actuellement 16532 films recensés, 2789 textes recherche | » english  
films réalisateurs acteurs producteurs distributeurs festivals agenda pays espace personnel  
  critiques»
  dossiers»
  analyses»
  entretiens»
  comptes rendus de festivals»
  reportages»
  documents»
  ateliers»
  Zooms»
  rédacteurs»
  écrans d'afrique»
  Asaru»
  lettre d'info
  inscription»
  desinscription»
  archives »
  liens»
  dépêches »
  nouvelles de
la fédération»
  la fédération»
  contacts»
  partenaires»
  accueil»




 
    
rédacteur
Luísa Fresta
publié le
08/06/2015
» films, artistes, structures ou événements liés à cette critique
» les commentaires liés à cette critique



Luísa Fresta (Africiné)


Cheick Fantamady Camara, réalisateur guinéen




Actrice Fatoumata Diawara dans Morbayassa


Fatoumata Diawara (Bella) danse la morbayassa


Koumba (Fatoumata Diawara) & Vanessa (Claire Simba, en rouge)


Teddy Atlani & Claire Simba


L'actrice malienne Fatoumata Diawara, dans Morbayassa

retour
 
MORBAYASSA, de Cheick Fantamady Camara
Une réflexion sur les liens familiaux

Pour son deuxième long-métrage de fiction, Cheick Fantamady Camara est entouré d'un noyau d'acteurs dont certains faisaient déjà partie de son premier film, Il va Pleuvoir sur Conakry. Alex Ogou joue le rôle d'un chargé de mission des Nations Unies, un personnage sobre et discret qu'il assume de façon fluide, sans ruptures. Fatoumata Diawara - la belle chanteuse et actrice, à l'aise dans les deux registres - démontre à nouveau sa sensualité et charisme dans ce rôle exigeant aussi bien au niveau physique que psychologique. Son personnage, en réalité, n'en est pas un mais plutôt deux : celui de la prostituée devenue otage de la mafia locale dans un bordel de luxe de Dakar et celui de la mère qui cherche désespérément sa fille, lorsqu'elle part aussi à la rencontre de son propre destin.



Le serment de Koumba est - si ses désirs sont exaucés - de danser le Morbayassa dans son village natal, une danse rituelle de la culture mandingue. Le Morbayassa est une tradition à laquelle se soumettent surtout les femmes qui remercient les ancêtres quand elles arrivent à procréer. Koumba est d'abord Bella, dans la première partie du film, lorsqu'elle est encore au Sénégal. C'est une danseuse et chanteuse tenue en esclavage comme prostituée par Kéba, l'exécrable propriétaire du cabaret, proxénète, patron (et client honoraire avec toutes les prérogatives qui en découlent), qui gère sa "marchandise" en recourant à la terreur, à la contrainte ("même Dieu ne peut rien pour vous") et à la violence. "Ses filles", qui ne rêvent que d'évasion, essayent de s'enfuir à plusieurs reprises, pourtant sans succès. Kéba dispose de bras longs et des contacts bien huilés lui permettant de les localiser dans n'importe quel point du pays et les faire revenir de force au bordel où les châtiments et la brutalité ne se font pas attendre.

Cheick se sert de ce film pour nous donner une image à vol d'oiseau de plusieurs venins qui empoisonnent le développement des sociétés en général, dans ce cas dans un contexte urbain et africain. Il est surtout question de corruption, de trafic d'influences, de soif démesurée de pouvoir, de violence à l'égard des femmes. On assiste ici et là à des moments d'humour populaire, de façon à attirer l'attention d'une façon suave et perceptible sur le fléau de la corruption, comme dans le cas de ce passager français qui voyage en bus sans carnet de vaccination et qui, dans un poste de contrôle à la frontière du Sénégal se voit accusé d'être un "demi sans-papiers" et de vouloir contaminer la région ! En plus, il suggère, de façon naïve qu'on lui passe un "reçu" pour ce qu'il considère être une "amende" …

Mais le film ne se limite pas à dénoncer (quelque chose que le cinéaste avait déjà fait clairement lors de son premier long-métrage). Il donne aussi la place au romanesque et au conte de fées contemporain, extrêmement improbable, comme ils le sont tous, et donc plus attendrissant. Le jeune diplomate de l'ONU, Yelo, s'intéresse affectivement à Koumba ; ce qui les rapproche c'est essentiellement une origine commune (Guinée Conakry) et aussi une certaine désillusion par rapport au monde, une tendance à déconstruite des utopies qui les mène à une plongée irréversible dans l'autre. Chez Bella, les motifs de révolte et méfiance sont plutôt clairs, étant donné son histoire dramatique que nous détaillerons plus tard. Tandis que chez Yelo cet amertume et son scepticisme proviennent surtout d'une vision romantique de la vie, ce qui l'emmènera à la poursuite de ses propres projets, basés sur l'intuition, la foi et une bonté viscérale (presque déplacée, de nos jours). Il se sent loin du formalisme des institutions, tellement imprégnées de vices et plongées dans la technocratie qu'elles n'ont plus qu'une relation très superficielle avec ses principes fondamentaux et ses valeurs intrinsèques.

