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rédacteur
Mahmoud Jemni
publié le
02/02/2010
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Mahmoud Jemni


Nour-Eddine LAKHMARI


Casanegra


Fameck/Val de Fensch 2010


Haïtham El Idrissi


Hassan Skall


Anas Elbaz (Karim) dans Casanegra


Omar Lotfi (Adil) dans Casanegra


Mohammed Benbrahim (Zrirek) dans Casanegra


Casanegra


Casanegra, Storyboard de Naoufal Lhafi


Casanegra, Storyboard de Naoufal Lhafi


Casanegra, Storyboard de Naoufal Lhafi


Casanegra, Storyboard de Naoufal Lhafi


Anas El Baz


Nour-Eddine Lakhmari, 2008


Omar Lotfi


Driss Roukhe (Beau-père) dans Casanegra



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Entretien de Mahmoud Jemni avec Nour-Eddine Lakhmari, cinéaste
Festival de Fameck 2009
Casanegra de Nour-Eddine Lakhmari, dédié à la mémoire de Hassan Skali, beau et cruel a eu une bonne presse et un accueil public chaleureux là où il a été projeté. Il porte à l'écran l'histoire de petites gens vivant dans une Casablanca revisitée la nuit, pour nous dévoiler un visage autre de cette agglomération et lui faire mériter son qualificatif "Casanegra". Pour en savoir plus et éclaircir quelques aspects de cet opus nous avons fait parler le réalisateur. Interview.

"Casanegra" est-il cinématographiquement parlant le le livre autobiographique "Le Pain nu" de Mohamed Choukri ?

Noureddine Lakhmari :
Je te remercie pour cette question. Certainement, j'étais dans cet esprit de montrer le Maroc tel qu'il est aujourd'hui, sans tomber dans le misérabilisme. Je voudrais dire à mes compatriotes qu'il est temps de regarder dans la rue car il s'y passe beaucoup de choses. Soixante-dix pour cent de notre population est jeune, mais elle est absolument négligée. Cette tranche d'âge n'a ni idéaux ni rêves. Elle ne fait que se bagarrer chaque jour. J'ai voulu montrer le Marocain angoissé et perdu dans cet espace dit Casablanca et dire que le Maroc n'est pas le plus beau pays du monde, comme on le prétend. Le Marocain souffre. Malheureusement, il ne lui reste plus que le rêve. En guise de réponse à ta question : oui, il y a du Mohamed Choukri et du "Pain nu" dans mon film [1].

À les voir, de l'extérieur, tes jeunes personnages sont violents : Karim et Adil, hormis Haitham l'ami de la tortue. Mais, intrinsèquement, ils sont doux, dociles et débordant d'amour. Qu'est-ce qui justifie cette contradiction ?

Comme tu le sais, je vis en Norvège depuis 24 ans. Chaque fois que je rentre au pays, je sors la nuit, je rencontre énormément de gens agressifs. Mais, dès que je m'installe avec ces gens là, je les trouve doux avec beaucoup d'amour à donner et à recevoir. Ils sont très tendres. Plus je faisais mes recherches, plus je trouvais que ce sont des victimes d'une société très brutale. La société marocaine pratique un racisme social d'argent. J'estime que cette violence est due à l'inégalité sociale. En leur posant la question pourquoi vous êtes violents ? Ils répliquent : "nous n'avons jamais cherché à être dans la rue. Tout ce que nous voulons, c'est avoir du travail et être en sécurité. Nous voulons d'une vie normale." Cette colère intériorisée les pousse à être violents. Ils mettent une espèce de masque mais, en réalité, ce sont des gens fragiles.

Haitham El Idrissi a un jeu subtil surtout quand il s'adresse à son unique amie, la tortue. Elle est pour lui la fiancée, la famille, la sécurité. Il n'est pas un acteur professionnel. Comment tu as pu le diriger ?

Tous mes acteurs n'ont jamais tourné auparavant. C'est un grand challenge. Je ne voulais pas des acteurs connus. J'ai opté pour des novices car cela entre dans mes choix artistiques. J'ai fait un casting sauvage. Omar Lotfi est venu pour faire le figurant mais je lui ai confié le rôle principal. Il campe Adil. J'ai fait autant pour Haitham. Mes jeunes viennent d'une classe moyenne, donc ils connaissent ces gens de la rue. Ils ne sont pas de vrais acteurs, mais ils ont du talent. Je me suis dit qu'il faut utiliser la rue comme un élément. Nous sommes sortis tous dans la rue. Mes acteurs se sont imprégnés des personnages et des lieux. Nous avons tourné dans le quartier de Haitham. Durant deux mois, on sortait chaque jour pour qu'ils côtoient les laissés pour-compte et épousent leur personnage respectif. Je voulais qu'ils comprennent qu'il ne suffit pas de camper uniquement son propre personnage, mais s'imprégner, aussi, d'autres personnages. Omar, comme je l'avais signalé, est issu d'une classe moyenne. Il ne connaît pas la violence. Pour pouvoir la transférer à l'écran, il est nécessaire de vivre avec les gens de la rue, d'observer leurs comportements et d'en faire sien pendant le tournage. Il a vu, comme nous tous, des choses horribles. Malgré ce que nous avons vécu dans la rue, j'estime que mon film représente à peine 20% de ce que nous avons constaté. Quant à Haithem, je lui ai demandé de faire un peu le fou du quartier. Effectivement il y avait un réel personnage vivant dans la rue. Ce dernier avait un chat comme ami. Il l'a parfaitement observé. Lors du tournage, j'ai substitué le chat par une tortue. C'est grâce à la fréquentation et l'observation de la réalité que j'ai pu diriger mes acteurs, y compris Haitham.

