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rédacteur
Mahmoud Jemni
publié le
02/02/2010
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Mahmoud Jemni


Aziz Salmy




Amours voilées


Amours voilées


Amours voilées


Hayat Belhalloufi dans Amours voilées


Amours voilées


Aziz Salmy


Aziz Salmy

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Entretien de Mahmoud Jemni avec Aziz Salmy, cinéaste : "Parler du dilemme d'une jeune musulmane marocaine d'aujourd'hui"
Festival de Fameck 2009, France
Amours voilées premier long métrage d'Aziz SALMY met en scène les contradictions d'une pédiatre marocaine tiraillée entres ses convictions religieuses et sa passion pour un homme. C'est film sur les femmes, leur déchirement et leur amitié. Présenté au festival du Fameck (du 7 au 19 Octobre 2009), il a obtenu le prix du public. Manière d'exprimer leur prédilection.
Le réalisateur nous a éclairci quelques points avant cette consécration. Interview.

Je trouve que les femmes dans "Amours voilées" sont positivement représentées. Elles sont entreprenantes, franches, gaies, sincères. Elles s'assument beaucoup plus que les hommes. Et ce vrai et pourquoi ?

Aziz Salmy :
C'est vrai, car il s'agit d'un film sur les femmes et sur leurs problèmes. Cette réalisation parle des femmes marocaines d'aujourd'hui, émancipées, qui arrivent, un petit peu, à s'assurer grâce à leur métier, leur instruction etc… Comme vous le savez tous les changements viennent des femmes quel que soit le domaine, éducatif ou social. La femme, quand elle a un espace de liberté pour pouvoir s'exprimer assure les transmutations escomptées.
Autrefois, elle était opprimée, elle ne pouvait ni aller à l'école ni sortir. En conséquence, la femme ne pouvait rien faire du fait que l'homme était là. C'est lui qui gérait tout. Aujourd'hui, elle a une marge de liberté et une certaine égalité. Elle a le droit de faire des choses. Elle prend de l'espace et commence à s'affirmer.

Cette bande de filles est de classe moyenne et d'une certaine instruction. Pourquoi vous les avez fait parler en français et pas en langue maternelle ? En quoi cela gênerait le film si elles avaient parlé dans leur langue ?

Non, cela ne gêne pas le film. D'abord, elles ne sont pas d'une classe moyenne, de par leurs études. Elles ont toutes réussi leur carrière. Il y a la pharmacienne, la doctoresse en droit, la pédiatre et la radiologue, il n'y a finalement que Houyem qui est esthéticienne. Cette dernière n'a pas raté ses études mais elle s'est mariée avec un mari souvent absent. En son statut d'immigré, il n'est jamais là. Elle s'est trouvée, donc, avec deux gosses. C'est la seule qui échappe un petit peu du lot. Ce qui fait qu'elle parle beaucoup plus arabe.
Si les diplômées ne parlent pas arabe cela s'explique par le fait que dans les pays arabes et plus particulièrement du Maghreb, le bilinguisme est pratiqué systématiquement. Quand on appartient à une classe un peu instruite, on parle en même temps les deux langues. Même la personne qui veut se garer vous parle trois mots en français et deux mots en arabe.
Et après c'est un mode de communication tellement courant dans notre société que je n'ai pas choisi, il s'est imposé de force. D'ailleurs, dans le scénario de départ, ce que j'avais écrit en arabe mes comédiens l'exprimaient en français quand ils le sentaient mieux. On n'a jamais soulevé le problème de la langue, on se souciait plus de la fluidité dans la discussion. C'est un comportement collectif à l'échelle du Maghreb et surtout au Maroc, le pays que je connais le mieux.

Le spectateur, ressent très bien le profond travail psychologique que vous avez mené au niveau des personnages, essentiellement El Batoul. Cette dernière, malgré son port de voile et l'approche du mois saint le Ramadan, multiplie l'aventure, donne un ultimatum à Hamza pour qu'il se décide mais elle ne le respecte pas. N'y a-t-il pas de schizophrénie chez-elle ?

