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rédacteur
Fortuné Bationo
publié le
13/05/2009
» films, artistes, structures ou événements liés à cet entretien
» les commentaires liés à cet entretien

Fortuné Bationo


Idrissou Mora Kpaï (Lagunimages, 2009)


Idrissou Mora Kpaï (Namur, 2005)


Arlit, deuxième Paris


Arlit, deuxième Paris


Si-Gueriki, la reine-mère


Si-Gueriki


Si-Gueriki


Si-Gueriki, affiche anglaise


Arlit


Arlit


Arlit


Arlit


Arlit


Arlit


Arlit


Arlit


Arlit


Arlit


Arlit


Jacques Besse, directeur de la photo, et ses assistants, à Arlit


Idrissou Mora-Kpaï, à Arlit


Logo MKJ (Paris)


Lagunimages 2009


Idrissou Mora Kpaï à Laguminages

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Idrissou Mora Kpai, réalisateur
"Pour les grands festivals, l'Afrique est hors jeu"
Le Festival de documentaire et de télévision du Benin, Lagunimages, qui s'est déroulé du 23 au 26 avril dernier, a rendu hommage au réalisateur béninois Idrissou Mora Kpaï. Pour lui, les relations nord sud sont aussi un rendez vous constant avec l'hypocrisie et la duplicité, deux démons que sa caméra prend plaisir à sortir de l'ombre. Dans cet entretien sans langue de bois, Idrissou Mora Kpaï tance aussi les festivals internationaux, coupables à ses yeux de tourner le dos aux films africains.

Pourquoi avoir choisi de faire des études sur la civilisation américaine en Allemagne ?
C'est une longue histoire. La civilisation américaine c'était à défaut de me rendre aux États-unis pour poursuivre mes études. Tout au long de mon périple, du Bénin jusqu'en Allemagne, il y avait la question de mon identité qui naissait tout doucement et qui se développait. À l'époque, l'Allemagne était très influencée par les États-unis et cette situation a créé des réflexions en moi. Cela m'a poussé à vouloir connaitre qui étaient les Noirs américains, d'où mon choix d'embrasser ces études là.
Toute la culture de la diaspora africaine aux États-Unis et les luttes du droit civique m'ont fait parvenir à la conclusion suivante : entre eux et nous, il n'y a pas de différences. Les luttes que les Noirs américains ont menées avant 60, on les a aussi menées un peu avant 60 pour avoir nos indépendances. Ces luttes sont liées. La lutte contre l'esclavage et ces esclaves qui ont lutté pour leur liberté et les luttes anticoloniales ainsi que celles qu'on continue de mener contre les injustices dans les rapports nord sud sont toutes liées.

Est-ce au nom de ces injustices là que vous avez décidé de réaliser un film comme Arlit, deuxième Paris ?
Oui absolument. Au fur et à mesure qu'on avance on se rend compte des injustices dont l'Afrique souffre. J'avais déjà fait un film Si-Gueriki très personnel et ce film m'a ouvert les horizons. Il fallait que je commence avec un film aussi personnel, un travail sur moi, sur mon identité, mes relations avec ma famille. Arlit, c'est une continuité de ce film.

Dans quel sens ?
Dans le sens où dans Si-Gueriki j'ai parlé de l'Afrique et de ses problèmes postcoloniaux, c'est-à-dire des indépendances jusqu'à nos jours. J'ai exploré à partir d'un point personnel, en partant de l'histoire de ma famille, tous les changements socio économiques et même politiques de l'histoire du continent africain. Il y a la condition des femmes, les difficultés pour l'Afrique de concilier tradition et modernité.
Ce dernier rapport tradition/modernité est un problème encore très présent. Pour nous qui sommes à l'étranger (ndlr il vit en France), on le sent beaucoup plus que ceux qui vivent ici. C'est un continent qui a de sérieux problèmes à concilier tradition et modernité. Donc c'est un problème fondamental pour l'Afrique.
Les problèmes économiques et de développement sont abordés dans le film Arlit. C'est notamment l'exploitation sans scrupule de nos matières premières par des entreprises occidentales. Le documentaire évoque la situation des travailleurs, de l'immigration à travers ces jeunes qui quittent le continent pour aller en Europe, des guerres tribales, des maladies, autant de problèmes liés et hérités de la colonisation. Voila pourquoi ces deux films sont liés.
Je suis parti de mes observations personnelles pour faire ce film. Prenons juste le cas de l'électricité en France. La classe moyenne ignore qu'elle provient des centrales nucléaires et que celles-ci sont fournies à 40% par l'uranium du Niger qui est l'un des pays les plus pauvres au monde, alors que la société qui exploite cet uranium est l'une des sociétés les plus florissantes du monde. D'un coté on parle de bénéfices et de l'autre de famine. Le pauvre qui meurt de faim est à la base même de l'économie du riche qui se réjouit de ses bénéfices. Voilà des contradictions dans les rapports nord sud. Cela vient de mes observations et du désir de montrer certaines injustices qui régissent les rapports nord sud. C'est une manière de dénoncer les hypocrisies.
On entend souvent dire : "ces Africains ils sont pauvres, quand est-ce qu'ils vont se développer ?". En réalité, ce qui empêche l'Afrique de se développer, c'est l'occident, ce sont ces multinationales. Ce que j'ai fait pour Arlit n'est qu'un exemple parmi mille autres.
Prenons le cas du pétrole. Le Nigeria, on ne peut pas imaginer que ce pays de désordre, de chaos, de tous les maux, puisse produire tant de quantité de pétrole et les entreprises qui sont derrière en font quelque chose de bien pour leur pays. Il y a aussi l'exemple de l'Angola.
Moi, j'ai juste pris le cas peu connu de ce produit dangereux qu'est l'uranium, qui non seulement n'apporte pas de bénéfices aux Africains, mais tue les Africains. Ce que j'ai vu à Arlit, ce sont des ouvriers mal informés, qui travaillent sans protection, qui après avoir travaillé 20 ans, 30 ans sont malades de cancer. Des ouvriers que tout le monde a abandonnés et l'État nigérien et la société qui exploite t de l'uranium. Beaucoup sont morts et personne n'en parle.

