actuellement 18129 films recensés, 3143 textes recherche | » english  
films réalisateurs acteurs producteurs distributeurs festivals agenda pays espace personnel  
  critiques»
  dossiers»
  analyses»
  entretiens»
  comptes rendus de festivals»
  reportages»
  documents»
  ateliers»
  Zooms»
  rédacteurs»
  écrans d'afrique»
  Asaru»
  lettre d'info
  inscription»
  desinscription»
  archives »
  liens»
  dépêches »
  nouvelles de
la fédération»
  la fédération»
  contacts»
  partenaires»
  accueil»




 
    
rédacteur
Yohanès Akoli
publié le
23/01/2007
films, artistes, structures ou événements liés à cet entretien
les commentaires liés à cet entretien
retour
 
"L'appellation cinéma africain est plus ou moins une escroquerie intellectuelle…"
entretien avec Mama Keïta, cinéaste guinéen
Arrivé à la 5ème édition du Festival International du fil de Ouidah (Quintessence) Bénin, Mama Kéïta est un cinéaste de renom d'origine guinéenne. Il est le formateur de l'atelier sur l'écriture de scénario et documentaire. Approché, il nous a confié les secrets de son dernier film Le sourire du serpent et la place qu'occupe le cinéma africain.

Yohanès AKOLI : Monsieur Mama Kéïta, pourquoi avez-vous écrit Le sourire du serpent ?

Mama Kéïta : Souvent, les films ont des origines assez bizarres. Ce film vient de la polémique que j'ai eue un soir avec mon ami d'enfance. On a grandi ensemble et depuis qu'on est tout petit, on a le plaisir de se retrouver tous les deux à marcher à travers Paris, ou bien dans un coin et souvent dans une cuisine à refaire le monde. Il n'y pas trois milliards de sujets, ça tourne toujours autour de la même chose : l'amour, qu'est-ce qu'on va devenir ? Est-ce qu'on va trouver l'âme sœur ? Effectivement lors d'une de ces conversations, est revenu sur le tapis, le thème du théâtre ; les mérites comparés du théâtre et du cinéma. Lors d'une nième polémique qu'à surgit entre nous ces questions, il me disait même que dans l'écriture cinématographique, c'est une écriture simple, facile, plus ludique. Et moi, je les mis au défi, et lui m'a mis au défi. Je lui dis que je vais pouvoir écrire un texte qui sera autant adaptable qu'au théâtre qu'au cinéma. Voilà donc, j'ai écrit la pièce, j'ai tourné le film. Je viens donc de marquer mon coup.

Y. A. : L'écriture de la pièce vous a été t-elle facile ?

M.K. : J'ai essayé d'écrire la pièce de théâtre et au bout de deux jours je n'arrivais pas. Cet ami me consultait régulièrement pour voir l'état d'avancé des travaux, et au bout de deux jours je lui dis que je n'arrivais pas c'est-à-dire que je n'ai pas l'écriture théâtrale. Je n'arrive pas à me fondre dans les conventions théâtrales. Mais comme je n'accepte pas de renoncer sans avoir tout essayé, je finis par comprendre que ça vient de ma nature créatrice. Il me faut le support de l'image. Il faut que ce que j'imagine soit visuel. Et je me suis mis à projeter le film avec la convention théâtrale et tout de suite j'ai dû écrire le film en quelques semaines. C'est venu tout de suite parce que j'ai mixé justement mon inspiration, ma manière de travailler au cinéma c'est-à-dire "qu'est ce qui arrive ? Projette-le et écris". J'ai agi totalement de cette manière en gardant la convention unité de temps, unité de lieu.

Y.A. : Quel est l'enjeu de votre film ?

M.K. : L'enjeu du film c'est lorsque cette femme après avoir conçu qu'elle avait suffisamment de passe, il est temps de s'en aller. Lorsqu'elle décide donc de se rendre dans cet arrêt de bus, elle est en train de d'attendre puisque le bus arrive toujours à un certain moment. Elle s'aperçoit donc que quelque chose ne va pas. Et pour tenir le coup il fallait prostituer. Il faut savoir que cet homme en situation irrégulière ne veut pas avoir d'ennui, donc il ne va pas aller taquiner la femme blanche. Tranquillement de manière effacée il va aller se fondre dans l'obscurité de la rue ; il attend là sagement. Pendant un certain temps il va s'apercevoir que le bus ne vient pas et c'est là qu'il va prendre l'initiative de la rue. Dans ce lieu qui est un lieu isolé, ce lieu est humanisé par deux éléments. C'est un lieu fantasmagorique, des lieux de danger. Il n'y a plus personne, quiconque se trouve dans ce passage là, est envahi de sentiment de solitude. Et c'est cet environnement là qu'ils vont devoir composer l'un avec l'autre. Parce qu'ils sont au bout du monde, il sont dans l'état de récréation d'Adam et Éve, les premiers hommes qui sont seuls au monde semble t-il.