Tu as opté pour une fin ouverte. Ne fallait-il pas trouver une autre solution pour libérer les victimes, en l'occurrence : l'enfance et la femme ?

C'était très difficile ; on avait trois fins. On s'est dit : est-ce qu'ils vont prendre l'argent, partir en Suède et se marier avec la bourgeoise ? Mais, à la fin, on s'est dit pourquoi trouver une solution puisque cela continue dans notre société. J'ai choisi une fin ouverte puisque ces jeunes là existent encore. Ces jeunes tournent en rond. Donc, dans Casa' comme dans la société marocaine, d'ailleurs, la situation n'a pas évolué. Les gens ont besoin de rêver pour croire à quelque chose. Malgré qu'ils vivent dans une espèce de spirale, une fin ouverte s'impose pour dire que ces jeunes continuent à rêver et gardent un certain optimisme.

Concernant la violence, surtout verbale, comment ton film a été accueilli par les spectateurs ?

Certains journalistes l'ont vu en avant première et l'ont accepté. Un journal de la place estime que les paroles vont choquer le spectateur marocain. Au Maroc, concernant ce registre, nous sommes en retard par rapport à l'Algérie et la Tunisie. Dans ces deux pays, la violence verbale a été déjà utilisée dans le cinéma. J'ai voulu transposer ce type de communication à l'écran pour démontrer comment parle le Marocain au quotidien. Il parle crûment. Sachant que mes compatriotes disent plus que ce qui a été véhiculé par mon film. Il est temps qu'on se regarde dans le miroir. "Dinommek" (insulte de la religion de la mère) est une expression qu'on utilise souvent au Maroc. Qu'on cesse notre hypocrisie.
Les films tunisiens, algériens, sont beaucoup plus libres dans leur langage que les nôtres. Aucun mal de dire aux Marocains, voilà comment on parle, bien que c'est cru et brutal. Il ne faut plus embellir les dialogues pour plaire à l'establishment. Je fais du cinéma et non de la morale. En tant qu'artiste, il m'incombe de dresser le portrait de ma société.

Parlons esthétique. La nuit est omniprésente. Symbolise-t-elle un rapport autre à la lumière ?

C'est simple, car je vois Casablanca comme deux villes. La journée où il y a beaucoup d'activités, les gens n'ont pas le temps l'un pour l'autre. Ils sont dans une hystérie. Mais la nuit, le côté noir des gens sort. Il y a aussi cette catégorie de gens qui occupent l'espace, la nuit. Je voudrais de la belle Casa d'antan. Aujourd'hui, elle est délaissée et délibérément détruite pour des raisons lucratives.
La nuit me permettait aussi de rentrer dans les têtes de mes personnages. Il y a une espèce de claustrophobie. Les gens vivent dans une ville labyrinthe. Casa est magnifique, je l'ai illuminée la nuit car je ne la trouve pas assez éclairée. Je suis en train de dire aux Marocains : " Certes, cette ville est violente, mais regardez ses côtés magnifiques". En même temps, je voudrais dire que ces deux personnages principaux sont perdus dans un espace architecturalement beau, mais délabré. J'ai voulu utiliser l'espace comme un élément dramatique pour dire aux jeunes perdus que leur ville a été violée comme eux.

Par un montage rapide et nerveux, tu as bousculé notre représentation du calme surtout la nuit. Pourquoi ?

Exactement, c'est exprès démonter l'empressement de la vie à Casa et que les gens n'ont pas le temps pour se reposer. Ils stressent. Ils n'ont même pas un moment pour se regarder dans le miroir ou dire "qui suis-je ?". Les gens sont complètement perdus.

Quel jugement portes-tu sur le festival de FAMECK ?

Ce festival puise son importance du fait qu'il invite des films arabes (du Maghreb au Moyen Orient). Du coup cette région trouve une visibilité et donne à regarder sur ce qui se passe dans le monde arabe. L'importance de la communauté d'origine arabe vivant dans la région renforce cette importance du même, pour renforcer le brassage culturel avec les autres communautés. Ce festival renforce le brassage culturel et permet de s'ouvrir sur d'autres cultures. Le cinéma et les images qu'on donne à voir permettent aux différents groupes de communiquer et de se comprendre.

Entretien conduit par Mahmoud JEMNI

((1]) Le livre Le Pain nu de Mohamed Choukri (1980) a été adapté au cinéma par Mohamed Rachid Benhadj (Italie-France-Algérie, 2004) avec Saïd Taghmaoui, Faycal Zeghadi, Bilel Lasini, Sanaâ Alaoui.
Mohamed Choukri est parfois crédité sous le nom de Mohamed Chokri

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Casanegra 2007
Nour-Eddine Lakhmari

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Le Regard, (de Nour-Eddine Lakhmari, Maroc)
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Nour-Eddine Lakhmari

 

 

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