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rédacteur
Samir Ardjoum
publié le
03/08/2006
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La Colère des femmes
Barakat !, de Djamila SAHRAOUI (Algérie)
"un canevas propre à l'idéologie humaniste (filmer des humains et non un discours)"

Assez ! Fini la merde, le désarroi et les contradictions humaines. Barakat ! en plus d'être une expression arabe (Ça suffit en français) est le titre d'une nouvelle production algérienne. Documentariste réputée pour son habileté à filmer la condition humaine, Djamila Sahraoui tente l'expérience du long-métrage et réussit son pari. Résultat : l'une des plus belles surprises de cette année.

Ce qui frappe d'emblée, c'est ce visage féminin. Celui de l'actrice Rachida Brakni. Figure tourmentée qui en dit bien plus long que n'importe quel reportage sur le sujet. Un regard vide d'espoir, des lèvres qui n'osent bouger et une droiture à toute épreuve. Elle campe un personnage qui s'est transformé en statue de sel de peur d'être avalé par les vagues terroristes.
Nous sommes en Algérie, quelque part près de Cherchell (ville du sud-est algérien) en plein fief islamiste. La guerre civile dure et le peuple croule sous le désespoir. C'est dans ce contexte qu'Amel, jeune médecin, part à la recherche de son ami journaliste porté disparu. Accompagnée d'une infirmière sexagénaire, Khadidja, cette femme fougueuse à qui la vie ne fait plus de cadeau, fonce droit devant elle sans écouter son entourage. La seule raison de vivre vient d'être kidnappée, Amel ne peut l'accepter.
Cette colère, cette lutte désespérée, Djamila Sahraoui en a fait son cheval de bataille. Ces premiers documentaires (Algérie, la vie quand même en 1999, Algérie la vie toujours en 2001, Et les arbres poussent en Kabylie en 2003) sont les reflets exacts d'une Algérie meurtrie mais assez lucide pour résister. Ces héros (ou héroïnes) savent que la bataille risque d'être compliquée mais la guerre est loin d'être terminée.
Dans ce premier long-métrage, Sahraoui installe un canevas propre à l'idéologie humaniste (filmer des humains et non un discours) et tisse une toile d'araignée qui retient prisonnière toutes les thématiques qui ont fait cruellement défaut à la société algérienne. Même si la première partie du film pêche par sa difficulté à installer l'histoire, les personnages et le sujet, Sahraoui réussit après la première demi-heure du film à se ressaisir et parvient à capter sans démagogie. A ce moment-là, l'œuvre se crée, se libère de son cahier des charges, se permet quelques pauses narratives et s'enrichit d'une réflexion subtile sur la place primordiale des femmes dans la société algérienne. Ayant été relâché par les terroristes (leur chef étant un familier de l'infirmière), nos deux protagonistes se retrouvent livrées à elles-mêmes et tente de rejoindre la ville.
La force réside dans ce travail du deuil qu'elle tente de filmer. Dans l'une des séquences, Amel et Khadidja pénètrent dans un village afin d'y trouver de l'aide. La caméra les suit progressivement sans le moindre artefact. Plus elles avancent, plus nous devinons l'innommable. Cette séquence longue et complexe traduit une véritable envie de filmer la mort en mouvement. Ces longs panoramiques effectués dans l'image amènent la déliquescence de l'espoir tant voulu. Sahraoui, en s'arrêtant sur cet instant macabre, montre en quelques plans la rudesse du sujet et réussit sans maniérisme à sensibiliser. On ne peut que se taire, accepter et se souvenir à jamais de ce moment.
Région quasi fantomatique, opposition idéologique entre les deux femmes (l'ancienne génération pro-FLN et la nouvelle génération Post-1988) et gestuelle exquise de leur complicité sont les différentes étapes d'une quête initiatique qui les mènera pour chacune d'elle vers un objectif similaire : Barakat !

Samir ARDJOUM (France)

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