Y. A. : Que votre film s'adresse plutôt à une élite…

M.K. : Si mon film s'adresse à une élite, mon propos en tout cas est d'amener les gens vers l'élitisme. J'apprécie que le monde soit fait des gens plus cultivés, plus éduqués, plus ouverts aux arts, à la beauté. Sans doute, ce serait le début de leur prise de conscience, de leur pouvoir, et sans doute ce serait l'acte politique suprême de la révolte. Si mon film n'était entendu que par une poignée de gens c'est raté, j'aurai raté mon coup…

Y. A. : Est-ce vous pensez avec le recul avoir atteint vos objectifs ?

M.K. : Je ne manque pas de prétention, mais je n'ai pas celle-là. Ça veut dire que face à l'acte de création, face à ce qui en sort, je suis d'une modestie totale. Parce que j'ai travaillé avec des forces, des vibrations dont je suis encore ignorant. Et donc, je n'ai pas la prétention de dire que j'ai atteint mon objectif, c'est le regard de l'autre.

Y. A. : Qu'est-ce qui spécifie le film guinéen par rapport aux autres films du continent ?

M.K. : Il est tout à fait ressemblant dans sa spécificité. Cette difficulté à faire cette absence de lieu, cette absence de visibilité de ce cinéma là. Il est aussi vrai pour le cinéma ivoirien, burkinabé… Ils ont cette communauté de situation là.

Y. A. : On constate un peu d'amateurisme dans le cinéma africain. Que font les réalisateurs de votre trempe pour professionnaliser davantage le métier et le rendre un peu plus compétitif à l'échelle mondiale ?

M.K. : C'est un problème complexe, du fait que nombre de films africains ne sont pas faits dans les normes professionnelles classiques. Tout d'abord parce que le budget est infiniment moindre. On n'a pas les mêmes moyens et les moyens à un moment donné influx que la qualité. Le cinéma coûte de l'argent. C'est un art qui coûte de l'argent et en deçà d'un certain seuil on ne peut pas exiger de ce cinéma là, fait en deçà du seuil vital qu'il soit dans la même norme qu'un film hollywoodien. On ne peut pas faire la comparaison entre notre cinéma et le cinéma mondial parce qu'on n'est pas dans la même catégorie. C'est simple à comprendre.

Y. A. : Est-ce à dire que la convivialité des projections en public, à laisser sa place au home cinéma ?

M.K. : La désaffection est un très lent processus et on connaît les mêmes choses en Occident, aux États-Unis. Parce qu'il y a d'autres supports, la télévision qui fait une concurrence forte avec le cinéma. Le cinéma doit trouver dans cet environnement, les moyens de se révolutionner pour reconquérir les spectateurs ou de se distribuer d'une manière différente.

Y. A. : Vous aimez plutôt parler de cinéma multiple que de cinéma africain, une appellation que vous qualifiez "d'escroquerie intellectuelle"…

M.K. : Oui, notre cinéma, est un cinéma multiple. L'appellation cinéma africain est plus ou moins une escroquerie intellectuelle. Mais bon… Si on disait cinéma européen et qu'on mettait Almodovar, Claude Lelouch, Luc Bresson… il y a des typologies de ce cinéma là qu'on ne peut pas confondre et c'est pareil pour les cinéastes africains. Un cinéaste burkinabé par rapport à moi, par rapport Zéka Laplaine, par rapport à Gahité Fofana, ou par rapport Abderrahmane Sissako ou à Jean Odoutan, ce n'est pas la même chose. Je ne fais pas le même cinéma que Jean Odoutan, c'est normal. Jean Odoutan a une personnalité, une histoire, une force spirituelle et c'est évident que son cinéma traduirait ces choses là et le mien aussi. C'est pour ça, je vous dis que le cinéma africain, il est fait de la multitude des cinéastes qui le composent.

Y. A. : Votre regard sur le cinéma africain ?

M.K. : Je crois fondamentalement que le cinéma africain sera un des grands cinémas à venir. On connaît peu ou proue toutes les cinématographies du monde. La seule qui est encore dans l'ombre dans la marge, qui est encore tenue pour quantité négligeable, qui n'a pas accès à la table familiale, qui n'a pas rejoint encore la famille du cinéma, qui est dans les cuisines ; presque le cousin dont on a honte, c'est ce cinéma là. Demain si on doit découvrir d'autres cinémas, ça ne peut être que ce cinéma là, et on le découvrira parce que la nature a horreur du vide. Je vous assure, avec les années à venir, la famille mondiale va compter avec le cinéma africain.

Propos recueillis par
YOHANES AKOLI (TOGO)

haut de page


   liens films

Sourire du serpent (Le) 2006
Mama Keïta (réalisateur)


   liens artistes

Diouf Mouss


Fofana Gahité


Keïta (réalisateur) Mama


Laplaine Zeka


Odoutan Jean


Sauca Valentina


Sissako Abderrahmane


haut de page



   vos commentaires
vos commentaires sur cet entretien :
   
 
  ajouter un commentaire
   

haut de page

 

 

 

 

?>