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rédacteur
Hassouna Mansouri
publié le
04/08/2010
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Hassouna Mansouri


Sa√Įdou A. BARRY


Youssouf Djaoro (Adam) dans Un homme qui crie


Un homme qui crie


Un homme qui crie


Mahamat-Saleh Haroun, sur le tournage de son film Un homme qui crie


de Youssef Chahine, √Čgypte


de Djibril DIOP Mambéty, Sénégal, 1992


de Pier Paolo Pasolini, Italie, 1970

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"Tout ce qui est grand m'appartient"

En réaction à l'article de notre collègue Alcény S. Barry que je trouve assez constructif bien que je ne puisse le suivre dans toute son argumentation. Mais son interpellation mérite d'être débattue au niveau de notre réseau. C'est en effet, en engageant des discussions de ce genre entre critiques africains que nous pourrons réinventer la critique et le cinéma comme il le dit. Et Africiné est né et existe pour cela. D'abord je le remercie pour l'intérêt qu'il a accordé à mon texte et pour avoir essayé de mettre l'accent sur un point que je voulais aussi souligner : la profondeur tragique d'Un Homme qui crie, le nouveau film de Mahamat-Saleh Haroun.

Sur ce point nous sommes tous les deux d'accord, je trouve. Que la mati√®re tragique "Tchadienne" ou "Africaine" vaut toute autre mati√®re, l√† aussi nous sommes d'accord. C'est m√™me le sens de la r√©flexion que j'ai essay√© de formuler dans mon article non pas en faisant des personnages du films des clones des personnages mythiques "occidentaux" ni en appliquant une grille narratologique "occidentale". Ce serait trop na√Įf.
Quand il s'agit d'art et de pens√©e l'Occidental en soi, ou l'Africain en soi n'ont aucun int√©r√™t. C'est le sens de la d√©marche de Pasolini quand il adaptait Les mille et une nuits, ou en formant le projet d'une Orestie africaine‚Ķ C'est aussi l'id√©e de Peter Brook en allant vers le fond culturel hindou √† travers son Ňďuvre majestueuse, Le Mah√Ębh√Ęrata. Les id√©es n'ont pas de fronti√®res, pensait Youssef Chahine dans Le Destin et qui disait ailleurs¬†: "Tout ce qui est grand m'appartient".

Pour ma part, il est tout √† fait l√©gitime qu'un cin√©aste africain puise dans une mati√®re non africaine pour r√©aliser des Ňďuvres personnelles. Encore une fois je ne sais pas si c'est le projet de Haroun. Par contre quel serait, sinon, le sens d'une Ňďuvre aussi importante que Hy√®nes r√©alis√©e par Djibril Diop Mamb√©ty en 1992 avec Ami Diakhat√© et Mansour Diouf. Ce film est inspir√© sans aucun complexe de la pi√®ce La visite de la Vieille Dame du dramaturge suisse Friedrich D√ľrrenmatt. La m√™me pi√®ce avait auparavant inspir√© La Rancune (The Visit est le titre anglais) en 1964, un film de l'Autrichien Bernhard Wicki, avec Ingrid Bergman et Anthony Quinn.
En effet, mon intention avec l'article sur Un Homme qui crie est de d√©fendre la dimension universelle du film. C'est ma conviction et je l'assume. J'estime que tout artiste ou critique ou intellectuel du monde entier devrait s'en r√©clamer en toute l√©gitimit√©. L'universalisme ne signifie pas le mim√©tisme d'une culture h√©g√©monique mais le d√©passement de toutes formes de fronti√®res. C'est l√† le d√©fi et c'est l√† o√Ļ je ne suis pas notre ami Barry.

Je suis Africain non pas parce que je suis en opposition avec l'Autre (Européen en l'occurrence). Mais nous contribuons tous au "Génie Humain" et je ne devrais en aucun cas avoir de complexe à puiser mes outils d'analyse et de réflexion dans n'importe quel fond culturel. Il se trouve que la matière, dite Européenne nous est, nous africains, plus proches que d'autres à tel point que les différentiations paraissent souvent forcées, pour ne pas dire inappropriées. Cela revient à des facteurs complexes d'histoire, de géographie, de politique, … et de rapport de forces etc..

J'ai eu recours à la matière tragique grecque comme des schèmes mentaux de représentation qui en fait ne sont pas propres à l'Europe. Le tragique est un fond humain et Barry a raison de le retrouver dans la réalité même du Tchad. Haroun a essayé, je pense, de représenter cela par le cinéma. Il n'a peut-être pas nécessairement pensé aux mêmes éléments que moi. Ce qui manque c'est que notre ami Barry puisse aller plus loin dans sa réflexion et nous montrer la portée intellectuelle et culturelle du tragique au-delà des faits et comment cela se traduit ou pourrait se traduire par des formes d'expressions artistiques. C'est un champ d'investigation digne d'intérêt et je le remercie de pousser dans cette direction.

Après des années, voire de décennies, de travail sérieux sur le rapport de l'Occident au reste du Monde, Edward W. Said déclarait n'avoir pas d'Orient en soi à défendre. Et Achille Mbembé, le philosophe camerounais le suivra plus tard en poussant plus loin encore cette approche postcolonialiste des rapports entre les cultures. Rien n'existe en soi. Le métissage, culturel du moins, est le salut de l'humanité. Le multiculturalisme n'est pas un choix c'est un fait qui dépasse tout volonté. La pureté est à l'origine de tous les fascismes.

Hassouna Mansouri

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   liens films

Carnet de notes pour une orestie africaine 1970
Pier Paolo Pasolini

Destin (Le) | Al Massir 1997
Youssef Chahine

Hyènes 1992
Djibril DIOP Mambéty

Un homme qui crie 2010
Mahamat-Saleh Haroun


   liens artistes

Barry Sa√Įdou Alceny


Brook Peter


Chahine Youssef


Diakhaté Aminata (aka Ami)


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Pasolini Pier Paolo


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Un homme qui crie (Bande annonce)
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Un Homme Qui Crie | Clip #1 Cannes 2010 IN COMPETITION Mahamat-Saleh Haroun
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