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rédacteur
Thierno Ibrahima Dia
publié le
15/05/2015
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Classics / Marché du film : Cannes accueille Sembène et l'Afrique
Outre les sélections officielles et parallèles, l'Afrique est bien présente à Cannes Classics, au Marché du film (dont 8 films sud-africains et un film sur le Dr Mukwege) et dans les ateliers.

Il est de tradition, √† l'annonce des s√©lections du festival de Cannes, de scruter la place, sinon la trace, de l'Afrique dans ce rendez-vous prestigieux de la C√īte d'Azur. La critique africaine guette avec soin la pr√©sence (ou non) des cin√©astes africains. Ce serait une erreur d'appr√©ciation de prendre pour des j√©r√©miades, des plaintes, cette attention qui confine √† la dissection. D'abord, ce travail d'analyse est utile pour tous les professionnels qui se d√©placent, afin de rep√©rer dans la s√©lection (officielle, parall√®le, atelier) les films africains et de ses diasporas.

 

C'est à Cannes que Charles Cohen - le plus gros distributeur de films français aux Etats-Unis, précise Guillemette Odicino (Télérama, le 04 avril 2015) -  a vu et acheté Timbuktu. Ce"film important pour l'humanité", d'après le professionnel américain (et une bonne partie des critiques de cinéma), l'a fait pleurer. Il a excédé le million de dollars en recettes, outre-Atlantique, depuis sa sortie le 28 janvier. Il est indéniable que la manifestation cannoise représente une exposition médiatique et professionnelle sans nulle autre pareille.

 

Plusieurs états africains apportent leur soutien au cinéma. Maroc, Afrique du Sud, Algérie, Tunisie donnent d'importants concours financiers. Récemment le Sénégal a donné 900 millions Cfa, soit plus que le budget alloué par le Fonds Image de l'OIF, même s'il reste à constituer une vraie politique publique dans ce pays. Le Tchad taxe les revenus des télécommunications, l'impact n'est pas encore mesurable. Le Kenya a annoncé récemment une ambitieuse politique cinématographique qui se résume pour l'heure à un important soutien à la Fédération panafricaine des cinéastes (1 million de dollars chaque 12 mois, pendant 4 ans, pour la FEPACI) et un encouragement à l'endroit des producteurs américains afin qu'ils viennent tourner au pays de Jomo Kenyatta. Aucune mesure importante ne nous est parvenue concernant les cinéastes kényans.

Il existe une véritable lame de fond et une conséquente production sur le continent. Le Maroc est le chef de file avec 25 longs métrages par an, au moins le triple pour le court. L'Afrique du Sud aussi produit une quinzaine de films, du thriller policier à la comédie, en passant par l'animation en 3D (excusez du peu). Il faut croire que l'Egypte serait même en tête, cependant l'accès à l'information (comme pour le reste des Africains) est difficile. Même le Nigeria (la production nollywoodienne) ne juge pas utile de communiquer et exhibe des chiffres invérifiables (et souvent des "films" indigestes qui n'arrivent guère dans les grands festivals sinon comme objets de curiosité).
La lancinante polémique contre le Comité directeur des Journées Cinématographiques de Carthage estime que la production tunisienne n'est pas assez conséquente pour sauter le pas et offrir une édition annuelle (décision prise en 2014). Or la Tunisie organise un festival national (annuel depuis 4 ans) à l'instar du Maroc, et aux JCC 2014, plusieurs films tunisiens étaient sélectionnés en compétition outre une section dédiée.



