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rédacteur
Michel Amarger
publié le
04/05/2017
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Michel Amarger (magazine Africiné)


Chad Chenouga, réalisateur

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De toutes mes forces
Assumer les détours de son identité
LM Fiction de Chad Chenouga, France, 2016
Sortie France : 3 mai 2017


Il n'est pas toujours facile de se trouver dans la société française, surtout quand on vient d'une famille éclatée. C'est le cas de Chad Chennouga, né en France d'une mère algérienne qui a fui son pays et une liaison interdite. Isolée, aimante, cette mère détruite par le désarroi, les médicaments, a inspiré le premier long-métrage de Chenouga, 17, rue Bleue, 2001. Son placement en foyer, a nourri un spectacle de théâtre, La Nique, 2011, qu'il a écrit et interprété. Car Chad Chenouga est d'abord un acteur qui se glisse avec sensibilité dans des films ou téléfilms français. Mobilisé pour des ateliers d'improvisation avec des jeunes de foyer, il écrit avec sa complice, Christine Paillard, De toutes mes forces, 2016.






Le héros, Nassim, vit avec sa mère, une belle Algérienne fanée dont il s'occupe dans son appartement parisien. Recluse, déprimée par sa solitude, elle consomme des médicaments dont elle est dépendante. Nassim l'approvisionne tout en se distrayant avec ses copains de lycée. Lorsqu'elle est emportée par une overdose, il se retrouve placé dans un foyer de banlieue. L'adolescent mène alors une double vie avec les jeunes bourgeois de son lycée, le jour, et les pensionnaires du foyer, la nuit.
Ce grand écart, basé sur le mensonge, est inconfortable. Nassim perd pied entre ces deux mondes. Une pensionnaire du foyer, Zawady, noire têtue, avide de réussir, le motive à réviser pour ne pas décrocher. Eva, la lycéenne qui le convoite, l'invite à dîner chez ses parents chics, poussant l'attention jusqu'à le retrouver au foyer. Furieux, Nassim s'isole, se rapproche de ses camarades métissés de banlieue, bravant l'autorité de ses encadrants. Une révolte enflammée provoque un incident qui le pousse à fuir, entamant une course vers l'âge adulte.

Chenouga cerne les ajustements d'un adolescent, tiraillé entre "son environnement parisien feutré, mais aussi son foyer et la chambre où il se retrouve seul face à lui-même." L'écart se resserre lorsque Eva, lycéenne bourgeoise, démasque cette double vie. "La famille d'Eva, la petite amie de Nassim, est bienveillante et un peu déconnectée", relève le réalisateur. Par contraste, les scènes dans l'antre de la mère où Nassim gère le quotidien, ancrent son personnage dans un réalisme froid d'où sourdent les blessures de l‘immigration.
Selon Chenouga, "l'amour entre eux est presque charnel, mais Nassim étouffe aussi, il aimerait que sa mère soit dans la norme". Sa disparition fait apparaître une autre figure maternelle, la directrice du foyer. "Elle essaie de communiquer avec lui, l'encourage à s'extérioriser, mais il ne veut pas s'ouvrir car il n'a pas confiance", observe le cinéaste."Elle reste attentive car elle sait qu'il traverse une période difficile."

Les difficultés d'adaptation de Nassim, semblent aiguisées par l'organisation sociale. Sa camarade Zawady, cherche à échapper avec acharnement à sa condition en préparant un concours de médecine. Nassim se trouve impliqué en l'aidant à réviser mais aussi en éprouvant un échec qui provoque un drame. "Ce parcours de Zawady raconte bien les limites actuelles dans la prise en charge des adolescents de l'Aide Sociale à l'Enfance", indique Chenouga.
Il insiste sur l'obsession de Nassim pour connaître ce qu'il y a dans le dossier qui le suit et l'indexe. "C'est la preuve qu'il n'est pas comme les autre", explique le réalisateur. En cadrant les personnages impulsifs qui l'entourent, il construit un film qui procède par ruptures, ellipses qui accentuent le déphasage des jeunes : "Il s'agissait aussi de ne surtout pas tout dire, de transmettre en partie un sentiment de vitalité plutôt que de raconter de bout en bout le parcours des uns et des autres."

La fraîcheur des acteurs principaux dont Khaled Alouach qui est Nassim, participe à la véracité des scènes. Jisca Kalvanda joue Zawady, après Divines de Houda Benhyamina. Avec les débutants, le cinéaste et sa scénariste ont encadré des ateliers filmés pendant huit mois. Côté adultes, Chenouga dirige Yolande Moreau en directrice de foyer. Son humanisme en impose sans altérer son ironie avec les jeunes.
Le réalisateur cultive ainsi les contrastes des sentiments, des milieux où se situe l'action, valorisant les jeunes. "Nous avons alterné des plans posés avec des plans à l'épaule, qui épousent plus leur rythme et leur laissait une liberté de mouvement dans le cadre", déclare-t-il avec son chef opérateur, Thomas Bataille. La musique de Thylacine marie aussi les contrastes et les brassages, entre l'électro et sons classiques.

De toutes mes forces respire ainsi en épousant les émotions tumultueuses des jeunes, en rupture familiale, en butte à une société avide de les marginaliser. En s'appuyant sur un scénario bien réfléchi et primé, écrit avec Christine Paillard, Chad Chenouga a su intéresser une production française pour livrer une fiction simple, axée sur l'intime, en prise avec son vécu. "La vie et la jeunesse finissent par gagner", conclue-t-il, recommandant d'"assumer ce que tu es, quand tu en es capable". Cette aspiration, partagée sur grand écran, peut avoir valeur d'exemple.

Vu par Michel AMARGER
(Afrimages / Médias France)
pour Africiné Magazie

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