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rédacteur
Mohamed Bensalah
publié le
13/08/2008
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Ahmed EL MAANOUNI


Les CŇďurs br√Ľl√©s, 2006


Transe (Al Hal), 1981


Transe (Al Hal), 1981


Abderrahmane PACO du groupe "Nass El Ghiwane" dans Transe (Al Hal), 1981


O les jours (Alyam, Alyam), 1978


Jillali FERHATI


Mohamed BENSALAH

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Entretien de Mohamed Bensalah avec Ahmed El Maanouni, réalisateur marocain
Ahmed El Maanouni : "Au service de l'émotion"
Avec Les cŇďurs br√Ľl√©s, il a remport√© le prix de la meilleure mise en sc√®ne au dernier festival du film arabe d'Oran. D√©couverte d'un cin√©aste sensible et talentueux.

Après Al Hal (Transes) et Alyam ! Alyam !, films très appréciés du public, vous revenez au cinéma après une longue éclipse…

On me pose souvent cette question. La réponse est bien simple : sans producteur, il n'y a pas de film ! J'ai présenté plusieurs scénarii à la commission du fonds d'aide à la production nationale. Ils n'ont pas été retenus. Las d'attendre, j'ai alors préféré me tourner vers d'autres cieux, écrire pour des revues de cinéma et des journaux américains, réaliser des documentaires et des émissions TV en France ou travailler comme directeur de la photographie partout dans le monde. Les documentaires comme Les Goumiers Marocains (13 ans avant Indigènes) ou La vie et le règne de Mohamed V m'ont ramené vers le Maroc. Finalement, c'était pour moi une "longue marche".

Vous √©tiez d'abord connu comme homme de th√©√Ętre‚Ķ

Pendant ma scolarit√© au lyc√©e, ma premi√®re passion est all√©e vers le th√©√Ętre. J'ai suivi des cours d'art dramatique au conservatoire de Casablanca mais ils se sont brusquement arr√™t√©s √† cause de l'intervention muscl√©e de mon oncle. Cela ne m'a pas emp√™ch√© de revenir au th√©√Ętre d√®s que possible. Apr√®s mes √©tudes d'√©conomie, j'ai retrouv√© le chemin du th√©√Ętre √† l'universit√© du Th√©√Ętre des Nations √† Paris o√Ļ j'ai rencontr√© des artistes talentueux du monde entier, notamment Fadhel Ja√Įbi, Jorge Lavelli ou Victor Garcia. La mise en sc√®ne de ma premi√®re pi√®ce, Echo Alpha, qui a √©t√© jou√©e pendant un mois au th√©√Ętre de l'Ep√©e de Bois, avec Jillali Ferhati dans la distribution, portait en elle les pr√©mices d'une √©criture cin√©matographique, certes na√Įve, mais r√©v√©latrice d'une sensibilit√© √† l'image et au mouvement. C'est la pratique quotidienne du th√©√Ętre qui m'a amen√© naturellement vers le cin√©ma. J'ai ressenti le besoin d'aller vers un public plus large en privil√©giant l'image par rapport au texte.

Et comment avez-vous franchi le pas entre th√©√Ętre et cin√©ma ?

Ma rencontre avec le cin√©ma a commenc√© sur une souffrance. Je me souviens des v√©ritables tortures qu'√©taient pour moi les s√©ances du cin√©-club avec Les Visiteurs du soir de Marcel Carn√© ou L'Ann√©e derni√®re √† Marienbad d'Alain Resnais ! Plus tard, √† la Cin√©math√®que de Paris, j'ai pu me rattraper et d√©couvrir avec beaucoup d'√©motion les classiques. Mon apprentissage a commenc√© ainsi, avant m√™me mon entr√©e √† l'Insas (ndlr : Institut sup√©rieur de cin√©ma de Bruxelles) o√Ļ j'ai √©t√© particuli√®rement sensible au cin√©ma direct, exp√©rience ch√®re aux Canadiens. J'avais d√©j√† √©tudi√© la mise en sc√®ne et la direction d'acteurs durant mes √©tudes de th√©√Ętre. J'y avais aussi commenc√© l'√©criture. Au cin√©ma, je ressentais le besoin de ma√ģtriser la technique avant de passer √† la r√©alisation. Cette approche, tr√®s pragmatique, a r√©ussi gr√Ęce √† l'enseignement de l'INSAS. La lumi√®re, le cadre et le mouvement pour traduire des √©motions et un point de vue sont devenus tr√®s vite ma pr√©occupation de technicien de l'image. J'ai pratiqu√© la direction de la photographie lorsque l'exp√©rience m'int√©ressait particuli√®rement, par exemple le travail en studio √† Barcelone avec une grosse √©quipe pour Queen Lear ou bien le plaisir de faire partie de la belle aventure de Une Br√®che dans le Mur de Jillali Ferhati ou encore la tentation de pouvoir travailler en studio √† Hollywood dans Illusions.