Afrique : des professionnels qui ne communiquent pas



Ce qui fait le plus de tort aux cin√©mas africains c'est leur inaptitude √† communiquer : plusieurs films n'ont pas de site web, ni m√™me un blog (gratuit) ou une page facebook, inutile de parler d'avoir un attach√© de presse.¬†N√©anmoins, la critique africaine s'attache √† documenter plus que possible les films, festivals, professionnels et patrimoine, malgr√© toutes les difficult√©s (la culture √©tant la derni√®re roue de la charrette pour les quotidiens du continent et la f√©d√©ration panafricaine de la critique peinant √† se doter d'un bureau actif ainsi que d'un budget concret, Africultures jouant un r√īle salvateur).
Les sections parallèles ont aussi des "correspondants géographiques" (Olivier Barlet est chargé de l'Afrique, pour la Semaine de la Critique de Cannes) qui ne sont pas assez connus. Est-ce par superstition que les producteurs qui tournent en Afrique (parfois des Européens) ne communiquent pas ? Actuellement, le Malien Daouda Coulibaly (Tinyè So,...) tourne au Sénégal Ladji Nyè, son premier long métrage, produit par Eric Névé (La Pirogue réalisé par Moussa Touré,...), sans que la presse n'en soit informée... directement. Nombreux sont les autres exemples que nous pourrions multiplier. Communiquer sur le tournage, c'est aussi préparer la diffusion du film, donc sa visibilité auprès des sélectionneurs (comme Cannes).






Les (cinéphiles) Français aiment les cinéastes africains



Informer ne suffit pas, la preuve avec Merzak Allouache. Le cin√©aste alg√©rien a encha√ģn√© une belle s√©rie de films de tr√®s haute facture : Le Repenti, Les Terrasses (en salles en ce moment en France). Chouchou (2003, avec Gad Elmaleh, Alain Chabat, Roschdy Zem,...) avait fait presque 4 millions d'entr√©es en France (3 876 572 exactement, d'apr√®s jpbox-office.com : source des autres chiffres cit√©s infra). Son nouveau film n'a pas malheureusement √©t√© s√©lectionn√© par le festival de Cannes 2015 (selon Azzedine Mabrouki, grand r√©dacteur √† Africin√© / Images Francophones). Exit aussi Certifi√©e Halal r√©alis√© par Mahmoud Zemmouri, nous informe un communiqu√© de presse sign√© Marie-Laurence Attia, productrice et distributrice du film (signalant que le r√©seau UGC aurait d√©programm√© cette com√©die - avec Hafsia Herzi, Sma√Įn, Mourade Zeguendi, Nadia Kounda - au dernier moment, le film est en salles depuis le 13 mai). Au-del√† de la proposition cin√©matographique, un film alg√©rien en s√©lection aurait √©t√© un puissant clin d'oeil d'une France qui assume enfin une part peu glorieuse de son histoire (cette ann√©e marque les 70 ans du massacre de S√©tif, le 08 mai 1945, date du d√©but de la guerre d'ind√©pendance alg√©rienne).

C'est sous pavillon du Botswana (ce qui permettait de contourner l'embargo contre le régime d'Apartheid) que le Sud-Africain Jamie Uys a produit Les Dieux sont tombés sur la tête / The Gods Must Be Crazy (6 millions d'entrées en France, 1983). Cette comédie (raciste) a hélas eu une suite en 1989 ; malgré trois fois moins de tickets vendus, Les Dieux sont tombés sur la tête II (The Gods Must Be Crazy 2) a néanmoins réuni 2 millions de spectateurs.
C'est dire que Timbuktu n'est pas le premier film africain millionnaire en France (Indig√®nes de Rachid Bouchareb avait d√©pass√© les 3 millions d'entr√©es, il existe d'autres films que nous pourrions citer). Malgr√© ce que l'on peut lire ici ou l√† (dont sous notre signature, sur Images Francophones, en reprenant, sans rev√©rifier, une √©tude trop succincte parue sur InaGlobal qui pla√ßait, maladroitement, Youssef Chahine en t√™te des Africains au box-office hexagonal). Le film du Mauritanien Abderrahmane Sissako continue sa carri√®re en salles : il est diffus√© dans plusieurs villes dont √† Grenoble ou encore √† Bressuire ce vendredi 15 mai (en ouverture de son festival de films de jumelage - dirig√© par Jacques Rochard - merveilleusement soutenu par la Mairie) o√Ļ le cin√©aste n'a pu se rendre car retenu √† Cannes.



Abderrahmane Sissako à la Cinéfondation, une compétition et un atelier



Abderrahmane Sissako préside le jury de la Cinéfondation et des courts métrages. Il est entouré de quatre jurés majoritairement féminins : Joana Hadjithomas, Rebecca Zlotowski, Cécile de France et Daniel Olbrychski.