Le Festival de Cannes s'annonce. Il y a un cinéaste africain, Souleymane Cissé, qui a vu son dernier film sélectionné, mais hors compétition. À Berlin, il n'y a eu qu'un seul film africain dans la sélection officielle. Qu'est-ce que cette quasi absence vous inspire ?
L'absence des films africains est le reflet de ce que représentent nos cinémas qui sont marqués par une faiblesse de la production. Je ne pense pas que nos films soient absents dans ces festivals parce qu'on nous déteste. Je pense qu'il y a un travail de base à faire sur le continent. Il y a d'abord le problème de production à resoudre.Pas seulement de productions, parce que pour produire, il faut savoir ce qu'on produit et comment produire. Donc il y a un problème de formation qui se pose. L'Afrique manque de cinéastes et le peu de cinéastes actifs manquent de moyens pour faire des films.
Il manque une volonté politique. Pour l'instant nos hommes politiques ne voient pas l'importance de ce métier là. Pour eux, ce n'est pas une priorité. De l'autre coté, ceux qui nous aident, ces grands pays qui organisent les festivals, ont aussi une part de responsabilité. Je n'ai pas l'impression qu'ils veulent que notre cinématographie se développe.

Comment ?
Ils sont les seuls décideurs de comment nos cinémas africains peuvent être financés. Je prends le cas de l'Union européenne qui nous donne des financements pour faire nos films, mais sans nous consulter, sans demander aux Africains de quelles façons nous souhaitons être financés pour que nos cinématographies se développent vraiment. Nous recevons ces financements depuis combien d'années, mais ça n'a rien donné. Donc, il y a quelque chose qui ne va pas. Il faut revoir les choses.
Je suis en colère de constater que dans les grands festivals, de grande renommée, l'Afrique est complètement absente : à Berlin, à Cannes et à Venise, c'est dommage. Les gens ne cherchent plus à savoir s'il y a des films ou pas, parce qu'on a été absent pendant longtemps. Pour eux, l'Afrique est hors jeu. Il n'y a plus de curiosité. Nous sommes classés dans une sorte de catalogue. Pour eux, tout ce qu'on fait n'est pas bon. Il faut qu'on arrive à sortir de ces clichés ; peut-être par un film qui ne peut pas passer inaperçu et là, on peut revenir. Notre situation fait qu'aujourd'hui même quand tu fais un bon film, les gens ne reconnaissent pas qu'il est beau. Il y a des jeunes Africains qui font de belles choses, mais ils sont blâmés par la situation du continent. Les gens pensent que de ce continent rien de bien n'en sort. Des festivals qui ne font pas d'effort pour savoir si les Africains ont produit des films ou pas. Et, à la dernière minute, ils voient que l'Afrique est absente dans la liste de leurs films et alors ils balancent quelqu'un comme membre du jury pour juste représenter le continent et colorer leur jury. Ce n'est pas pour sous-estimer la valeur de certains cinéastes qui sont des cinéastes de renom qui ont fait des films extraordinaires comme Gaston Kabore qui était dans le jury de Berlin. Moi ce n'est pas le fait qu'il soit dans le jury, mais c'est le fait que l'Afrique n'ait pas de films à Berlin qui m'a énervé, qui m'a révolté, je dirais même. Je préfère qu'on n'ait pas un Africain dans le jury que d'en avoir. Surtout que ça se repète.Sincèrement, quand est-ce on nous prendra au sérieux ?
Moi j'ai vu quelques fois des films venant d'Asie, beaucoup de films coréens dans leur programmation. Par curiosité, je suis allé voir ces films. Je me suis dit : "Mais non, arrêtons!". On ne peut pas me dire que ces films sont vraiment meilleurs que les films africains qui n'ont pas été sélectionnés. Au niveau du jury, les gens ne font même plus un effort pour voir jusqu'à la fin un film africain. Ils partent avec l'idée que le produit n'est pas bon, c'est un Africain.
C'est asiatique ? Oui ! oui ! C'est bon. L'Asie bouge économiquement donc, bouge aussi dans la cinématographie. Alors tout ce qui vient de l'Asie, même le film moche est sélectionné. Il y a de beaux films asiatiques, j'ai vu aussi des beaux films coréens. Mais ce n'est pas tous les films coréens qui passent à ces festivals qui sont de grands films.
Ils ne sont pas meilleurs que nos films qui ont été refusés dans ces festivals là.

Entretien réalisé à Cotonou
par Fortuné Bationo

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