Vous avez assuré l'image de vos deux premiers films, pourquoi pas celle du troisième ?

Alyam ! Alyam ! et Al Hal, n'auraient pas vu le jour si je n'en avais pas assuré l'image. Le premier, parce qu'il fallait absolument travailler en équipe très légère, réduite à sa plus simple expression pour capter la confiance et l'émotion des paysans. Le second pour des besoins de production, même si pour les concerts d'Agadir et de Paris, d'autres directeurs de la photographie m'ont fait l'amitié de me venir en aide : Mohamed Abderrahman Tazi, Abdelkrim Derkaoui et Jean-Claude Rivière.

Selon vos déclarations, ce troisième film est un peu autobiographique. Il n'est pas aisé de tourner sa propre histoire…

Il m'a fallu beaucoup de temps et de courage pour raconter √† cŇďur ouvert l'absence de la m√®re et les blessures de l'enfance. J'ai √©crit le sc√©nario en restant au plus pr√®s du r√©cit autobiographique qui laisse peu de libert√© pour son adaptation. L'image cin√©matographique doit √™tre au service d'un point de vue. Dans Les CŇďurs br√Ľl√©s, j'ai recherch√© la th√©√Ętralit√© et la l√©g√®ret√© pour donner, en contrepoint, toute la mesure du drame d'Amin Dayee. Il a r√©ussi sa vie professionnelle sous d'autres cieux, mais ne s'est pas compl√®tement construit et n'arrive pas √† vivre pleinement une simple histoire d'amour. M√™me la mort de l'oncle ne le lib√®re pas. Son retour √† F√®s r√©pond √† un v√©ritable besoin. Il y va de sa survie, de sa reconstruction. C'est la culture marocaine, notre maghr√©bit√©, qui constituera pour lui la th√©rapie.

La ville de Fès s'impose fortement, comme un personnage du film et un cordon ombilical entre les séquences…

Le choix de tourner mon histoire √† F√®s alors que je suis Casablancais a √©t√© capital. Par souci de coh√©rence, j'ai voulu que le film soit √† 100% fassi et tous les autres choix, dramaturgiques ou esth√©tiques, ont ob√©i √† la m√™me logique. F√®s a apport√© √©norm√©ment au film. Je n'avais qu'√† √™tre disponible, √† savoir observer, √©couter et me servir. Elle a offert de l'√©motion au film et cela gr√Ęce au travail de rep√©rage, qui doit beaucoup √† l'expertise de Rachid Cheikh et √† la parfaite connaissance de F√®s par un artiste amoureux de sa ville, Aziz Da√Įri. Le film joue beaucoup sur le temps et l'espace. √Ä F√®s, pass√© et pr√©sent se superposent, cohabitent et se croisent √† chaque coin de ruelle. C'est vrai que filmer F√®s est une garantie d'avoir de belles images. Avec le Noir et Blanc, ces images ont gagn√© en force et en charge √©motionnelle. C'est vrai aussi que si je suis particuli√®rement sensible √† l'image, je ne perds pas de vue que toute image, aussi belle et aussi forte soit-elle, doit √™tre au service d'une histoire pour √™tre pertinente.

Hicham Bahloul, qui campe votre r√īle, est extraordinaire, tout comme les autres acteurs d'ailleurs. Comment √™tes-vous parvenu √† un tel r√©sultat ?

