue. Amy s'obstine dans la recherche d'une m√®re √©vapor√©e. Les espaces s√©parent, les continents sont des fronti√®res, le temps creuse les douleurs. Amy tente de concilier les images de son p√®re, un Blanc ancr√© en France, d√©c√©d√© l'ann√©e d'avant, et les contours sombres de cette m√®re africaine qu'elle a c√ītoy√©e dans les premiers moments d'enfance. Peu √† peu les rapports se pr√©cisent, entre les raccords parfois abrupts et les ellipses o√Ļ l'imaginaire peut s'activer.

Notre √©trang√®re vibre sans fracas de ces identit√©s d√©li√©es, diffuses que la jeune h√©ro√Įne essaie de d√©tourer pour mieux les vivre. Les g√©n√©rations s'affrontent, les cultures se heurtent, les vies d√©filent. Amy veut prendre la sienne en main en reconnaissant ses origines. Mariam laisse glisser son existence dans l'ordinaire des jours et le manque de l'enfant arrach√©. Le montage accentue les ruptures, les cadres fixent les mouvements. L'intensit√© des actrices est sur le fil. Dorylia Calmel, impitoyable dans Les Saignantes de Jean-Pierre Bekolo, s'avance en m√©tisse nerveuse. Assita Ou√©draogo, battante dans La promesse des fr√®res Dardenne, int√©riorise les sentiments expatri√©s. Blandine Yam√©ogo, en d√©raison dans Delwend√© de Pierre Yam√©ogo, nuance les failles.

Autour de ces femmes en crise, Nathalie Richard et Djénéba Koné évoluent en éclipsant les quelques hommes qui parsèment l'histoire. Car Notre étrangère est d'abord une affaire de femmes.
Femme écartelée, Sarah Bouyain, née en France d'un père burkinabè, a creusé ses racines métisses dans un documentaire sur sa grand-mère, Les enfants du Blanc, 2000, et un recueil de nouvelles, Métisse façon, 2003. En tournant une fiction dans la banlieue parisienne et à Bobo-Dioulasso, elle raccorde les espaces dans une même expression. Les techniciens du Burkina Faso qui coproduit, épaulent le film. La musique de Sylvain Chauveau appuie son propos.
Notre √©trang√®re questionne ainsi d√©licatement la filiation qui se tisse entre les femmes, entre les couleurs m√©lang√©es. Sarah Bouyain sugg√®re qu'on peut ouvrir son cŇďur au monde quand il est apais√©.

vu par Michel AMARGER
Journaliste critique RFI / Africiné

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   liens films

Notre étrangère (The Place in Between) 2010
Sarah Bouyain


   liens artistes

Bekolo Obama Jean-Pierre


Bouyain Sarah


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Ouédraogo Assita


Salbot Sophie


Yaméogo Blandine


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