Face au joug de Kéba, Bella doit déterminer si les chaînes de la peur ne sont pas plus fortes que celles de la mafia. Afin d'essayer de se bâtir un avenir, elle devra retourner vers son passé. Pour renaître, il lui faudra redevenir Koumba, retrouver sa vraie identité. Sa fille, Vanessa, est une princesse africaine qui a grandi dans le 20ème arrondissement parisien. La jeune femme devra arriver à coller les morceaux de sa personnalité dans sa dimension sociologique, culturelle et familière, si elle accepte de vivre le "N'nakani" (qui signifie "l'amour de sa mère", en mandingue). Le choc de cultures pourrait être un écueil.

Comme dans les contes de fées les moments heureux sont toujours précédés par des péripéties et des mésaventures angoissantes, mais jamais ennuyeuses. À part les liens familiaux ces deux femmes n'ont apparemment rien en commun. Nous avons, d'un coté, une mère adulte et guerrière, une combattante boursouflée de souffrance et endurante, et d'un autre, une poupée de 17 ans complètement déracinée ("j'en ai rien à foutre de l'Afrique, mes parents, ils sont morts"), fragile et gâtée, élevée au milieu d'un grand vide existentiel, dans une atmosphère de luxe, faisant preuve d'une personnalité inconstante et hésitante, encore sous l'effet du cocktail hormonal de l'adolescence. Un grand coup de chapeau pour cette jeune actrice, Claire Simba, qui joue de façon très sûre cette phase de la vie (dans un contexte urbain et européen d'une famille de classe moyenne supérieure), et que certains considèrent "une maladie qui guérit avec l'âge".
Koumba arrivera-elle à danser le Morbayassa ? Ceci est le grand leitmotiv de ce film, lequel constitue une opportunité de réflexion sur les liens familiaux et les vraies motivations des êtres humains, les lumières qui nous éclairent même dans les ténèbres et les combats qui se tiennent contre l'adversité.
Après le succès de son premier film ; Fantamady Camara a encore réussi ce nouveau pari, en se servant de ce long-métrage très rythmé. Le scénario à tiroirs repose sur une histoire belle et substantielle, racontée par un regard africain et une vision universaliste des choses de la vie.

Luísa Fresta

haut de page


   liens films

Morbayassa, le serment de Koumba 2015
Cheick Fantamady Camara


   liens artistes

Camara Cheick Fantamady


Diawara Fatoumata


Gautron Marc


Kpomahou Tella


Mazet Rémi


Ogou Alexandre


Otsobogo Boucher Nadine


Pouye Khardiata


Simba Claire


Thomas Annabel


Wazi Akinhola


   évènements

28/02/2015 > 07/03/2015
festival |Burkina Faso |
FESPACO 2015 (Festival Panafricain du Cinéma et de la télévision de Ouagadougou)
24e édition. Thème : Cinéma africain : production et diffusion à l'ère du numérique''.

29/04/2015 > 03/05/2015
festival |Canada |
Vues d'Afrique : les Journées du cinéma africain et créole de Montréal 2015
31e édition

14/05/2015 > 07/06/2015
festival |États-Unis |
Seattle International Film Festival - SIFF 2015
41ème édition. 3rd AFRICAN PICTURES program.

09/06/2015 > 13/06/2015
festival |Sénégal |
Festival de cinéma Image et Vie 2015
15e édition. Thème : Une ère nouvelle.

18/07/2015 > 26/07/2015
festival |Tanzanie |
Zanzibar International Film Festival (ZIFF) 2015
18ème édition

18/07/2015 > 25/07/2015
festival |Cameroun |
Ecrans Noirs 2015
19ème édition. Thème : "Numérique et exigence de formation". YAOUNDÉ, DOUALA

04/09/2015 > 06/09/2015
festival |France |
Festival International de Films de la Diaspora Africaine (FIFDA) 2015
La 5ème édition du Festival International de Films de la Diaspora Africaine (FIFDA) aura lieu du 4 au 6 septembre dans deux salles à Paris. Le festival comprend 14 films dont 8 inédits en France, 1 première Parisienne et deux films primés à FESPACO.

   liens structures

COP-films (Conakry-Ouagadougou-Paris)
France | Paris

Djoliba Production
France | PARIS

Organisation internationale de la francophonie (OIF)
France | PARIS

haut de page

   vidéos
   

 

Morbayassa
bande annonce

 

 

Il va pleuvoir sur Conakry - Trailer
bande annonce

 
   


   vos commentaires
vos commentaires sur cette critique :
   
 
  ajouter un commentaire
   

haut de page