Certes, mais ce n'est pas spécifique uniquement chez elle. La schizophrénie est chez tout individu et plus particulièrement les Arabes. Notre problème aujourd'hui c'est que nous sommes dans le syndrome de la schizophrénie totale dans la mesure où nous avons à la fois l'instruction et l'envie d'être comme en Occident, mais en même temps nous sommes enracinés dans notre profond patrimoine oriental. Cette contradiction que nous couvons nous départage entre vivre une certaine liberté et garder les coutumes du pays. Cet oscillement entre ce que nous sommes culturellement et ce que nous désirons au quotidien amplifie le déchirement d'El Batoul. Cette fille multiplie l'aventure avec le même mec, parce qu'elle est très sérieuse dans son amour. Il est vrai qu'elle lui adresse un ultimatum mais son amour est tellement fort que finalement elle n'arrive pas à respecter son injonction. Elle finit par craquer à tel point qu'elle lui avoue au café en disant "On va pas rater cette soirée, on continue." Ce renoncement s'explique par le fait que toute femme qui arrive à un certain âge, et qui s'est donnée pour la première fois à un homme n'a pas envie de le changer pour un autre. Il est l'homme de sa vie. Elle se dit : "comment justifier un second petit ami, sachant que j'ai couché avec mon premier et que je porte le foulard ?".
Toutes ces questions se précipitent dans son esprit et la poussent à garder son premier copain, malgré le signe ostentatoire qu'elle exhibe. Ce n'est pas trop facile de l'oublier. Voilà la cause du déchirement dans ce film.

Amours Voilées est un film sur la solidarité féminine. Certes ?

Il est plus sur l'amitié que sur la solidarité. Dans la solidarité, il y a une notion de revendication quelque part. Or, c'est un film qui traite de l'amitié et de la complicité des femmes. Les dames s'envoient toutes les piques inimaginables sur leurs états, leur physique, leur corps, leur cellulite, leur fréquentation, mais en même temps, elles ne permettent pas à n'importe qui de dire du mal d'une copine. C'est cette idée que j'avais envie de défendre, pour démontrer qu'il y a des fois une amitié forte et sincère autant chez les femmes que chez les hommes. Nous, les hommes si on s'envoyait les mêmes vacheries que les femmes s'échangent entre elles, je pense qu'on ne se parlerait plus entre nous après. Les hommes sont beaucoup plus rancuniers. La fierté masculine engendre tout de suite une rupture très importante. Alors que les femmes peuvent se déchirer très fort par des injures, puis elles craquent, se tiennent dans les bras jusqu'à se demander pardon et faire repartir de nouveau leur amitié.

Hamaza, ce personnage qui n'est pas aussi profond que les filles ? représente-il une frange du peuple marocain ou l'homme marocain ?

Représenter l'homme marocain, c'est trop dire. Non, c'est juste le fantasme d'El Batoul. C'est l'homme dont elle rêvait. Il a peut être l'âge qu'aurait pu avoir son père s'il était toujours vivant. Sauf que son père est décédé quand elle avait seize ans. Depuis sa disparition, elle s'est retranchée dans les livres. Elle voulait terminer avec ses études. Du fait, elle s'est toujours refusée un homme jusqu'au jour du mariage mais les copines la charrient tout le temps et se moquent d'elle avec des propos du type "allez la pure ! Allez la vierge ! ". Alors, il se trouve qu'un jour elle a eu l'occasion de rencontrer Hamza. Ce dernier l'a intriguée avec son style énigmatique. Hamza est entre baroudeur et play-boy. Il n'est pas très beau, il n'est pas très soigné non plus mais en même temps il est délicat et charmant. Il a un style. Autant qu'il la dérange, il l'intrigue et du coup il devient l'homme qui attire son regard. Mais, il n'est pas l'homme que lui prédestinait sa mère. Hamza est plus bohémien que play-boy. Les femmes sont attirées par les bohémiens que les play-boy.

