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rédacteur
Azzedine Mabrouki
publié le
07/06/2017
films, artistes, structures ou événements liés à cette critique
les commentaires liés à cette critique



Azzedine Mabrouki (Africiné Magazine)




Karim Moussaoui, réalisateur algérien




Kaouther Ben Hania, réalisatrice tunisienne


Scène du film En attendant les hirondelles


Scène du film En attendant les hirondelles




L'actrice tunisienne Mariam Al Ferjani dans La Belle et la meute, 2017


The square, de Ruben Östlund


Ruben Östlund, réalisateur suédois, Palme d'Or 2017






Scène du film En attendant les hirondelles


Scène du film En attendant les hirondelles


Scène du film En attendant les hirondelles


Scène du film En attendant les hirondelles


Scène du film En attendant les hirondelles


Mehdi Ramdani, acteur algérien


Nadia Kaci, actrice algérienne


Karim Moussaoui, cinéaste


Scène du film Aala kaf ifrit (La Belle et la meute)


Scène de La Belle et la meute


Scène de La Belle et la meute




Africiné Magazine, the World Leader (Africa & Diaspora Films)

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Festival du film de Cannes 2017. Le Bilan de la 70è édition
Grandes et Petites fictions


Autant le dire tout de suite : les deux films africains de la sélection officielle sont repartis bredouilles, pourtant largement ovationnés par le public de la salle Debussy. En attendant les hirondelles de Karim Moussaoui et La Belle et la meute de Kaouther Ben Hania n'ont tout simplement pas compté pour le jury qui les a scandaleusement ignorés. Les deux oeuvres sont faites avec intelligence et talent. Tout le monde pensait qu'elles avaient des chances solides d'être primées.






Fiction sérieuse mais aussi distrayante (le voyage vers le sud est magnifiquement filmé et il restera dans les mémoires), le travail de Karim Moussaoui est une approche sociologique de l'Algérie sans discours pesant, une sorte d'approche critique d'une situation passablement complexe. Voici d'abord l'univers pas très drôle d'un promoteur immobilier faisant face à la bataille géante qui se déroule dans le pays pour obtenir un contrat (il s'agit ici d'un projet d'hôpital). Dans Alger quasi déserte la nuit il n'est pas non plus conseillé de se mêler d'une scène de violence. Sous les barres d'immeubles, on a l'impression que personne ne se soucie vraiment de permis de construction. Il faut remplir les espaces vides. Pour les hôpitaux, on verra...

Le second épisode tire partie du talent de deux acteurs étonnants : Hania Amar qui joue Aîcha et Mehdi Ramdani qui joue Djalil. Des amoureux depuis l'enfance. Mais voici qu'ils s'embarquent dans un voyage aux paysages fascinants sur les routes de Biskra. Le destin d'Aïcha l'amène vers un mariage combiné. A la tristesse de son regard et ses coups d'oeil furtifs vers Aïcha, on sent que Djalil ressent une sombre confusion. La douceur et la beauté du paysage contrastent avec son visible chagrin car c'est lui qui conduit la voiture qui emporte Aïcha, l'abandon définitif de tout son espoir. Mais avec la danse, la musique Rai, on voit soudain se profiler des jours proches forcément joyeux. Sans doute un retournement total de la situation des deux héros.

Le troisième chapitre est aussi captivant mais très triste ; la suite d'un drame épouvantable. Dahmane (joué par Hassen Kachach, acteur impressionnant) est un neurologue qui à l'approche de son mariage doit affronter la fatalité de la sombre décennie des années 90. Un enfant est né dans le maquis terroriste où Dahmane de force est appelé à soigner des criminels. La mère (jouée par Nadia Kaci, impériale dans sa douleur) lui demande, des années après, de reconnaître l'enfant afin qu'elle puisse lui donner un nom. Moment de panique, de profonde déchirure pour Dahmane qui fait finalement preuve de compassion.
En attendant les hirondelles est un travail de mise en scène, d'acteurs, de dialogues, de photographie, de montage nettement brillants et attachants. Il était impensable que le jury de Un Certain Regard ne le voit pas. Pourtant il est passé à côté.






