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rédacteur
Falila Gbadamassi
publié le
19/05/2019
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Mati Diop, réalisatrice et scénariste sénégalaise-française


Falila Gbadamassi est rédactrice à Africiné Magazine






Scène du film


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L'équipe du film, en haut des marches, à Cannes 2019


L'équipe du film, en conférence de presse, à Cannes



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Mati Diop : "C'était très important pour moi de dédier un film à cette génération fantôme"
La cinéaste franco-sénégalaise Mati Diop signe Atlantique, film en compétition pour la 72e édition du Festival de Cannes. La fiction offre un point de vue original sur la funeste traversée des jeunes Sénégalais pour rejoindre les côtes européennes. Entretien.


L'ampleur de cette émigration clandestine via la mer vous est apparue en 2008 lors d'un séjour au Sénégal. Pour vous, évoquer ce sujet ne pouvait se faire que sous l'angle de la "mythologie" comme vous dites ?
Absolument ! C'est un bon départ parce que je fais un film quand je sens que j'ai une contribution personnelle et unique à apporter au débat. Si c'est pour faire un film de plus sur l'immigration clandestine, cela n'en vaut pas la peine. Le cinéma, justement, me donne des outils extraordinaires, magiques et puissants pour raconter les choses autrement. J'essaie de profiter de la puissance illimitée que le cinéma offre. C'est une chance d'avoir un médium aussi extraordinaire, c'est vraiment un pouvoir magique !

Quand vous avez pensé à la dimension fantastique de votre œuvre, l'idée des djinns s'est tout de suite imposée ou vous avez d'abord exploré d'autres pistes ?
D'abord, le fait que les disparus en mer n'aient pas de sépulture m'a donné l'idée de les faire revenir. "Sans sépulture" rime avec "errance" : cette croyance est universelle. Ensuite, la question de la forme à donner à ces revenants s'est posée : allaient-Ils revenir en chair et en os en sortant de l'océan, sous forme d'hologrammes ? Il y avait plein de manières de les faire revenir. Mais j'ai voulu que la forme de ces revenants coïncide avec la culture du Sénégal, entre autres, musulmane. J'ai été tellement séduite par l'imaginaire des djinns (les esprits, dans la culture musulmane) et des "faru rab" (maris de la nuit) qui sont des djinns amoureux. Visuellement, j'imaginais le djinn amoureux rentrer par le nombril de la femme, la posséder et repartir... Ces histoires me fascinent. Je les ai découvertes au fur et à mesure de mes allers-retours à Dakar.

Je me suis inspirée de cet imaginaire d'autant que cela correspondait à l'idée que ces revenants prennent naissance, d'une certaine façon, dans l'imaginaire de ces femmes (que les candidats au départ laissent derrière eux). Pour moi, les fantômes naissent d'abord en nous, c'est nous qui les faisons revenir par la mémoire. C'est l'imaginaire qui fabrique des fantômes. Après, les yeux blancs, les fièvres sont une manifestation physique de leur présence (notamment dans le film). Dans la culture musulmane et africaine aussi, je pense, il y a des heures précises auxquelles les esprits sortent. Pour le coup, on me racontait ces histoires quand j'étais enfant. En tant que cinéaste, savoir qu'à une heure précise, il est censé se passer des choses invisibles, ça me rend dingue !

Votre film apparaît comme une ode à cette exubérante jeunesse africaine. C'était véritablement votre intention de rendre hommage à cette jeunesse sénégalaise ?
Je voulais surtout rendre hommage à cette jeunesse disparue en mer. C'est ma première intention parce que c'était très important pour moi de dédier un film à cette génération perdue, fantôme, tout en lui donnant vie à travers les vivants. C'est aussi une façon de donner un sens à leur démarche. Ils n'ont pas atteint l'Espagne (destination visée par les jeunes Sénégalais qui prennent la mer), leur rêve... Mais peut-être qu'ils sont pour beaucoup dans les émeutes de 2012 (portés par les jeunes, les Sénégalais se sont notamment opposés à un nouveau mandat du président sortant Abdoulaye Wade, NDLR). Ces jeunes ont peut-être permis - parce que disparus en mer - à une nouvelle jeunesse de renaître. En tout cas, j'aime à penser que ces jeunes qui se sont insurgés en 2012 lors du printemps dakarois portent en eux les disparus et que les disparus ont pris également quelque chose d'eux en partant.

En outre, je ne voulais surtout pas faire de cette jeunesse un monolithe. Je souhaitais tenir compte de sa diversité et de la complexité des profils, faire exister à travers les personnages du film ces multitudes d'influences sénégalaise, musulmane, américaine, européenne, les influences liées aux nouvelles technologies, aux croyances ancestrales... Les jeunes sont au carrefour de tellement de réalités. Ce terreau est hallucinant et fertile.

Cette dimension métaphysique que vous explorez au cinéma, y croyez-vous personnellement ?
Moi, je crois en la fiction !

Le tournage s'est déroulé dans la poussière de Dakar, la capitale sénégalaise. L'atmosphère de la ville est d'ailleurs très bien rendue. Comment avez-vous tourné dans cette cité grouillante ?
Comme on a pu (rires) ! Le tournage de Mille soleils (2013, documentaire réalisé à Dakar) s'est très bien passé. Il était néanmoins très éprouvant physiquement. A l'échelle d'un long métrage, j'appréhendais la difficulté. Les Sénégalais, eux-mêmes, trouvaient que c'était dingue de tourner à Thiaroye (banlieue de Dakar). Cependant, nous n'avons pas eu autant d'obstacles qu'on aurait pu imaginer. Il faut dire que tourner là-bas me donne plutôt de l'énergie que le contraire.

Vous devenez une pionnière en étant la première cinéaste Africaine à être en lice pour la Palme d'or…
Pionnière…

Oui, malgré vous. Et vous appartenez à une famille de cinéma. Il y a votre célèbre oncle, Djibril Diop Mambéty dont le film Touki Bouki est d'ailleurs au cœur de votre documentaire Mille soleils. Il y a également votre père, Wasis Diop, musicien qui a signé de célèbres bandes-originales dont celles de son frère. Tout cela s'inscrit dans une continuité qui semble logique…
Logique, je ne sais pas. Mais c'est une continuité choisie et personnelle. J'ai la chance d'avoir hérité d'une histoire extrêmement forte et inspirante, tout en me sentant très libre d'écrire ma propre histoire. C'est le plus beau des héritages : poursuivre tout en réinventant et en restant soi-même. La meilleure manière de rendre hommage au travail de mon oncle et de mon père est de poursuivre le chemin à ma manière, avec les outils de ma génération.

Et de représenter le Sénégal : le rapport à vos origines africaines est assez fort. Il est même, selon vous, le déclencheur de votre envie de faire des films…
Cela ne veut pas dire que tous mes films vont se dérouler au Sénégal... Cependant, mon rapport au cinéma est imbriqué à mon africanité.

Falila Gbadamassi

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