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rédacteur
Sihem Sidaoui
publié le
25/11/2017
Ľ films, artistes, structures ou √©v√©nements li√©s √† cette critique
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Sihem Sidaoui, rédactrice à Africiné Magazine




Mohamed Lakhdar Tati, réalisateur algérien


Scène du film


Scène du film


Scène du film


Le réalisateur Mohamed Lakhdar Tati au Festival de Tarifa-Tanger


Tayda Film


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Fais soin de toi ou de la subversion du désir amoureux
Fais soin de toi de Mohamed-Lakhdar Tati
Film vu en avant-première aux Rencontres Cinématographiques de Béjaia (du 9 au 15 septembre 2017)


Des corps, des visages dans les rues d'Alger, une musique entra√ģnante √† la fois joyeuse et m√©lancolique accompagnant les premiers plans, mouvements de cam√©ra suivant les pas dansants dans l'espace public, c'est ainsi que se fait le d√©but de Fais soin de toi de Mohamed-Lakhdar Tati. L'id√©e de qu√™te du sens ou du d√©chiffrement des signes est annonc√©e par cette premi√®re d√©ambulation assez lente et √©mouvante dans son attention. Elle se confirmera tout au long du film par les diff√©rents voyages en train, en voiture ou d'une personne √† une autre sous forme de marche lors des moments les plus intenses et ce, avec le m√™me questionnement, quel que soit le point de la carte : pourquoi est-il de plus en plus difficile d'aimer ?






Le film est une sorte de r√©ponse √† l'incompr√©hension de la m√®re vis-√†-vis du c√©libat de son fils, le r√©alisateur. Il n'y aurait pas eu cette sollicitation, nous n'aurions pas eu de film. Nous voyons l'√©change entre m√®re et fils d√®s les premi√®res s√©quences et comprenons d'o√Ļ vient le d√©sir de faire ce documentaire sur le sentiment amoureux en Alg√©rie. Nous sommes face √† un cin√©ma √† la premi√®re personne, tout bon film l'est mais celui-ci l'affiche et en fait le principe m√™me de l'Ňďuvre, son origine et ce √† quoi il est destin√© : Soi comme soin du mal dit √† moiti√©, Soi comme moment subversif et comme possibilit√© de refonder le politique en tant que libert√© des individus et non en tant que domination des uns sur les autres : parler d'amour, √™tre face √† celui ou √† celle qu'on aime c'est comme "√™tre face au pr√©sident de la r√©publique" nous dit l'hilarant petit fr√®re, c'est aussi parler de l'exp√©rience de cette femme noire dont la beaut√© du regard traverse le paysage rouge aride se demandant si l'amour existe vraiment, renvoyant √† Tati sa question.
S'établit ainsi une sorte de cartographie très subjective de l'amour, à l'image de ce petit insecte que nous voyons errer sur une carte au gré de ses sens, au gré de son corps animal ; car il a fallu au moment du montage choisir des témoignages, les réduire ou pas et en laisser d'autres, voire prendre dans ce qui a été recueilli avec le regard et l'écoute de celui qui est profondément habité par ce questionnement, ce que le voyage cinématographique a permis de comprendre, de prendre avec soi, de toucher, d'en constater la complexité et la teneur bien loin de l'image initiale.

Des fragments d'un corps, désiré, halluciné, fantasmé traversent le film ponctuant la parole comme le font les plans sur la fourmi, l'abeille, la toile d'araignée, les paysages, les plantes, les rochers, le ciel, le terre rouge, minéral, végétal, animal que le propre corps du cinéaste finit par rejoindre en ce plan final montrant son bras de très près, sa main, lui-même devenu carte de l'amour sur laquelle circule une fourmi résonnant avec le premier plan du film : circulation d'une fourmi sur la tige d'une plante.
N'a-t-il pas trouv√© le chemin de ce qu'il cherche, trouv√© ou flair√© sa possibilit√© ? Au terme du film, nous avons l'impression que tout cela est d√©j√† sem√© d√©s le d√©but gr√Ęce √† un montage subtilement po√©tique. Que seraient ces d√©voilements non sans √©paisseur et complexit√© que le film apporte √† son initiateur et nous donne ? Le montage est √©loquent, pas en tant que rh√©torique mais en tant que po√©tique ; il interroge aussi bien l'humain que ce qui le d√©passe, le vivant. Cette interrogation sur l'amour en Alg√©rie s'inscrit dans une interrogation au-del√† des fronti√®res g√©ographiques (la carte sur laquelle circule l'insecte est bien confuse) ; une interrogation connect√©e de la mani√®re la plus po√©tique √† la d√©marche de l'univers, √† ce que notre √™tre au monde nous r√©v√®le souvent √† notre insu d'o√Ļ les diff√©rentes contradictions dans les propos recueillis, paradoxe dans les mots m√™mes ou parfois grand √©cart entre le discours et le corps. "Il y a". Il y a quelque chose qui d√©borde la loi de la parole sociale et qui n'est plus possible √† contenir, un tr√®s beau plan montrant des vagues immenses et violentes d√©bordant la plage et des rochers artificiels jet√©s ici et l√† pour bloquer le flux sans y arriver dessine bien ce d√©calage entre le dit et le dire des regards. Au cours du film, nous sommes souvent ramen√©s aux sensations premi√®res, celle de l'enfance (de l'humanit√©), celle de l'√©tranget√© du monde, de notre √™tre au monde sans m√©diations r√©ductrices. Ceci est √©videmment angoissant, angoisse de l'Homme sans figures r√©duisant le monde √† du balis√©, nous enfermant dans des syst√®mes, nous condamnant √† de la r√©p√©tition sans diff√©rence mais le film nous y invite √† cette belle √©tranget√© du monde ramenant le silence nous √©loignant des discours satur√©s de lois. Qu'est-ce qui s'y pr√™te le mieux que le langage cin√©matographique, attentif √† l'espace, aux ombres, aux langages muets des corps plus qu'√† celui, encombr√©, de la parole ? Il y a dans le titre m√™me "Fais soin de toi" et non "Prends soin de toi" (reprise d'un texto envoy√© par une copine √† son ami) une adresse et une interpellation quasi politique √† sortir du langage de la loi vers l'√©cart du langage po√©tique et l'invention d'un langage amoureux √† la mesure du vivant, un langage qui permet la rencontre avec l'alt√©rit√© pour une rencontre avec soi, nous pouvons y lire ce que Michel De Certeau appelle "la po√©sie de l'homme ordinaire" comme strat√©gie de d√©tournement des lois et des coh√©rences abusives. Fais soin de toi mise sur la po√©sie consid√©r√©e comme notre seul et dernier recours pour reprendre contact avec le vivant, l'organique, le visc√©ral‚Ķ Quoi de plus r√©volutionnaire qu'un corps amoureux, quoi de plus subversif que l'√©nergie de l'amour dans son aptitude √† nous rendre on ne peut plus pr√©sent √† nous-m√™mes ?

Sihem Sidaoui

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FCAT 2017 - Festival du Cinéma Africain de Tarifa et Tanger
14ème édition.

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15ème édition.

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festival |France |
Maghreb des Films 2017
9ème édition. Une plongée dans le meilleur du cinéma Maghrébin

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