La Belle et la meute est un tableau très noir et très cruel de la Tunisie. Est-ce du temps de Ben Ali ? On ne sait pas. La cinéaste Kaouther Ben Hania ne le dit pas. On voit Mariam (Mariam El Ferjani, superbe actrice) faire preuve de courage et de tenacité pour défendre son honneur et son intégrité. Toute une nuit dans le huis-clos hallucinant d'un poste de police, Mariam cherche à déposer une plainte après avoir été violée...par des policiers comme elle le découvrira ensuite. Le sujet est très fort et la mise en scène haletante. Le dernier film de Kaouther Ben Hania, Zaineb n'aime pas la neige, a décroché le Tanit d'Or aux JCC 2016.

La presse française est déroutante. En plus de la caméra d'or, les premiers prix de la semaine de la critique et la quinzaine des réalisateurs, elle voulait aussi la Palme d'Or que le jury de Pedro Almodovar a donné à un film suédois The Square de Ruben Ostlund, violent, chaotique et absurde à la fois portrait de la Suède de Bergman. On dit que le cinéaste a bouclé trop vite son travail pour venir à Cannes, et ça se voit dans son film plein de défauts. Beaucoup d'autres dans la sélection ont subi la colère de la critique. The Hollywood Reporter résume l'opinion générale : "Jour après jour, nuit après nuit, un film décevant après l'autre… Tout artiste a ses hauts et ses bas. Il semblerait que la plupart d'entre eux ont connu une très mauvaise période en même temps cette année".
Allusion sans doute à plein de films qu'on a vus et dont on se demandait ce qu'ils faisaient là en compétition. Un film idiot sur Godard, un autre médiocre sur Rodin, deux films américains ennuyeux signés Sofia Coppola et Lynne Ramsey mais qui ont décroché des prix. La bravoure des journalistes levés aux aurores est mal récompensée.

A côté de la Palme d'or qui donne une image caricaturale de la Suède, et d'autres films de la sélection officielle qu'il faut vite oublier, on n'oubliera sûrement pas : Radiance ("Vers la lumière" / "Hikari"), le très beau film de la Japonaise Naomi Kawase. Film passé inaperçu hélas tant une large partie de la presse est restée béatement collée à une histoire vite lassante sur les ravages du sida.
Radiance se situe à un niveau bien au-dessus. Dans une mise en scène extrêmement séduisante, on voit Misako (Masaya Makomori) une jeune fille dont le métier est de décrire les images à un public non-voyant. Un collectif teste la qualité de ses textes. Parmi le collectif, un photographe très célèbre en voie de perdre la vue (joué par le grand acteur japonais Masatoshi Nagase). Cet homme est sur le déclin comme le soleil qui se couche. Il sait qu'il va perdre tout ce qui a fait la beauté de son œuvre et tente de préserver encore quelques traces. Misako sait cela et elle est fascinée par l'artiste célèbre qui gagnait sa vie en capturant la fragilité et la splendeur de la vie. C'est ce film qui aurait du avoir la palme.

Côté documentaire : Le Vénérable W, de Barbet Shroeder, portrait du moine birman bouddhiste et fasciste qui a provoqué les destructions, les incendies des villages musulmans, des centaines de morts et des milliers de réfugiés Rohinyas. L'ONU a dénoncé un "crime contre l'humanité" en Birmanie. Mais San Suu Kuyi a rejeté le rapport de Kofi Annan qui a eu beaucoup de mal à enquêter à Mandalay et dans les villages détruits. Faut-il lancer une pétition pour dénoncer San Suu Kuyi et lui retirer son Prix Nobel de la Paix ?

Azzedine MABROUKI
correspondance spéciale

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   liens films

Belle et la meute (La) | Beauty and The Dogs 2017
Kaouther Ben Hania

En attendant les hirondelles 2017
Karim Moussaoui

Zaineb n'aime pas la neige (Zaineb takrahou ethelj) 2016
Kaouther Ben Hania


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Amar Hania


Amari Chawki


Ben Hania Kaouther


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Moussaoui Karim


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