Il y a deux scènes fantastiques qu'on pourrait appeler respectivement "chorégraphie", et "scène aquarium". Dans la première on voit que les pieds et les vêtements arriver par terre un à un, manière d'informer sur ce qu'entreprennent les deux protagonistes : El Batoul et Hamza.
Dans la deuxième, El Batoul et Anès seuls dans la chambre. Ce dernier est accablé par le regard les femmes qui le fixent de part et d'autre des vitres.
Quel est le sens de ces deux scènes et comment vous avez opéré pour les réaliser ?


À un moment donné, j'avais envie de tourner la première scène de la manière la plus réaliste possible. Lors des répétions, j'ai demandé aux acteurs à ce qu'ils soient entre passion et violence, un peu à la manière de ce qu'on voit dans les films américains. Comme vous le savez, un réalisateur auteur a des fantasmes, des façons d'interpréter le rôle. Le metteur en scène interprète pratiquement dans sa tête tous les rôles. Mais, du moment que tu as des voix, des expressions et des corps qui sont ceux des acteurs, tes fantasmes à toi seront moulinés dans leurs façons de faire. Après, tu n'as qu'à récupérer chez eux le couronnement de ce que tu leur as proposé. Des fois, tu es surpris de voir que finalement il y a des choses qui peuvent passer mieux que ce que tu as écrit et recommandé par la suite.

J'ai obtenu un bon rendement pendant les répétions. La violence exigée était extraordinaire. Je pensais même tourner la scène et la garder pour le montage mais pour deux raisons m'ont inhibé. La première logique est purement matérielle : on ne pouvait pas garder les décors pour répéter autant de fois la scène. Le fait de penser à la censure constitue ma deuxième raison. Je me suis dit : "finalement une telle scène risquerait d'être choquante, la censure va s'en mêler, me couper un plan ou deux et du coup je me trouverais avec une séquence bancale". Bien qu'aujourd'hui on n'a presque plus de films censurés. On peut estimer que la censure a évolué. Elle n'a que la possibilité de mettre moins de douze ou seize ans. Parfois, il y a du bonheur de croire que tu risquerais d'être censuré. Ce sentiment te pousse à faire travailler tes méninges. Ainsi, tu penses à autre chose qui pourrait t'aider à concrétiser ce que tu escomptais. J'ai décidé donc de prendre juste leurs jambes et laisser les vêtements tomber jusqu'au dernier slip afin que le spectateur déduise de lui-même la signification de cette séquence. La scène s'est déroulée de manière importante. Les deux protagonistes se trouvaient mieux dans cette mise en scène et du coup je n'ai pas choqué les adultes qui auraient vu le film avec leurs enfants.

Quant au sens de la scène dite "aquarium" c'est pour dire que c'est très intéressant qu'on n'entende pas ce qu'elle lui raconte, parce que de toutes les façons on sait ce qu'elle va lui raconter.
Par la scène appelée "aquarium", je voudrais valoriser le silence, de par son éloquence et la multitude d'interprétations qu'il nous offre. Le spectateur assiste à une communication mais il n'entend rien. Même les copines ne sont pas sûres qu'elle va tout lui avouer.
Je voudrais aussi les démontrer comme deux poissons qu'on observait de l'extérieur. J'avais envie dès le découpage que ce mec apprenne cette vérité en sourdine et que les autres ne comprennent pas ce qui se passe sauf la copine qui dit : "zut, elle est en train de lui avouer la vérité et risque peut être d'accepter de l'épouser, donc je vais avertir l'intéressée".

Garder un enfant illégitime est-ce pour redorer l'image d'El Batoul jusque là indécise ?

Oui, c'est aussi pour mettre en exergue toutes les contradictions d'El Batoul. Cette dernière considère que faire évacuer un fœtus est un péché. Elle ne conçoit point de la même sorte le fait de coucher plusieurs fois avec son homme en dehors du cadre légal. Cette femme, malgré les arguments de sa copine pour qu'elle fasse sauter le bâtard s'entête. Elle a sa propre interprétation du pêché.
Finalement, le degré de la transgression est en fonction de l'individu. C'est comme quelqu'un qui dit que c'est possible de faire porter une jupe sous les genoux mais c'est inadmissible dès que la jupe est au niveau du genou.