Hichem m'a imm√©diatement convaincu pour le r√īle d'Amin Dayee mais, pour ne pas limiter son jeu, je ne lui ai pas dit que son personnage √©tait autobiographique. Je travaille sur la confiance du com√©dien pour lui donner plus de libert√© dans ses propositions. Dans Les CŇďurs br√Ľl√©s je ne recherchais pas la virtuosit√© flamboyante mais de la retenue. Gr√Ęce √† Abdelhak Berni, dont la collaboration de coaching a √©t√© pr√©cieuse, j'ai rencontr√© de vrais talents fassis connus ou moins connus, tous aussi remarquables. J'ai tenu √† les r√©unir avec d'autres venus d'autres horizons, en les √©quilibrant dans toutes leurs nuances pour former une performance d'ensemble. Pour moi, la direction d'acteurs est une question de nuances. C'est une construction o√Ļ il faut avancer par petites touches et en prenant son temps.

La musique était en parfaite symbiose avec le récit. Comment avez-vous opéré là ?

L'utilisation de la musique et des chants, qui jouent un r√īle dans la narration, a √©t√© d√©cid√©e depuis l'√©criture du sc√©nario. Ce n'est pas une d√©cision artificielle, car dans le milieu des artisans, le chant et la musique des confr√©ries repr√©sentent une expression authentique de leurs joies et peines. Mohamed Derhem et Abdelaziz Tahiri, deux v√©ritables artistes, ont apport√© au film leur talent avec la modestie des grands. Depuis Alyam ! Alyam !, la coh√©rence de mes choix esth√©tiques est command√©e par le sujet. Sans pr√©tention aucune, je me mets au service de l'√©motion en √©tant sensible √† la justesse. J'esp√®re avoir appris cela de l'√©cole documentaire, une √©cole de modestie. Je raconte les histoires, m√™me si c'est mon histoire comme cette fois-ci, √† ma mani√®re qui est plut√īt circulaire, faite de ruptures-digressions, mais aussi et naturellement d'associations, √† la mani√®re des conteurs. Je ne le fais pas ainsi parce que c'est moderne ou pas, mais parce qu'il me semble que si chaque chose se retrouve l√† o√Ļ il faut et au moment o√Ļ il faut, √† un d√©tour de rue par exemple, les choses deviennent plus lumineuses, plus parlantes, moins d√©monstratives et partant plus int√©ressantes.

Un petit mot sur la production, pour clore ce bref entretien ?

La production du film a √©t√© un v√©ritable d√©fi qui n'a pu √™tre relev√© que gr√Ęce √† l'engagement de Ali Kettani et Dino Sebti, de Sigma, √† l'aide d'Aziz Da√Įri de Gamma, ainsi qu'au soutien de 2 M et de Jean-Pierre Krief de KS Visions. Ce qui √©tait vrai, il y a 25 ans, l'est toujours aujourd'hui. Il ne faut surtout pas se fier aux statistiques. M√™me si nous produisons 12 √† 15 films par an au Maroc, la cha√ģne cin√©matographique est encore incompl√®te et il n'y a pratiquement pas de producteurs de films au Maroc ! Nous avons de vrais talents originaux au Maroc, mais le cin√©ma a besoin d'une vraie politique pour √™tre une cr√©ation vivante. Si nos films ne rencontrent pas notre public √† quoi servent-ils ? √Ä gonfler nos statistiques et nos Egos ?

par Mohamed Bensalah

Repères
Auteur, r√©alisateur, directeur de la photographie, producteur, n√© √† Casablanca en 1944, membre fondateur de l'Association des cin√©astes arabes en France et du Groupement des auteurs, r√©alisateurs, producteurs au Maroc, El Ma√Ęnouni a r√©alis√© deux longs m√©trages : Alyam ! Alyam !, s√©lection officielle au Festival de Cannes 1978, Grand prix du Festival de Mannhein et plus de 22 prix internationaux et Al Hal, s√©lectionn√© √† Londres et New York en 1982, 1er prix ESEC, Prix du public √† Rabat. Ce film a √©t√© choisi par Martin Scorsese au Festival de Cannes 2007 pour √™tre restaur√© et pr√©sent√© pour inaugurer la World Cin√©ma Fondation. Autres r√©alisations pour la T√©l√© : Les goumiers marocains (1993), La vie et le r√®gne de Mohammed V (2000), Maroc-France, une histoire commune (2005/2006) et enfin, Conversations with Driss Chra√Įbi (2007). Les cŇďurs br√Ľl√©s, r√©compens√© par le Prix de la meilleure mise en sc√®ne au festival du film arabe d'Oran (juillet 2008) m√©ritait sans doute le premier prix.

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Ahmed El Ma√Ęnouni

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