Neuf courts métrages sont en lice pour la Palme d'or et dix-huit films d'école concourent pour la Cinéfondation. L'Atelier du Festival 2015 réunit quinze projets de films dont deux africains : OUR MADNESS (de João Viana, Portugal/France, 90 min) et THE TREE du réalisateur Louw Venter (Afrique du Sud).
N√© en Angola, pendant la colonisation, le cin√©aste portugais (son film traite de la folie, comme parabole du Mozambique) dispose d√©j√† de ¬†460 000 ‚ā¨ (pour un budget pr√©visionnel de 1 580¬†000). Quant au Sud-Africain qui dispose d'un financement acquis de 402 500 ‚ā¨ sur 950 000 ‚ā¨, il filme Grace, une r√©fugi√©e zimbabw√©enne sans domicile, kidnapp√©e en Afrique du Sud.

 


 

Marché du film

 

Parmi les films africains ou sur l'Afrique, "L'homme qui répare les femmes" de Thierry Michel & Colette Braeckman, réalisé par Thierry Michel, diffusé le lundi 18/05, à 09h30. Prix Sakharov 2014, le Docteur Mukwege est internationalement connu comme l'homme qui répare ces milliers de femmes violées durant 20 ans de conflits à l'Est de la République Démocratique du Congo, un pays parmi les plus pauvres de la planète, mais au sous-sol extrêmement riche. Sa lutte incessante pour mettre fin à ces atrocités et dénoncer l'impunité dont jouissent les coupables dérange. Le film a reçu le soutien de l'OIF.

A souligner l'histoire d'un enfant de douze ans dans un monde en proie √† la guerre¬†: Adama, long m√©trage d'animation, r√©alis√© par Simon Rouby (France), avec les voix d'Azize Diabat√©, Oxmo Puccino, Pascal Nzonzi. Le film est en s√©lection officielle au Festival international du film d'animation d'Annecy o√Ļ il sera projet√© le 18 juin.

√Čgalement au march√© du film 8 films sud-africains dont Andani and the Mechanic de la r√©alisatrice Sara Blecher et le premier long m√©trage de Sibs Shongwe-La Mer, Necktie Youth.

 

Cannes Classics : Sembène !

 

La Noire de… (Black Girl) de Ousmane Sembène (1966, 1h05), a été restauré par The Film Foundation pour le World Cinema Project en collaboration avec le Sembène Estate, l'Institut national de l'audiovisuel, INA, les laboratoires Eclair et le Centre national du cinéma et de l'image animée, CNC. La restauration a été menée en Italie, à la Cinémathèque de Bologne (L'Immagine Ritrovata Laboratory).

Premier long métrage de Ousmane Sembène, La Noire de…explore consciencieusement la nature et les effets de la domination culturelle. La Noire de... raconte l'histoire d'une jeune Sénégalaise, Diouana, qu'un couple français basé à Dakar ramène avec eux à Antibes.

La projection du film sera précédé du documentaire portrait SEMBENE! de Samba Gadjigo et Jason Silverman (2015, 1h22), produit par Galle Ceddo Projects, Impact Partners, New Mexico Media Partners, SNE Partners, avec le soutien de l'OIF.

 

Thierno I. Dia

Images Francophones

 

 

Photo¬†: Le cin√©aste et √©crivain s√©n√©galais Ousmane SEMB√ąNE

Crédit : Galle Ceddo Projects

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   liens films

Ayanda 2015
Sara Blecher

Certifiée Halal 2015
Mahmoud Zemmouri

Homme qui répare les femmes - la colère d'Hippocrate (L') 2015
Thierry Michel

Repenti (Le) | El Taaib 2012
Merzak Allouache

Sembene! 2015
Samba Gadjigo, Jason Silverman

Terrasses (Les) | Es-Stouh - السطوح 2013
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W√Ļlu 2016
Daouda Coulibaly


   liens artistes

Allouache Merzak


Barlet Olivier


Chahine Youssef


MUKWEGE Dr Denis


Shongwe-La Mer Sibs


   ťvŤnements

13/05/2015 > 24/05/2015
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Festival de Cannes 2015
68e édition.

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Acsé
France | Saint-Denis Cedex

Organisation internationale de la francophonie (OIF)
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