Puisque tout est relatif, elle s'est faite pardonner toute seule. Elle s'est dite moi j'avais la passion, l'amour, le désir mais abandonner un enfant c'est un délit. Finalement elle a raconté la vérité. Dès le moment où elle a tout avoué à sa mère et à Anès, elle n'a plus besoin de se cacher.
On ne sait pas si c'est un moment de colère, ou de revanche ou parce qu'elle tient toujours à lui, mais elle a fini par ordonner à Hamza de partir. Elle va élever son enfant toute seule. C'est le cas de beaucoup de femmes aujourd'hui, des fois elles n'ont pas envie de se farcir un mec. Vivre avec un homme toute la vie ce n'est pas intéressant. Elles cherchent uniquement le géniteur. Le mari à temps plein, elles n'en veulent pas. C'est un procréateur qu'elles cherchent.

Le foulard, de par sa symbolique, est représenté. Tout ce qui a trait à ce signe a été occulté. Est-ce par calcul, pour ne pas attirer la foudre des Barbus, entre autres ?

Comme je l'ai déjà dit et écrit dans la présentation de mon film : le foulard n'était qu'un prétexte. Je n'avais pas envie de faire un spectacle sur le foulard islamique pour ne pas tomber dans la récupération idéologique. Je n'ai pas le souhait de traiter cette thématique qui continue, comme en France avec le Borkaâ (ou Burqua). J'avais le désir de parler du dilemme d'une jeune musulmane marocaine d'aujourd'hui qui décide de porter le foulard, non pas parce qu'elle est martyrisée par son père, ou elle est une bonne ou une femme misérabiliste qui n'a pas d'intelligence et d'instruction.
Je voulais dire qu'il y ait des femmes, d'un certain âge et d'un certain milieu, qui prennent le foulard. Elles sont conscientes de ce qu'elles font. Tandis qu'autrefois, elles sont acculées dans leur tête : "mettre le foulard est une façon de trouver très vite un mari". Si cette assertion est juste, l'homme n'est-il pas responsable dans la mesure où il aime bien fréquenter les filles et aller en boite avec elles. Mais dès le moment où il pense à se marier il va chercher une fille foulardée. Il estime qu'une fille portant le foulard est beaucoup plus protégée. Ce qui fait que l'homme est quelque part responsable du comportement féminin. Il y a un aller-retour à faire sur notre société et nos contradictions.

Le scénario, avec qui vous l'avez écrit ? Quel temps, il a nécessité ? L'avez-vous respecté lors du tournage ?

L'écriture de ce scénario m'a pris pratiquement deux ans et demi. J'écris tout seul et je ne respecte jamais mon scénario. Ce scénario a été écrit deux fois avant d'être sélectionné par Sud Ecriture en Tunisie. Le stage m'avait beaucoup plus perturbé qu'autre chose parce que ce n'était plus vraiment mes idées. Je commençais à ne plus comprendre où cela menait. J'ai enlevé les scènes qualifiées de "peu envisageables, gratuites, celles qui sonnaient faux.." Je l'ai regretté par la suite. Ces scènes me paraissaient très belles. Je pense que je n'étais pas assez solide pour dire : "d'accord j'en prends note, mais je n'en tiens pas compte" ?
Après mon retour au Maroc j'ai réécrit tout seul, plus ou moins différemment, à l'instar de mes courts métrages. C'est peut être une manière de me protéger à tort ou à raison. On a peur d'être avec quelqu'un d'autre qui chaque fois vous emmène dans un autre chemin qui ne pourrait pas être le bon et quand on revient au point de départ on se rend compte du temps perdu.
En tout cas, le prochain scénario je l'écrirai avec un spécialiste.

Entretien conduit à Metz par Mahmoud JEMNI

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