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rédacteur
Zouhour Harbaoui
publié le
10/09/2005
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Camille MOUYÉKÉ
"Le meilleur ailleurs n'existe pas !"
Camille Mouyéké, Congolais de Brazzaville, est le réalisateur de Voyage à Ouaga.
Plus habitué des courts -il en a réalisé quatre- Camille Mouyéké a décidé de se lancer dans la réalisation de longs métrages.
Notre discussion nous a apporté une des nouvelles visions des cinéastes de l'Afrique dite noire.

Zouhour Harbaoui : Vous êtes Congolais. Vous faites débuter votre film au Bénin pour finir au Burkina Faso. Ces trois nationalités sont-elles là pour souligner l'idée d'une Afrique universelle ?

Camille Mouyéké :
En fait, il devait y avoir plus de nationalités au départ. Quand j'ai écrit le scénario, j'avais envie de partir de Brazzaville jusqu'à Ougadougou, la capitale du cinéma africain, entre autres, en tous cas au sud du Sahara. Mais il y a eu des problèmes de guerre au Congo. Du coup, il fallait trouver d'autres décors. Le Bénin me semblait le pays qui était à peu près similaire, au niveau du décor, avec l'Afrique Centrale.

Z.H.: Est-ce un moyen d'échanges ?

C.M. :
Oui. Je pense qu'il n'y a pas assez d'échanges à l'intérieur du continent. Je dis toujours que s'il y a des liens à tisser, les Africains doivent les tisser entre eux avant de penser le faire avec les pays du Nord, c'est-à-dire les Etats européens. Le constat que j'ai pu faire c'est que pour découvrir l'Afrique, il a fallu que je parte à Paris.

Z.H. : Voyage à Ouaga est-il un clin d'œil au Fespaco (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou) ?

C.M. :
C'est un clin d'œil au cinéma en général. Mais c'est aussi un film à plusieurs tiroirs. La comédie n'est qu'un support pour parler de l'Afrique contemporaine, l'Afrique urbaine, l'Afrique des villes, c'est-à-dire le chômage des jeunes diplômés, l'enfance abandonnée, le rôle de la femme dans la société africaine d'aujourd'hui, la corruption... C'est de tout ça dont je parle dans mon film.

Z.H.: Dans votre long métrage, on remarque, aussi, un autre petit clin d'œil avec ce Français qui débarque en Afrique et qui, à un moment donné, dit à son ami béninois qu'en France il y a aussi le chômage etc. Est-ce pour ouvrir les yeux aux jeunes Africains qui veulent aller en Europe faire fortune ?

C.M. :
Absolument! Moi qui voyage beaucoup ailleurs mais aussi en Afrique, je rencontre, souvent, des jeunes qui me disent : "Grand frère, tu sais mon rêve est de partir en France, en Italie ou en Allemagne". Alors, j'essaye d'expliquer que là-bas ce n'est pas aussi drôle que ça, que ce n'est pas tout à fait le paradis qu'ils voient à travers la petite lucarne de la télévision et la parabole.
Lorsque j'étais étudiant, en France, j'étais fauché comme tant d'autres. J'ai la responsabilité de témoigner de cette expérience là.
A partir du moment où les jeunes ont tendance à prendre pour témoins les gens qui arrivent de l'Europe en vacances avec des voitures décapotables, des "costards", des chaussures à deux cent mille francs, ils ne comprennent pas.
Le film est aussi basé sur l'immigration dans le sens de l'Afrique vers le Nord. Je pense que c'est à l'intérieur de l'Afrique qu'on doit d'abord s'en sortir avant de rêver que le meilleur est ailleurs.
Le meilleur ailleurs n'existe pas !

Z.H. : Votre film a reçu des subventions de la France. Celle-ci vous a-t-elle imposé des clichés à mettre dans votre long métrage?

C.M. :
La France avec un bailleur de fonds qui dit à un réalisateur qu'on veut voir tel film, avec telle thématique exotique, c'est fini ça ! La nouvelle génération africaine a fait des études, voit les films des autres, analyse. Elle est totalement libre des sujets qu'elle traite aujourd'hui au cinéma.
Avant oui, ça existait. Il arrivait qu'on bloque un projet parce qu'il était trop avant-gardiste ou trop critique par rapport au système colonial. Mais on a dépassé ça. Le monde change beaucoup. Le monde bouge !

Zouhour HARBAOUI

Voyage à Ouaga, Camille MOUYÉKÉ, France/Burkina/Congo, 2000, 84 min, Fiction.

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Voyage à Ouaga 2000
Kouka Aimé Zongo, Camille Mouyéké


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